Dossier thématique

21 janvier 1793 : Louis XVI est guillotiné

Par Antoine BourguilleauChargé d'enseignement à Paris 1
Publication : 18 janv. 2023 | Mis à jour : 27 janv. 2023

Niveaux et disciplines

Le 21 janvier 1793, le roi Louis XVI, rebaptisé Louis Capet dans l’acte d’accusation de son procès, est guillotiné en public sur la place de la Révolution, actuelle place de la Concorde, à Paris. Sa mort met un terme à près de 1 300 ans de monarchie en France, depuis le règne de Clovis à la fin du Ve siècle. Moins de quatre années se sont écoulées entre la prise de la Bastille et la mise à mort du roi. Comment en est-on arrivé là ?

     

Des ressources à explorer du CM1 au lycée

Cette sélection de ressources sur la Révolution française vous permettra d'aborder les points suivants du programme d'histoire :

  • CM1 > Histoire > Le temps de la Révolution et de l’Empire > De l’année 1789 à l’exécution du roi : Louis XVI, la Révolution, la Nation
  • Quatrième > Histoire > Le XVIIIe siècle. Expansions, Lumières et révolutions > La Révolution française et l’Empire : nouvel ordre politique et société révolutionnée en France et en Europe
  • Seconde > Dynamiques et ruptures dans les sociétés des XVIIe et XVIIIe siècles > Les Lumières et le développement des sciences
  • Seconde > L'Europe bouleversée par la Révolution française (1789-1815) > La Révolution française et l’Empire : une nouvelle conception de la nation

Un souverain suppléant

Né en 1754, Louis XVI est le troisième fils du dauphin Louis, fils de Louis XV, et le frère aîné des futurs Louis XVIII et Charles X. Ses deux frères aînés meurent prématurément et son père décède en 1765, faisant de lui l’héritier du trône à l’âge de 11 ans. Son grand père, Louis XV, meurt en 1774 : il devient alors le nouveau roi de France. Le roi et son épouse, la princesse Marie-Antoinette, fille de Marie-Thérèse d’Autriche, sont jeunes : respectivement 20 et 19 ans. Le nouveau monarque s’appuie sur de bons conseillers, comme Maurepas, Turgot ou Necker, qui entreprennent de nombreuses réformes économiques. Ces dernières engendrant, comme toujours, des mécontentements, le souverain n’a pas toujours la force de caractère nécessaire pour appuyer ceux qui les mettent en œuvre, ce qui contribue à affaiblir son autorité et celle de l’Ancien Régime. Cette expression désigne le régime social et politique de la France depuis le règne de François Ier (1515-1547) jusqu'à la Révolution de 1789. Au début de son règne, Louis XVI ignore qu'il sera le dernier roi de l'Ancien Régime. Pour l'heure, il continue de se conformer au protocole et s’adonne aux plaisirs de la cour, dont celui de la chasse.

Un régime déjà fragile

L’Ancien Régime est déjà un édifice fragilisé. Le XVIIIe siècle a été décrit comme le siècle des Lumières, celui qui voit des personnalités telles que Montesquieu, Rousseau, Diderot ou Voltaire prendre des positions critiques, dans leurs écrits ou dans des salons, à l’égard de la royauté de droit divin et promouvoir des idées issues de l’Antiquité comme celles de liberté, de démocratie ou de citoyenneté, peu compatibles avec un régime de droit divin, autoritaire et centralisé à l’extrême depuis le règne de Louis XIV.

Mais si le régime paraît de marbre, la réalité est plus complexe : nombre de livres interdits circulent sans guère d’entraves ; d’autres, présentés par leur éditeur comme étant publiés à l’étranger pour contourner la censure, sont en fait imprimés en France. Les idées subversives circulent formidablement dans tout le pays grâce aux ateliers des imprimeurs, sous forme de pamphlets, de traités, de lettres, de caricatures ou de satires. Pour qualifier leurs auteurs, on ne parle pas encore d’intellectuels, mais de philosophes et ils sont tenus en haute estime. En 1776, la visite en France de Benjamin Franklin (un des pères fondateurs des États-Unis d’Amérique, lui-même imprimeur) lui donne l’occasion de rencontrer Voltaire : l’on s’extasie sur la rencontre entre le philosophe du Nouveau Monde et celui de l’ancien. Tout semble bouger, sauf le pouvoir lui-même.

