La Lorraine et l’Alsace, dernières régions libérées au cours de l’hiver 1944-45

La Lorraine et l’Alsace, dernières régions libérées au cours de l’hiver 1944-45

Date de diffusion : 30 nov. 1944

Fin 1944, les Alliés continuent leur progression vers l’Allemagne. Metz est libérée à la mi-décembre par les troupes américaines après plusieurs mois de combats. La libération de Belfort par la 1ère armée  française de De Lattre ouvre la porte de l’Alsace. La 2e DB libère Strasbourg, permettant à Leclerc de respecter le serment tenu à Koufra. Dans les villes en ruines, la vie reprend peu à peu son cours.

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Informations et crédits

Type de ressource :
Forme :
Collection :
France Libre Actualités
Page publiée le :
13 sept. 2021
Modifiée le :
19 sept. 2022
Référence :
00000004355

Contexte historique

Par Fabrice GrenardAgrégé et docteur en histoire, chef du département Recherche et pédagogie de la Fondation de la Résistance )

La percée d’Avranches fin juillet 1944 permet aux Alliés d’obtenir un avantage décisif en Normandie pour commencer leur progression vers l’Est et atteindre Paris le 24 août. Le débarquement de Provence le 15 août 1944 leur permet de remonter le long du couloir rhodanien (Lyon est libérée le 3 septembre 1944). Une bataille décisive s’engage au cours de l’automne 1944 dans l’Est dans la France. Pour tenter de stopper la progression alliée et les empêcher de pénétrer au sein du Reich, les Allemands aménagent fin août 1944 une ligne de défense située en avant du Westwall, la Weststellung, entre le Luxembourg et Metz. Et ils comptent également sur l’obstacle que représente le massif des Vosges pour obliger les Alliés à le contourner et éviter ainsi qu’ils ne pénètrent directement en Alsace, rattachée au Reich depuis 1940.

Alors qu’elles ne rencontrent qu’une faible résistance entre Paris et Reims, qui est libérée le 30 août 1944, les troupes américaines du XXe Corps d’armée commandées par le général Walker arrivent dans le secteur de Metz début septembre. Après un bombardement massif des voies de communication entre Pont-à-Mousson et Thionville, une première attaque est lancée par la Ve division d’infanterie américaine le 5 septembre contre les lignes allemandes érigées autour de la préfecture de Moselle. Mais le 10 septembre, après plusieurs jours de combats acharnés et comptant près d’un millier de tués, blessés ou disparus dans leurs rangs, les Américains doivent se replier sur la rive ouest de la Moselle. La bataille de Metz s’éternise pendant près de quatre mois du fait de la forte résistance allemande, d’un système de défense efficace obligeant les Américains à prendre les uns après les autres les nombreux bastions solidement retranchés, de conditions météorologiques également (intempéries et inondations) qui gênent les opérations menées par l’aviation et les chars américains. À court de vivres et de munitions, la garnison de Metz commandée par le général Kittel ne capitule que le 26 novembre 1944. Quelques bastions isolés comme le fort Prinz Friedrich-Karl tenu par le colonel Von Stössel ou le fort Alvensleben tenu par le colonel Vogel, ne se rendront que deux semaines plus tard, les 6 et 7 décembre 1940. Cette prise de Metz permet aux Américains d’enfoncer la Weststellung et de reprendre leur progression vers le Rhin et l’Allemagne.

Plus au sud, la citadelle de Belfort représente un enjeu stratégique considérable du fait de sa position entre les massifs du Jura au sud et des Vosges au nord. Elle constitue la cible prioritaire de la 1re armée française du général de Lattre de Tassigny qui a réussi à traverser le massif du Morvan et le secteur de Langres au début de l’automne 1944. L’avancée rapide de la 1re armée qui peut également compter sur le soutien des FFI de la région, surprend les Allemands et permet de libérer Belfort le 25 novembre 1944. Belfort devient une véritable plaque tournante, la base arrière et logistique pour les troupes françaises qui combattent au sein du camp allié. Le contrôle de la ville ouvre la voie de la conquête de l’Alsace. 

