Le massacre de la Saint-Barthélemy

Le massacre de la Saint-Barthélemy

Proposé par Arte - Histoire par l'image
Date de diffusion : 2020 | Date d'évènement : 24 août 1572
Disponible jusqu'au 31 août 2023

Pendant la nuit du 24 août 1572, des milliers de protestants sont massacrés, dont l’amiral de Coligny, chef militaire du parti huguenot. Apogée des guerres religieuses entre protestants et catholiques, le massacre de la Saint-Barthélemy a été décidé par le pouvoir royal. François Dubois, qui a échappé au massacre, en dépeint la violence.

La collection « Histoires d'histoire » est proposée par la Rmn-Grand Palais.

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Informations et crédits

Type de ressource :
Forme :
Collection :
Histoires d'Histoire
Réalisation :
Renaud David
Date de l'évènement :
24 août 1572
Production :
@ 2020 -  RMN - Le Grand Palais
Page publiée le :
11 mars 2021
Modifiée le :
25 sept. 2022
Référence :
00000004220

Contexte historique

Par Nicolas Le Roux

François Dubois, peintre protestant né à Amiens en 1529, a échappé aux massacres qui se sont produits à Paris le 24 août 1572 et les jours suivants, puis dans une douzaine de villes de province.

Réfugié à Genève, la capitale calviniste, Dubois réalise un grand tableau dénonçant les violences commises par les catholiques parisiens les plus exaltés. Cette œuvre, unique en son genre, est un mémorial illustrant les souffrances du « petit troupeau » de Dieu ; le martyre est un signe d’élection.

Si, à Rome, le peintre Vasari célèbre l’extermination de l’hérésie dans des fresques commandées par le pape, les protestants se montrent en revanche extrêmement discrets sur les massacres de la Saint-Barthélemy. Il existe quelques gravures qui les évoquent, mais pas de tableaux et guère de textes, comme s’il fallait ensevelir la mémoire de cet événement sans précédent.

Ce document exceptionnel s’inspire sans doute de récits de témoins et peut-être de quelques documents écrits, mais on ne sait guère de choses de sa genèse. Il combine plusieurs traditions iconographiques : le massacre des innocents d’une part et, d’autre part, les massacres dits du Triumvirat, c’est-à-dire les exécutions commandées par les triumvirs romains, Marc Antoine, Octave et Lépide, un thème à la mode en France dans les années 1560 et 1570.

Bibliographie

  • BEIL Ralph (dir.), Le monde selon François Dubois, peintre de la Saint-Barthélemy, cat. exp. (Lausanne, 2003-2004), Lausanne, musée cantonal des Beaux-Arts, coll. « Les cahiers du musée des Beaux-Arts de Lausanne » (n° 13), 2004.
  • BENEDICT Philip, Le regard saisit l’histoire : les guerres, massacres et troubles de Tortorel et Perrissin, Genève, Droz, coll. « Titre courant » (n° 47), 2012.
  • CROUZET Denis, La nuit de la Saint-Barthélemy : un rêve perdu de la Renaissance, Paris, Fayard, coll. « Chroniques », 1994.
  • ELSIG Frédéric (dir.), De la Renaissance au romantisme : peintures françaises et anglaises du musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne, cat. exp. (Lausanne, 2013), Lausanne, musée cantonal des Beaux-Arts, coll. « Les cahiers du musée des Beaux-Arts de Lausanne » (n° 18), 2013.
  • JOUANNA Arlette, La Saint-Barthélemy : les mystères d’un crime d’État (24 août 1572), Paris, Gallimard, coll. « Les journées qui ont fait la France », 2007.
  • LE ROUX Nicolas, Les guerres de Religion (1559-1629), Paris, Belin, coll. « Histoire de France », 2009.

Analyse des images

Au centre de l’image, à l’arrière-plan, se trouve le Louvre, dont la porte noire s’ouvre comme une bouche infernale crachant des démons enragés qui assassinent hommes, femmes et enfants. Les axes de fuite du tableau convergent vers cette scène. Une silhouette sombre se découpe devant le bâtiment : il s’agit de Catherine de Médicis, la mère du roi Charles IX. La reine mère apparaît également à deux autres endroits du tableau, sur le pont et près de la Seine, en bas à gauche du tableau. Si Catherine de Médicis n’était pas présente lors du massacre, Dubois l’insère dans son tableau afin de lui imputer une responsabilité dans ce massacre.

La maison de l’amiral de Coligny, le chef militaire du parti huguenot, apparaît au centre de l’image. La fin tragique de l’amiral est représentée en trois temps : le corps est d’abord défenestré, puis le cadavre décapité gît aux pieds de trois seigneurs, nouveaux triumvirs, l’un d’entre eux - peut-être le jeune duc de Guise, qui considérait Coligny comme le commanditaire de l’assassinat de son père, en 1563 - brandissant la tête tranchée de la victime tel un trophée de chasse. Un soldat émascule le corps, qui est ensuite traîné jusqu’au gibet de Montfaucon, lieu des exécutions judiciaires, représenté au fond à droite.

De l’autre côté de la Seine se trouve l’église des Grands-Augustins, la montagne Sainte-Geneviève ainsi que la tour du Nesle.

La topographie de ce tableau est inexacte, mais elle s’explique par la volonté du peintre de rassembler dans cette scène tous les faits et lieux notables des épisodes de la Saint-Barthélemy.

Interprétation

Le massacre de la Saint-Barthélemy constitue l’apogée de la violence religieuse au XVIe siècle. Suite à l’attentat mené contre l’amiral de Coligny le 22 août 1572 - dont le responsable est certainement Maurevert, à la solde des Guise -, le massacre des principaux chefs protestants réunis à Paris à l’occasion des noces du jeune Henri de Navarre avec Marguerite, fille de la reine Catherine de Médicis, est décidé à la Cour. Le tableau de Dubois attribue clairement la responsabilité des violences à la reine mère et participe à la construction de la légende noire de cette princesse.

À la première phase des assassinats, qui concerne les seigneurs protestants logés au Louvre ou dans les rues voisines, succède une seconde phase qui témoigne de l’extrême ressentiment que les catholiques parisiens éprouvaient à l’égard des protestants. La milice, convoquée secrètement pendant la nuit, massacre plusieurs milliers de personnes.

Le déferlement de violence est ici présenté non seulement comme une manifestation horrible de la tyrannie de la reine, mais aussi comme une sorte d’apocalypse macabre dans laquelle se déchaîne une barbarie sans nom : les bébés sont martyrisés, les femmes enceintes percées de coups. Les petits enfants eux-mêmes se livrent à ces violences inouïes. Dubois évoque aussi les pillages auxquels certains se livrèrent. Les protestants étaient en effet dans l’ensemble des gens aisés ou des artisans d’un niveau socioculturel supérieur à la moyenne de la population. Le monde est renversé. La terre est un enfer. Environ trois mille personnes furent assassinées entre le 24 et le 28 août. Les corps jetés à la Seine s’échouèrent au pied de la colline de Chaillot, tandis que les autres furent charroyés à l’extérieur de la ville.

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