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Procès de Tokyo en 1948 : condamnation à mort d’Hideki Tojo

Procès de Tokyo en 1948 : condamnation à mort d’Hideki Tojo

Date de diffusion : 10 sept. 1965 | Date d'évènement : 10 sept. 1948

Hideki Tojo, Premier ministre du Japon de 1941 à 1944, a comparu devant le Tribunal militaire international pour l’Extrême-Orient, réuni à Tokyo entre 1946 et 1948. Le 10 septembre 1948, il a été condamné à mort pour crimes de guerre.

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Informations et crédits

Type de ressource :
Forme :
Collection :
Date de l'évènement :
10 sept. 1948
Page publiée le :
08 juil. 2021
Modifiée le :
19 sept. 2022
Référence :
00000004252

Contexte historique

Par Christophe Gracieux

Après la Seconde Guerre mondiale, les Alliés souhaitent juger les grands criminels de guerre japonais comme ils l’ont fait à Nuremberg avec les hauts dirigeants nazis du 20 novembre 1945 au 1er octobre 1946. Un procès est ainsi organisé à Tokyo devant le Tribunal militaire international pour l’Extrême-Orient : du 3 mai 1946 au 12 novembre 1948 sont jugés des dirigeants politiques et militaires japonais pour des crimes de guerre et des crimes contre la paix commis entre 1928 et 1945. Certains sont également poursuivis pour crimes contre l’humanité, notion appliquée pour la première fois par le tribunal de Nuremberg et formant une nouvelle catégorie juridique internationale qui couvre l’assassinat, l’extermination, la réduction en esclavage, la déportation et tout acte inhumain commis contre les populations civiles avant ou pendant la guerre. Mais, tandis qu’à Nuremberg seules les populations civiles étaient concernées par cette définition, au procès de Tokyo les prisonniers de guerre le sont aussi.

28 prévenus ont comparu à Tokyo, dont 19 militaires et 9 civils. Figuraient parmi les accusés plusieurs Premiers ministres japonais (Hideki Tojo, Kiichiro Hiranuma, Koki Hirota et Kuniaki Koiso), des ministres de la Guerre, des généraux (dont Kenji Doihara, Akira Muto et Iwane Matsui) ou l’écrivain nationaliste Shumei Okawa. Le grand absent du procès fut l’empereur Hirohito. Les autorités américaines, à commencer par le général MacArthur, commandant suprême des forces alliées au Japon, ont en effet tout fait pour que l’empereur ne soit ni accusé ni même convoqué comme témoin. En exonérant Hirohito de toute responsabilité pénale, il s’agissait pour Washington de garantir la stabilité du Japon occupé et, par là-même, d’en faire un bastion anticommuniste en Asie. Ceci alors que le général Tojo avait lui-même, lors du procès de Tokyo, mis en cause la responsabilité de l’empereur dans la déclaration et la conduite de la guerre en affirmant :  Personne n’aurait osé aller contre sa volonté, ce qui avait conduit le procureur américain Joseph Keenan à suspendre la séance.

Le tribunal de Tokyo, dirigé par l’Australien William Webb, était composé de juges issus de onze nations ayant fait la guerre au Japon : aux quatre pays (URSS, États-Unis, Royaume-Uni et France) dont les représentants avaient siégé à Nuremberg
se sont ajoutés l’Australie, la Chine, l’Inde, la Nouvelle-Zélande, les Philippines, les Pays-Bas et le Canada. Le procès se déroula en deux langues : l’anglais et le japonais.

Au terme de 818 séances, de 48 500 pages de procès-verbaux et de l’examen de plus de 4 000 pièces à conviction, le Tribunal militaire international pour l’Extrême-Orient rendit son verdict le 12 novembre 1948 : 25 des 28 accusés furent condamnés, dont 7 à la peine de mort : les anciens Premiers ministres Tojo, Hirota, Doihara, Matsui, Muto, le général Heitaro Kimura et l’ancien ministre de la Guerre Seishiro Itagaki. Ils furent pendus le 23 décembre 1948. 18 autres accusés furent condamnés à des peines de prison de 7 ans, 20 ans ou à perpétuité.