Après avoir ouvert le 17 novembre une brèche à Badonviller dans le dispositif de défense allemand, c’est la 2e DB du général Leclerc qui se lance en direction de Strasbourg. En quelques jours seulement, la totalité de la division a franchi la crête des Vosges par le Dabo et surprend totalement les Allemands en débouchant sur leurs arrières dans la plaine d’Alsace. Le 23 novembre au matin, les troupes de Leclerc sont aux portes de Strasbourg et entament l’attaque des positions allemandes, guidées par les FFI alsaciens. En quelques heures seulement, Strasbourg est libérée et 15 000 Allemands sont faits prisonniers. À 14h20, le drapeau français flotte sur la cathédrale de la ville. Les Allemands qui se replient sur la rive orientale du Rhin ont toutefois le temps de détruire le pont de Kehl pour empêcher les troupes françaises d’établir une tête de pont en Allemagne.    

Éclairage média

Par Fabrice GrenardAgrégé et docteur en histoire, chef du département Recherche et pédagogie de la Fondation de la Résistance )

Ce reportage d’actualités diffusé à la fin de la guerre permet d’illustrer la libération des régions de l’Est de la France (Lorraine et Alsace) à la fin 1944 et de souligner le rôle joué par les troupes françaises qui combattent aux côtés des Alliés dans ces batailles décisives de la fin de la guerre. Cette participation est particulièrement symbolique puisqu’elle permet de montrer que la France n’a pas été libérée par les seules forces alliées. Cela permet également de placer à la fin de la guerre la France dans le camp des vainqueurs, ce qui n’était pas forcément acquis dès lors que le régime de Vichy avait collaboré pendant quatre ans. 

Si Metz est libérée par des troupes américaines, ce sont en effet la 1re armée française du général de Lattre de Tassigny et la 2e DB du général Leclerc qui libèrent respectivement Belfort et Strasbourg en novembre 1944. Les images et le commentaire qui les accompagnent permettent d’insister sur la renaissance et l’honneur retrouvé de l’armée française après la défaite de 1940. Les images montrant des colonnes de prisonniers allemands vont également dans le sens d’une véritable revanche symbolique après quatre années d’occupation et d’humiliation. Les scènes de liesse lors des cérémonies et parades militaires organisées dans les villes nouvellement libérées expriment la joie de la liberté retrouvée pour des populations qui ont vécu depuis 1940 sous le joug du vainqueur. Le défilé des tirailleurs lors des célébrations de la libération de Belfort permet de rappeler que la 1re armée française, qui a été constituée en Afrique du nord avant de débarquer en Provence, est encore composée de troupes coloniales importantes même si l’amalgame en septembre 1944 a permis de commencer à intégrer au sein de cette armée les Forces françaises de l’intérieur (FFI).

Après le rôle joué par la 2e DB dans la Libération de Paris, la libération de Strasbourg constitue l’un des événements qui font de Leclerc le général français le plus populaire à la fin de la guerre. Comme le rappelle le commentaire, en libérant Strasbourg, Leclerc a tenu le serment qu’il avait tenu avec ses hommes à Koufra en 1941 de continuer la lutte jusqu’à ce que le drapeau français puisse à nouveau flotter sur la flèche de la cathédrale de la ville alsacienne. La libération de Strasbourg par des troupes françaises est d’autant plus symbolique que l’Alsace, redevenue française en 1918, avait été annexée de force par le Reich en juillet 1940. Pendant plusieurs semaines, le sort de la ville libérée restera encore quelque peu incertain du fait de la contre-offensive allemande menée en janvier 1945 lors de l’opération « Nordwind » (vent du nord) visant à reprendre une partie de l’Alsace. Mais alors que la ville était sous la menace des tirs ennemis et que les Américains souhaitaient l’évacuer, de Gaulle insista auprès de Leclerc pour éviter un repli qui aurait constitué un symbole particulièrement négatif, témoignant ainsi toute l’importance que représentait la libération de la ville.   

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