vidéo - 

Débat autour du transfert de Dreyfus au Panthéon et hommage national

Débat autour du transfert de Dreyfus au Panthéon et hommage national

Date de diffusion : 12 juil. 2006

En 2006 Jacques Chirac président de la République prend la décision de ne pas transférer Alfred Dreyfus au Panthéon à l'issue d'un débat agité entre partisans de la panthéonisation et opposants et fait le choix d'une cérémonie d'hommage nationale à l'Ecole militaire.

Niveaux et disciplines

Ressources pédagogiques utilisant ce média

Informations et crédits

Type de ressource :
Forme :
Collection :
Production :
INA
Page publiée le :
13 avr. 2015
Modifiée le :
19 sept. 2022
Référence :
00000001717

Contexte historique

Par Isabelle Chalier

En 2006, dans le livre Alfred Dreyfus. L'honneur d'un patriote, l'historien Vincent Duclert est le premier à proposer le transfert des cendres de l'officier au Panthéon. Cette décision incombe au président de la République d'alors, Jacques Chirac, qui, après s'être donné le temps de la réflexion, finit par l'écarter le 5 juillet 2006.

Il fait plutôt le choix d'une cérémonie nationale pour commémorer le centenaire de la réhabilitation de ce capitaine juif alsacien, un hommage à un « officier exemplaire » et à « un patriote qui aimait passionnément la France ». La cérémonie se tient à l'Ecole militaire de Paris le 12 juillet 2006. Exactement un siècle auparavant, la Cour de cassation avait proclamé la pleine et complète innocence de Dreyfus, qui avait été aussitôt réintégré dans l'armée et avait reçu la Légion d'honneur. Un moment qui a marqué la victoire de la justice sur la raison d'Etat.

Cette décision de Jacques Chirac s'inscrit dans une politique mémorielle plus large [1]. Lors du centenaire du « J'accuse » en 1998, le président de la République a adressé une lettre aux familles de Dreyfus et de Zola, décrivant l'affaire comme une "tache sombre, indigne de notre pays et de notre histoire, colossale erreur judiciaire et honteuse compromission d'Etat".

Perçue comme un évènement hors-normes, l'affaire Dreyfus a été un peu oubliée de la recherche historique jusqu'en 1994, centenaire du procès Dreyfus. A partir des années 90, la remise en cause du rapport de la France à son histoire récente s'accélère. Mémoire publique et travaux scientifiques se rejoignent. En avril 2006 paraît ainsi la biographie du capitaine, au terme de laquelle l'auteur Vincent Duclert propose l'entrée de Dreyfus au Panthéon, institution symbolique où ne cesse de se projeter la République.

Cette proposition est d'abord largement suivie par la presse (Le Monde, Libération, Les Inrockuptibles, Le Figaro Magazine ...) et reçoit le soutien de Jack Lang, ancien ministre de François Mitterrand, qui, à son tour, adresse au président de la République le 2 mai 2006 une demande officielle en faveur de la panthéonisation de Dreyfus. Le projet obtient également l'adhésion du garde des Sceaux Pascal Clément ou encore de Jean-Noël Jeanneney, président de la Bibliothèque nationale de France - pour ne citer qu'eux.

Les adversaires, quant à eux, mettent en concurrence un autre nom, l'historien Marc Bloch, fusillé par les Allemands en 1944, une autre suggestion pour le Panthéon qui fait l'objet d'une pétition lancée par Le Figaro. D'autres, y compris des historiens en opposition à la thèse défendue par Vincent Duclert, considèrent que Dreyfus, en tant que victime, n'a pas sa place aux côtés des grands hommes.

On constate qu'à nouveau, le nom de Dreyfus est venu cliver la société et les intellectuels français, mais pour bien d'autres raisons qu'entre 1894 et 1906.

[1] Voir le document Bilan de la présidence de Jacques Chirac.

Éclairage média

Par Isabelle Chalier

Le reportage s'ouvre dans la cour de l'Ecole militaire, là où le capitaine Dreyfus a été dégradé en 1895 et se poursuit dans l'exposition Alfred Dreyfus, le combat pour la justice qui s'est tenue au musée d'Art et d'Histoire du judaïsme du 14 juin au 1er octobre 2006. Il donne alors la parole à l'historien Vincent Duclert qui rappelle quelques éléments clés de l'affaire en insistant sur les grands défenseurs de Dreyfus, Georges Clemenceau et Jean Jaurès. Les images d'archives, les unes de presse ancienne et les photographies, présentées dans l'exposition, viennent illustrer l'historique.

Le commentaire cède ensuite la parole à Jack Lang devant le monument Hommage au capitaine Dreyfus, situé square Pierre-Lafue dans le 6e arrondissement de Paris. Le choix du lieu n'est pas anodin. En effet, cette statue avait été commandée en 1985 par le ministre de la Culture de l'époque - Jack Lang - qui souhaitait l'installer dans un lieu emblématique, à savoir la cour de l'Ecole militaire. Mais il avait dû renoncer face à l'opposition du ministre de la Défense. La statue est par ailleurs l'œuvre de Tim, sculpteur et dessinateur français d'origine juive polonaise, qui a ensuite réalisé le Monument aux déportés d'Auschwitz III en 1993, érigé au cimetière du Père-Lachaise.

Le reportage revient ensuite à l'Ecole militaire et à Jacques Chirac, derrière lequel se tiennent Dominique de Villepin, Premier ministre, et Michèle Alliot-Marie, ministre de la Défense. En contrepoint, la journaliste énonce deux arguments de ceux qui refusent la panthéonisation de Dreyfus : d'une part le capitaine serait la victime d'un destin subi et d'autre part, des acteurs importants de l'affaire - Zola et Jaurès - sont déjà au Panthéon. L'intervention de l'historien Marc Knobel, chercheur au CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France) et spécialiste de l'antisémitisme, va d'ailleurs dans ce sens, en insistant sur le rôle de Zola et son engagement. « S'il est un héros, c'est parce qu'il fut d'abord une victime » reprend ensuite la journaliste à propos de Dreyfus, non sans un certain parti-pris.

Par ailleurs, le petit-fils d'Alfred Dreyfus lui-même, nous dit-on, ne semble pas convaincu : il vient rappeler que le capitaine souhaitait avant toute chose reposer aux côtés de sa femme et ses enfants, alors que la vie les avait déjà trop souvent séparés. Le reportage se termine au cimetière du Montparnasse à Paris, devant la pierre tombale de Dreyfus et sa famille. Parmi les noms inscrits, on remarque celui de Madeleine Lévy, petite-fille de l'officier, et assassinée à Auschwitz à l'âge de 25 ans.

Bibliographie :

Vincent Duclert, Dreyfus au Panthéon. Voyage au cœur de la république, Paris, Galaade Editions, 2007.

Thèmes

Sur le même thème

Sur le même thème