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Les « gilets jaunes » : qui sont-ils ?

Date de diffusion : 17 nov. 2018

Quatre « gilets jaunes » sont interrogés près d’Avignon lors de la première journée de mobilisation de leur mouvement le 17 novembre 2018. Ils expliquent les raisons de leur mobilisation, parmi lesquelles la hausse des taxes figure au premier plan.

Niveaux et disciplines

Informations et crédits

Type de ressource :
Forme :
Collection :
Production :
INA
Page publiée le :
29 août 2019
Modifiée le :
19 sept. 2022
Référence :
00000001955

Contexte historique

Par Christophe Gracieux

Né à l’automne 2018, le mouvement des « gilets jaunes » organise sa première journée de mobilisation nationale le 17 novembre 2018 en bloquant des ronds-points et des axes routiers (voir La première journée de mobilisation des « gilets jaunes »). Dès lors, ses actions et ses manifestations vont agiter la France pendant plusieurs mois et fortement ébranler le président de la République Emmanuel Macron et son gouvernement.

Dès sa formation, ce mouvement frappe par sa grande diversité. Plusieurs enquêtes dévoilent cependant des points communs entre ses participants. Les « gilets jaunes » sont d’abord majoritairement des individus aux revenus modestes, membres des classes populaires et moyennes, vivant principalement en milieu rural et dans les villes moyennes, estimant se trouver à l’écart de la mondialisation. Selon une étude réalisée en janvier 2019 par des chercheurs de l’Institut d’études politiques de Grenoble auprès de membres de près de 300 groupes Facebook « gilets jaunes » (publiée dans Le Monde des 27-28 janvier 2019), plus de 68 % appartiennent à un ménage dont le revenu mensuel net est inférieur à 2 480 euros, soit le revenu médian en France, et 17 % à un ménage disposant d’un revenu de moins de 1 136 euros. Ces difficultés économiques expliquent en grande partie les motivations de la mobilisation des « gilets jaunes ». Réunis d’abord pour protester contre la hausse du prix des carburants qui les touche directement dans leur vie quotidienne, ils ont ensuite élargi leurs revendications à la lutte contre l’augmentation des taxes et à celle contre les inégalités. Comme le montre le sociologue Alexis Spire, auteur de Résistances à l’impôt, attachement à l’État (Le Seuil, 2018), ils veulent avant tout combattre un système fiscal jugé injuste. Plus largement, les « gilets jaunes », dans des groupes Facebook comme sur les ronds-points, expriment un ras-le-bol généralisé.

Se tenant jusque-là pour la plupart à l’écart des mobilisations sociales traditionnelles conduites par les organisations syndicales, les « gilets jaunes » sont également unis par leur rejet des partis politiques et leur défiance à l’égard des gouvernants. Jugeant que la démocratie ne fonctionne pas bien, ils s’estiment globalement incompris et même méprisés par la classe politique. La majorité des « gilets jaunes » exprime ainsi sa colère contre des gouvernements successifs accusés de n’avoir rien fait pour lutter contre l’injustice, qu’elle soit fiscale, sociale ou territoriale.

Emmanuel Macron fait l’objet d’une détestation plus particulière : dans les manifestations et les blocages, les « gilets jaunes » ne cessent de conspuer le président de la République et l’appel à sa démission devient l’une des revendications les plus fortes du mouvement. Emmanuel Macron se voit reprocher des décisions qui seraient favorables aux riches, et plus largement sa personnalité, jugée arrogante. Cette détestation vire parfois à la haine, comme lors de l’« acte III » de la mobilisation, le samedi 1er décembre 2018 (voir Journée de violences à Paris lors de « l’acte III » des « gilets jaunes »). De même, le 21 décembre, à Angoulême, certains « gilets jaunes » mettent en scène la décapitation symbolique de son effigie.

Éclairage média

Par Christophe Gracieux

Le 17 novembre 2018, la rédaction de France 2 consacre une grande partie du journal télévisé de vingt heures à la première journée de mobilisation des « gilets jaunes ». Plusieurs reportages traitent de cette journée dont un tout premier réalisé dans différents lieux en France (voir La première journée de mobilisation des « gilets jaunes »).

Le présent reportage a quant à lui été tourné sur un lieu de blocage unique dans la journée du samedi 17 novembre 2018 : un barrage filtrant établi sur la voie rapide située au nord d’Avignon, dans le Vaucluse. Toutefois, à aucun moment, ni dans le reportage lui-même ni dans son lancement, le choix de ce lieu et de cette région ne sont justifiés.

Le sujet a pour objectif de présenter les motivations des « gilets jaunes » en donnant la parole à certains d’entre eux, interrogés pendant leur mobilisation selon la technique du micro-trottoir. Il s’agit de dresser un portrait de ces manifestants d’un nouveau genre et d’expliquer les raisons qui les poussent à bloquer les routes. C’est bien ce que dit Laurent Delahousse dans son lancement plateau : « les profils, les motivations de la colère sont parfois éclectiques. Tentons d’en savoir plus en écoutant quelques-uns d’entre eux ».

Le reportage se compose donc de quatre interviews de « gilets jaunes » juxtaposées. Ces « gilets jaunes » ont probablement été sélectionnés par l’équipe de France 2 en raison de la diversité de leurs situations professionnelles et de leurs âges - une cariste de 53 ans, un artisan couvreur de 30 ans, un conducteur d’engins de 40 ans et une retraitée de 67 ans. Ils sont toutefois unis par la précarité de leur condition mais aussi par leurs revendications. Le coût trop élevé du prix du carburant entraîné par la hausse des taxes, raison originelle du mouvement des « gilets jaunes », est évoqué par trois des quatre interviewés. Surtout, tous parlent de leurs difficultés au quotidien. Deux reprennent même une expression identique, très révélatrice des motivations de la mobilisation des « gilets jaunes » : « un ras-le-bol ».

Estimant à la fin du sujet que nombreux sont ceux « déterminés à faire durer leur mouvement au-delà d’une simple journée de colère », le journaliste se montre prophétique : le mouvement des « gilets jaunes », qui débute le 17 novembre 2018, va en effet agiter la France pendant plusieurs mois.

Ce mouvement a d’ailleurs fait l’objet d’une très importante couverture médiatique : 1374 sujets y ont été consacrés dans les journaux télévisés des six premières chaînes de télévision françaises uniquement en novembre et décembre 2018 (voir Ina STAT n° 53).

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