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La dentelle d'Alençon, un patrimoine vivant et immatériel reconnu par l’Unesco

Date de diffusion : 17 nov. 2010

En 2010 la dentelle d'Alençon faisait son entrée sur la liste du patrimoine immatériel de l’humanité de l’Unesco. Une reconnaissance pour un savoir-faire vivant, à la fois rare et précieux, bien loin des traditions populaires habituellement reconnues.

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Type de ressource :
Forme :
Collection :
Page publiée le :
24 juil. 2020
Modifiée le :
19 sept. 2022
Référence :
00000004088

Contexte historique

Par Isabelle Chalier

Le reportage, tourné en 2010, vient saluer l’inscription par l'Unesco de la dentelle d’Alençon sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l'humanité. La même année le repas gastronomique des Français faisait aussi son entrée sur cette liste… Cette candidature auprès de l’Unesco avait été portée conjointement par le ministère de la Culture avec le Mobilier national, par la ville d’Alençon et par les dentellières. Il s’agissait, avec ce processus de patrimonialisation, de valoriser à l’échelle internationale un savoir-faire exceptionnel, aux pratiques néanmoins modestes et peu spectaculaires. Cette inscription répondait manifestement aux différents critères établis par l’Unesco dans la Convention de 2003 (voir Le repas gastronomique des Français reconnu par l'Unesco) notamment en ce qui concerne la transmission d’un savoir-faire de générations en générations, assurée grâce à l’Atelier national du point d’Alençon.

Créé en 1976 par le ministère de la Culture, à un moment où la notion de patrimoine s’élargit et s’approfondit, et en même temps qu’un autre conservatoire de la tradition dentellière française, l’Atelier national de la Dentelle du Puy-en-Velay, l'Atelier national du point d'Alençon est administré par le Mobilier national, service dépendant du ministère de la Culture. Il a en en charge la préservation et à la transmission de cette technique, qui suppose entre sept et dix ans de formation. Il a ainsi pris le relais de l’Ecole dentellière, que maintenait la congrégation des sœurs de la Providence, sous la forme d’une association avec l’aide de la ville d’Alençon et qui se trouvait alors en difficulté, notamment financière. Il participe également à la valorisation de ce patrimoine culturel immatériel et vivant en participant aux activités, notamment aux expositions, du Musée des Beaux-Arts et de la Dentelle avec qui il partage les locaux. Espace de formation, l’atelier est aussi un lieu de création vivant qui offre un terrain d’expression original à des créateurs contemporains et qui continue à produire des dentelles à destination du Mobilier national (pour des prêts à des musées, pour l’ameublement des ministères, pour l’Élysée des rideaux brodés…). Ainsi l’atelier et ses fonctions multiples combinent à la fois une action principalement locale et une structure administrative nationale.

Aujourd’hui, les arts de la dentelle à la main (aiguille et fuseaux) ne se limitent pas aux ateliers nationaux et connaissent un développement certain avec plus de 450 clubs dentelliers. Activité de loisir, c’est aussi plus rarement une activité professionnelle considérée comme un métier d’art. Les titulaires du CAP Art de la Dentelle peuvent ainsi devenir fonctionnaires dans les ateliers nationaux lorsqu’une place se libère. Ils peuvent aussi devenir enseignants, artisans ou artistes. Les débouchés restent restreints car la réalisation demande de nombreuses heures de travail et elles atteignent des prix très élevés. Depuis janvier 2021, le dispositif de formation s’est enrichi avec la mise en place de la première préparation en France au CAP Art de la Dentelle « option aiguille », une formation de 6 mois à temps plein pour des adultes, des professionnels déjà expérimentés, et ce dans l’Orne en Normandie, pas très loin d’Alençon…

Éclairage média

Par Isabelle Chalier

Le reportage s’ouvre sur ce constat : ce sont les « dernières dentellières »… Aujourd’hui l’atelier d’Alençon compte seulement sept dentellières, toutes fonctionnaires d’Etat, en charge de l’apprentissage qui repose avant tout sur la transmission orale et l’enseignement pratique. Deux apprentis en 2010 étaient alors en cours de formation. Parmi eux, et chose rare dans une activité essentiellement féminine, un jeune homme sur lequel la caméra s’attarde complaisamment. Depuis, trois nouvelles apprenties ont été recrutées en 2018 afin de pallier les départs en retraite. 

Le reportage revient également sur l’histoire de ce point, une technique rare et raffinée de production de dentelle à l’aiguille (par opposition à celle, plus courante, réalisée aux fuseaux comme celle du Puy-en-Velay), née à Alençon en Normandie au XVIIe siècle. En 1665, pour réduire les importations de dentelles vénitiennes (la dentelle serait née sur l’île de Burano, près de Venise au XVIe siècle) et limiter la fuite des capitaux français, Louis XIV avait ordonné l’ouverture d’une manufacture de dentelle dans huit villes du royaume dont Alençon. C’est alors un produit de luxe qu’hommes et femmes arborent à la cour, ornant cols et manches. Signe de richesse et de distinction sociale, réservée de fait à la noblesse, à la riche bourgeoisie et au haut clergé, elle connaît tout au long du XVIIIe siècle un succès grandissant dans les cours d’Europe. Puis elle cesse d’être au goût du jour et connaît une éclipse dans la première moitié du XIXe siècle. Elle bénéficie ensuite d’un large regain au point d’être désignée comme « dentelle des reines et reine des dentelles » en 1851 à Londres lors de la première exposition universelle. Trop coûteuse et trop complexe à réaliser, elle est victime de l’industrialisation et de la mécanisation qui prend son essor au XIXe siècle en Angleterre, puis en France, avec le métier à tisser dit « Leavers ». Ainsi la production de la dentelle de Calais devient entièrement mécanique, tandis que le point d’Alençon ne peut se réaliser qu’à la main et à l’aiguille, comme le rappelle Brigitte Lefebvre, dentellière de l’atelier à qui le journaliste donne la parole. Elle insiste sur le temps nécessaire à la formation et à la réalisation de chaque pièce (sept heures pour 1cm2). 

Ainsi la dentelle se hisse au rang d’œuvre d’art : précieuse et inaccessible à la plupart des bourses, loin des exigences de productivité, destinée aux élites, mobilisée par la haute couture et l’industrie du luxe, véritable objet de musée et de collection. Et ce n’est d’ailleurs pas ces aspects que l’Unesco a choisi de valoriser mais bien la transmission toujours vivante d’un savoir-faire complexe. Un savoir-faire qui se serait perdu sans l’action des collectivités territoriales, de l’Etat, de l’Unesco et bien sûr des dentellières et dentelliers.... 

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