Affaire Calas, Lettres persanes, Liaisons dangereuses... Les ressources suivantes présentent quelques oeuvres phares des Lumières. Toutes dénoncent le pouvoir tyrannique et prônent la liberté d'expression et de conscience. De quoi saper le pouvoir absolu d'un roi !

Comment les livres et la philosophie des Lumières ont préparé la Révolution

Notre partenaire BnF Les Essentiels montre comment l'élargissement du lectorat au XVIIIe siècle a permis une diffusion large des nouvelles idées des Lumières. À la veille de la Révolution, on compte dans le royaume de France 35 % d’alphabétisés, avec toujours un retard des zones rurales sur les villes et du Sud sur le Nord. Or, à la même période, surgissent partout en Europe des idées nouvelles qui, à travers la métaphore de la lumière, évoquent le passage de l’obscurantisme à une pensée et une action libres, éclairées par la raison. Mais les idées révolutionnaires ne se diffusent pas que sur papier : on se rassemble aussi en public pour écouter des lectures de gazettes à haute voix !

Capture d'écran du dossier Les Essentiels (BnF) sur les Lumières.

Une guerre coûteuse en Amérique

Les vieux militaires y voyaient une guerre ; les jeunes gens, quelque chose de nouveau ; les femmes, quelque chose d’aventureux, écrit le diplomate Talleyrand dans ses Mémoires. C’est en effet à corps perdu, ou presque, que la cour et le roi lui-même se rangent du côté des colons américains en révolte contre les Britanniques, participant financièrement et militairement à la guerre d’indépendance américaine (1776-1783). Mais ce conflit, dont la France ne tire que de maigres bénéfices à part celui de se venger de la défaite de la guerre de Sept Ans (1756-1763) face au Royaume-Uni et de la perte du Canada en 1763, grève considérablement les finances déjà mal en point du royaume. Pour lever de nouveaux impôts, le roi n’a pas d’autre option que de convoquer les états généraux à Versailles. Ces assemblées, qui se tiennent de façon irrégulière durant l'Ancien Régime, comprennent des représentants des trois ordres (ou états) du royaume : clergé, noblesse et tiers état.

Les ressources de la BnF sur la Révolution américaine

S'appuyant sur des vidéos et des images, ce parcours permet aux élèves de 4e de comprendre les grands enjeux de la guerre d’indépendance américaine.

Capture d'écran du dossier de la BnF sur la guerre d'indépendance américaine.

Du serment du Jeu de paume à la prise de la Bastille

Les états généraux sont l’occasion pour la bourgeoisie, représentée dans le tiers état, de faire valoir des revendications face aux deux autres ordres, et notamment celui d’un vote par tête. Ce mode de prise de décision avantagerait grandement le tiers état puisque, quelques mois plus tôt, le roi a lui-même décidé de multiplier par deux le nombre de leurs représentants ! Montrant qu’il n’a guère de suite dans les idées, et alors qu’il pourrait s’appuyer sur un élan réformiste aussi répandu que modéré, le roi choisit le coup de force et chasse les députés du tiers de leur salle de réunion. Ces derniers se rabattent sur une autre salle inoccupée, celle du Jeu de paume où, le 20 juin 1789, ils font serment de ne pas se séparer avant d’avoir donné une constitution à la France.

Insert de la ressource Document - ID: 00000004224 en mode complementaire

Mais, une fois encore, le roi de France se montre inconstant : semblant soutenir leur initiative, il rassemble bientôt des régiments autour de Paris, ce qui fait craindre à la population de la capitale une répression et pousse les Parisiens, le 14 juillet, à prendre les armes gardées dans un arsenal à la Bastille.

Insert de la ressource Document - ID: 00000004225 en mode complementaire

Décryptez deux épisodes clés avec le Château de Versailles

Notre partenaire le château de Versailles propose le commentaire complet d'une œuvre de Jacques-Louis David sur le serment du Jeu de paume. Invitez également vos élèves à analyser le moment précis de la capitulation de la forteresse de la Bastille au travers d'une peinture de l'époque révolutionnaire.