À l’instar de celui de Nuremberg, le procès de Tokyo a donc constitué une première expérience de mise en place d’une justice pénale internationale. Néanmoins, la volonté de contrôle total des Américains lors du procès, le caractère arbitraire de certaines inculpations et le non-respect global des droits de la défense contribuèrent largement à ne faire de ce procès qu’un Nuremberg oublié (Étienne Jaudel). Le juge indien, Radhabinod Pal, alla jusqu’à dénoncer la mise en accusation de certains accusés, tandis que le juge français, Henri Bernard, se désolidarisa du verdict final. L’absence d’Hirohito empêcha sans doute aussi une véritable prise de conscience chez les Japonais des crimes commis par leur armée et leur gouvernement pendant le second conflit mondial.

Éclairage média

Par Christophe Gracieux

Ce sujet a été diffusé dans le cadre du magazine historique de l’ORTF, Flash sur le passé, le 10 septembre 1965. Consacré à la commémoration de la condamnation à mort du général Hideki Tojo, l’ancien Premier ministre du Japon de 1941 à 1944, par le Tribunal militaire international pour l’Extrême-Orient intervenue dix-sept ans jour pour jour auparavant, le 10 septembre 1948, il prend la forme d’un montage d’images d’archives commentées.

Hideki Tojo apparaît comme la figure centrale du sujet bien qu’il ne fût que l’un des vingt accusés à comparaître au procès de Tokyo. Certaines images diffusées dans la rétrospective le présentent avant le procès. Il est ainsi montré gisant inconscient sur un lit d’hôpital après sa tentative de suicide en septembre 1945. En effet, peu avant son arrestation par des soldats américains le 11 septembre 1945 à son domicile de Tokyo, Tojo avait vainement tenté de se suicider. D’autres images présentes dans le sujet le présentent au cours de sa captivité, entre 1945 et 1948.

Mais la plupart des images de Tojo ont été filmées au cours même du procès, qui s’est tenu du 3 mai 1946 au 12 novembre 1948 à Tokyo, dans l’ancien quartier général de l’armée de terre japonaise. Tojo est ainsi montré à plusieurs reprises en gros plan : on le voit faire une déclaration, en écouter d’autres et écouter la lecture de son verdict de condamnation.

À l’instar du procès de Nuremberg, dont les Américains voulaient faire un procès spectacle (Sylvie Lindeperg, L’Histoire, n° 483, mai 2021, p. 72), le procès de Tokyo a en effet été filmé et les audiences étaient publiques. Plusieurs plans insérés dans le sujet montrent d’ailleurs une disposition de la salle du tribunal similaire à celle adoptée préalablement à Nuremberg : les 28 prévenus sont placés dans un box à part, encadrés par des soldats de la police militaire américaine et équipés de casques afin d’écouter la traduction simultanée des débats en japonais. Le jury, présidé par l’Australien William Webb et composé de juges de onze nationalités différentes, placés devant leurs drapeaux respectifs, surplombe la salle d’audience. Au centre se trouvent de nombreux greffiers, interprètes et journalistes venus du monde entier.

Le sujet donne à voir une scène surréaliste, filmée le jour de l’ouverture du procès, le 3 mai 1946, au cours de la lecture de l’acte d’accusation : un des accusés, l’écrivain nationaliste Shumei Okawa, se penche soudainement en avant et donne une tape sur la tête d’Hideki Tojo, assis juste devant lui. Cela fait rire l’ancien Premier ministre japonais avant qu’un policier militaire américain ne saisisse par les épaules Shumei Okawa. On ne le voit pas dans le sujet, mais ce dernier a ensuite tenté de frapper une nouvelle fois Tojo, ce qui a entraîné la suspension de l’audience. Le tribunal de Tokyo a ensuite abandonné les poursuites contre lui, jugeant qu’Okawa souffrait de troubles mentaux.

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