Dossier thématique

Émile Zola, l'épris de justice

Par L'équipe Lumni Enseignement
Publication : 22 sept. 2022 | Mis à jour : 26 sept. 2022

Niveaux et disciplines

La vérité est en marche ; rien ne peut plus l’arrêter. Ces mots, publiés dans le journal Le Figaro en 1897, sont ceux d’un homme assoiffé de justice, défenseur de la dignité humaine contre la raison d’État. Émile Zola les écrit en pleine affaire Dreyfus, du nom de ce capitaine juif injustement condamné au bagne par l’armée française, et dont il réclame la libération. Écrivain engagé, il a aussi, auparavant, décrit les ravages de la spéculation sous le Second Empire et les bouleversements sociaux induits par l’industrialisation. Gervaise, la blanchisseuse de la Goutte-d’Or, ou Étienne Lantier, le mineur du nord de la France, sont devenus des archétypes du prolétariat naissant au dernier quart du XIXe siècle.

Cet article contient une sélection d’archives permettant de replacer l’action d’Émile Zola dans le contexte du Second Empire et de la IIIe République (programme d’histoire de 4e), dans la galerie des femmes et hommes engagés pour les libertés (programme d’EMC de 2de), et dans l’histoire de la littérature française. 

« Thérèse Raquin » et la naissance de l’esthétique naturaliste

Né en 1840, Émile Zola grandit à Aix-en-Provence. Il arrive à Paris à l'âge de 18 ans et devient chef de la publicité de la librairie Hachette. Son poste lui permet de se lier à des personnalités du milieu littéraire comme Balzac, Stendhal ou Flaubert. Il publie son premier roman à 27 ans : Thérèse Raquin raconte le complot ourdi par deux amants, des brutes humaines, pour assassiner un mari devenu encombrant. Le livre fait scandale : L’auteur de Thérèse Raquin est un misérable hystérique qui se plaît à étaler des pornographies, s’indigne un critique, cité par Zola dans la seconde édition de l’ouvrage, parue en 1868. C’est le coup d’envoi du courant naturaliste, marquée par une approche scientifique et réaliste de la société contemporaine.

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Ce document de la collection « Histoires d’histoire », produite par la Rmn-Grand Palais, revient sur la naissance du naturalisme en peinture. En 1865, Édouard Manet présente au Salon son Olympia : une prostituée nue allongée sur son lit, son regard franc planté dans celui du spectateur. La bonne société du Second Empire est choquée, quand Zola, lui, est conquis ! Vous avez admirablement réussi à faire une œuvre de peintre, de grand peintre [...] à traduire énergiquement et dans un langage particulier les vérités de la lumière et de l’ombre, les réalités des objets et des créatures, écrit-il au peintre.

Les Rougon-Macquart, une critique du Second Empire

Pour affiner sa plume et aiguiser son regard, Zola s’est jeté – selon ses propres mots – dans la presse à corps perdu, comme on se jette à l’eau pour apprendre à nager. De 1865 à l’effondrement du Second Empire en 1870, il publie des reportages et des chroniques dans les journaux républicains, affichant son opposition au régime autoritaire de Napoléon III. Opposants exilés, liberté de la presse réduite, nouvelles assemblées muselées… Zola n’évite aucun sujet. Il s’attache particulièrement aux conséquences sociales de l’industrialisation en France (exode rural, travail dangereux dans les mines, apparition de la classe ouvrière, ascension d’une bourgeoisie enrichie par la spéculation immobilière, etc.). Il prépare ainsi son grand ensemble romanesque, Les Rougon-Macquart. Influencé par l'approche scientifique de Balzac dans La Comédie humaine, ce projet entend faire l’histoire naturelle et sociale d'une famille sous le Second Empire, selon Zola lui-même. Pendant près de vingt-cinq ans, jusqu’en 1893, il travaille tous les jours pour écrire les vingt volumes du cycle. En 1877, le succès de L'Assommoir lui apporte la célébrité et le confort financier. Reconnu à présent comme le maître du roman réaliste, il voit ses livres traduits dans toute l’Europe.

