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Bilan politique de Den Xiaoping de modernisation économique de la Chine

Date de diffusion : 22 mai 1989

État des lieux de l’économie chinoise après dix ans de politique de modernisation engagée par Deng Xiaoping : présentation d’une entreprise d’État à Pékin à la faible productivité, d’une usine Peugeot à Canton et de paysans enrichis près de Canton. L’ouverture au capitalisme et à la consommation laisse toutefois de côté de nombreux exclus.


Niveaux et disciplines

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Type de ressource :
Forme :
Collection :
Page publiée le :
21 juil. 2021
Modifiée le :
19 sept. 2022
Référence :
00000004249

Contexte historique

Par Christophe Gracieux

Dès sa prise de contrôle du Parti communiste chinois, en décembre 1978, lors du IIIe plenum du Comité central, face au successeur désigné de Mao Zedong, Hua Guofeng, Deng Xiaoping, engage une politique de modernisation économique de la Chine. Il prend en effet conscience du retard économique du pays. Ce retard a notamment été aggravé par le Grand bond en avant, décidé par Mao Zedong entre 1958 et 1961, marqué par une collectivisation forcée des terres qui a provoqué la mort de 30 millions de personnes. Dès 1978, Deng Xiaoping lance la politique des  Quatre Modernisations qui concernent l’agriculture, l’industrie, la science et les technologies ainsi que la défense nationale. Il s’agit de faire de la Chine une grande puissance économique en l’ouvrant à l’économie de marché et en attirant les capitaux étrangers. Deng Xiaoping lance ainsi en décembre 1978 la décollectivisation de l’agriculture, avec la mise en œuvre d’un système de rémunération à la production pour les paysans chinois. Les communes populaires sont supprimés en 1984, puis l’année suivante le monopole de l’État chinois sur les céréales, qui obligeait les paysans à des livraisons obligatoires à l’État, est également aboli.

Par ailleurs, la Chine s’ouvre vers le monde. Un accord commercial est signé en 1979 avec la Communauté économique européenne et des relations commerciales s’établissent également avec les États-Unis. La Chine fait son entrée au Fonds monétaire international et à la Banque mondiale en 1980, puis au Bureau international du travail en 1983. Elle effectue ainsi une très grande percée dans le commerce mondial : de 1978 à 1984, la valeur globale des échanges commerciaux extérieurs chinois passe de 20 milliards à 50 milliards de dollars américains.

La réforme économique la plus emblématique de Deng Xiaoping est la création en 1979 de quatre Zones économiques spéciales (ZES), à Shenzhen, Zhuhai, Shantou et Xiamen : ces territoires bénéficient d’avantages fiscaux et administratifs visant à attirer les investissements étrangers et à développer ses capacités d’exportation. Les avantages octroyés aux premières ZES sont ensuite étendus en avril 1984 à quatorze autres villes côtières, dont Shanghai, Tianjin, Ningbo et Guangzhou. 

Après une période de pause dans les réformes économiques, elles sont relancées à la suite de la visite de Deng Xiaoping, alors âgé de quatre-vingt-huit ans, en janvier 1992, dans la Zone économique spéciale de Shenzhen, dont il salue le succès. Peu après, en octobre 1992, le 14e Congrès du Parti communiste chinois reconnaît le concept d’économie socialiste de marché : il s’agit d’un système économique dans lequel l’économie s’ouvre aux capitaux étrangers, tout en demeurant étroitement contrôlé par l’État. Le concept d’économie socialiste de marché est ensuite inscrit dans la Constitution de la République populaire de Chine en 1993.

Cette ouverture de la Chine à l’économie de marché et à la mondialisation menée par Deng Xiaoping ne s’accompagne cependant pas d’une démocratisation politique. Ainsi, dans la nuit du 3 au 4 juin 1989, l’armée chinoise réprime dans le sang les manifestations étudiantes qui se tenaient place Tian’anmen, à Pékin, depuis la mi-avril 1989. Cette répression fait plusieurs centaines de morts et manifeste le refus du pouvoir chinois de toute libéralisation politique, se contentant donc d’une libéralisation économique. 

Éclairage média

Par Christophe Gracieux

Diffusé dans la seconde partie du journal télévisé de vingt heures d’Antenne 2 le 22 mai 1989, ce sujet a été réalisé dans un contexte très particulier. En effet, au même moment en Chine se déroulait depuis quelques semaines un très grand mouvement de contestation étudiante contre le régime communiste. Depuis avril 1989, des centaines de milliers d’étudiants manifestaient en faveur de réformes démocratiques, notamment place Tian’anmen, place emblématique de Pékin. Quelques jours avant la réalisation du reportage d’Antenne 2, la visite du leader d’URSS, Mikhaïl Gorbatchev avait d’ailleurs été l’occasion d’une mobilisation étudiante encore plus massive.

La rédaction d’Antenne 2 a ainsi cherché, dans son édition du 22 mai 1989, à contextualiser le mouvement étudiant contre le pouvoir chinois par deux sujets successifs. Le premier proposait une rétrospective sur les racines historiques de ce mouvement en expliquant les changements politiques et économiques survenus depuis la disparition de Mao Zedong, en septembre 1976, et la prise de pouvoir de Deng Xiaoping en décembre 1978.

Le second sujet, présenté ici, s’intéressait quant à lui aux résultats de la politique de modernisation de l’économie mise en œuvre par Deng Xiaoping » : il s’agissait de voir comment, selon le présentateur du journal télévisé, Hervé Claude, ces réformes se sont traduites dans la réalité. Le reportage tourné équipe d’Antenne 2 en Chine montre ainsi différentes facettes de cette modernisation. Les succès de la politique économique de Deng Xiaoping sont illustrés par des plans filmés au sein d’une usine Peugeot à Canton et dans des campagnes autour de Canton, ainsi que par des interviews d’un ouvrier et d’un ingénieur de l’usine Peugeot. 

Le sujet de France 2 met également en avant les limites et les échecs de cette politique. Il insiste ainsi sur la forte hausse de l’inflation et sur les exclus de l’ouverture au libéralisme, illustrés par différents plans de Chinois sur un marché et par une interview de l’écrivaine Zhang Xinxin. La première séquence, tournée au sein d’une entreprise modèle d’État à Pékin, vise également à illustrer les grands contrastes de l’économie chinoise : la caméra d’Antenne 2 surprend des ouvrières et des ouvriers en longue pause, illustrant la faiblesse de la productivité au sein des entreprises d’État. Ces plans n’auraient d’ailleurs pas dû être filmés : Regardez ce qui se passe lorsqu’une caméra ne se respecte pas l’itinéraire prévu , explique le journaliste d’Antenne 2.

Deux jours après la diffusion de ce reportage, la loi martiale est établie par le Premier ministre chinois, Li Peng. Et deux semaines plus tard, dans la nuit du 3 au 4 juin 1989, l’armée intervient violemment place Tian’anmen, faisant au moins 1 000 morts et des milliers de blessés. 

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