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Dans cette émission de « La Compagnie des auteurs » (France Culture), l’historien de la littérature Alain Pagès décrit et interroge la méthode d’écriture de Zola. A-t-on pu voir une forme de mépris dans le regard porté par ce bourgeois sur la classe ouvrière ? Les œuvres de Zola ont-elles pour but d’agir sur la société pour la guérir de ses maux ?

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À l’occasion de la sortie du film Germinal, en 1993, un journaliste de l’émission « Envoyé spécial » interviewe les acteurs Renaud et Gérard Depardieu sur leurs interprétations de deux mineurs en révolte, symboles de cette lutte ouvrière surgie des entrailles de la terre. 

L’affaire Dreyfus : la IIIe République divisée

Le 22 décembre 1894, Alfred Dreyfus, un capitaine d’artillerie juif, est injustement condamné par l’armée au bagne pour haute trahison. Trois ans plus tard, Le Figaro publie des éléments désignant le commandant français Esterhazy comme le véritable espion. L’homme passe devant le conseil de guerre, mais est acquitté, à l’unanimité, le 11 janvier 1898. Indigné, Émile Zola prend la défense de Dreyfus dans une lettre ouverte au président de la République, Félix Faure, publiée en une du journal L’Aurore. C’est le célèbre J’accuse de Zola, dans lequel l’écrivain réclame la révision du procès de Dreyfus au nom de la justice et des valeurs de la République française : C'est un crime d'empoisonner les petits et les humbles par l'odieux antisémitisme, dont la grande France libérale des droits de l'homme mourra si elle n'en est pas guérie, écrit-il.

Ce vibrant J’accuse pointe l’antisémitisme et l’œuvre de falsification de l’armée. Il marque surtout un grand moment de l’histoire politique française, dans une IIIe République encore instable et une France désormais divisée en deux camps : les dreyfusards, soutiens du capitaine, et les antidreyfusards qui s’opposent à un nouveau procès. Les amis de Dreyfus injurient tout ce qui nous est cher, notamment la patrie et l’armée (…). Leur complot divise et désarme la France, écrit l’antidreyfusard Maurice Barrès.

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Dans cet extrait issu de la dramatique en 4 épisodes Émile Zola ou la conscience humaine, réalisé en 1978, le réalisateur Stellio Lorenzi reproduit le moment où Zola lit sa lettre ouverte à Georges Clemenceau, rédacteur en chef de L’Aurore. Il souligne le courage de l’écrivain : en mettant en cause l’armée, il risque une condamnation pour diffamation.

Entrée au Panthéon

En février 1898, Zola est condamné à un an de prison pour diffamation. Il fuit en Angleterre. La révision du procès de Dreyfus a tout de même lieu en septembre 1899. Le conseil de guerre déclare à nouveau le capitaine coupable d’espionnage. Je suis dans l’épouvante, écrit-il dans L’Aurore. Zola ne désarme pas et poursuit sa lutte pour la réhabilitation de l'officier.  Mais, dans la nuit du 28 au 29 septembre 1902, l’écrivain meurt asphyxié à Paris par la combustion d'un feu de cheminée.

Quatre ans plus tard, Dreyfus est réhabilité et décoré de la Légion d’honneur dans la cour de l’École militaire. Émile Zola n’a donc pas assisté au triomphe de la vérité. Mais en 1908, le capitaine verra, lui, le transfert au Panthéon des cendres de son plus ardent défenseur.

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En 2006, cent ans après la réhabilitation d’Alfred Dreyfus, un historien propose son transfert au Panthéon. Jacques Chirac, président de la République, préfère l’organisation d'une cérémonie d'hommage national à l'École militaire. Ce reportage du 12/13 de France 3 revient sur les arguments qui ont permis cette décision.

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