Capture d'écran du dossier du Château de Versailles sur le serment du Jeu de paume.

Capture d'écran du dossier du Château de Versailles sur la prise de la Bastille.

Le roi perd pied...

Le roi donne alors aux révoltés des gages de bonne volonté, mais, poussé par une partie de la noblesse (que l’on qualifierait aujourd’hui de radicalisée), manœuvre en secret pour entraver les travaux de l’Assemblée constituante. Il s’oppose notamment à la constitution civile du clergé – qui heurte sa foi catholique – en plaçant les prêtres hors de l’autorité du pape.

Cette ressource audio de Radio France montre que la rencontre entre la Révolution française et l'Église fut un choc. La religion officielle du royaume perd son poids politique à partir de 1789. C'est cette tendance qu'a tenté d'enrayer Louis XVI.

 

Ramené de Versailles à Paris par le peuple de la capitale, Louis XVI se sent prisonnier au palais du Louvre et tente de s’enfuir vers la frontière de l’Est : il cherche à y rejoindre l’armée du marquis de Bouillé, proche des royalistes les plus radicaux. Reconnu à Varennes (Meuse) le 21 juin 1791, il est arrêté et ramené à Paris. La rupture est consommée, même si l’Assemblée feint de croire que le roi a été « enlevé ».

Quand, en octobre 1791, l’Assemblée législative succède à la constituante, Louis XVI perd son titre de roi de France pour devenir roi des Français. En façade, la concorde semble régner. En réalité, les Girondins, modérés, majoritaires à l’Assemblée, sont partisans de mener la guerre avec les puissances européennes. Ils souhaitent pousser le roi à prendre position pour, l’espèrent-ils, répandre le modèle révolutionnaire à l’étranger. En avril 1792, la guerre est déclarée à l’Autriche, ce dont le roi se réjouit : les revers militaires des révolutionnaires s’accumulent et il semble sur le point de reprendre la main quand une série d'émeutes aboutit à la journée du 10 août 1792 : le peuple de Paris s’empare du palais des Tuileries, contraignant la famille royale à se placer sous la protection de l’Assemblée. Le 21 septembre 1792, cette dernière, devenue Convention nationale, proclame la République. 

... puis la tête

Que faire d’un roi ? Pour certains, comme Saint-Just, il n’y a pas à tergiverser : un roi doit régner ou mourir. Plus de 600 documents prouvant la connivence du souverain avec les puissances ennemies de la France (dont une correspondance avec l'empereur d'Autriche) sont retrouvés au palais des Tuileries. Après cette découverte, la Convention nationale décrète, le 3 décembre 1792, que le souverain sera jugé par elle et établit 33 chefs d'accusation (dont le double-jeu diplomatique, la fuite à Varennes et le crime d'avoir fait couler le sang des Français).  La personne du roi est désormais un enjeu de luttes de pouvoir entre les Montagnards, les plus radicaux, et les Girondins, qui demeurent attachés à une monarchie constitutionnelle. Le 18 janvier 1793, une courte majorité de Conventionnels vote pour la mort et, le lendemain, un sursis à exécution est rejeté. Le 21 janvier 1793, comme le narre fort bien ce document sonore de Radio France, le roi est exécuté.

La gravure qui illustre cet article (en haut de cette page) immortalise l'exécution de Louis XVI. Réalisée entre 1788 et 1798, elle livre les dernières paroles de Louis XVI, alors qu'il quitte son confesseur (en habit noir) et qu'il avance vers la guillotine : Je pardonne à mes ennemis. Je désire que ma mort fasse le salut de la France. Je meurs innocent.

Louis Capet : désacraliser la personne du roi

En rebaptisant Louis XVI Louis Capet, l’acte d’accusation de son procès ne vise pas seulement à transformer l’ancien souverain en citoyen ordinaire. Il y a là une volonté délibérée de ridiculiser l’ancien monarque en l’affublant d’un nom de famille qu’il n’a jamais porté – celui de Hugues Capet et de la lignée des Capétiens. Or, cette lignée directe s’est éteinte en 1328 à la mort de Charles IV le Bel pour laisser la place à celle des Valois, puis des Bourbons, dont les descendants occupent encore le trône d’Espagne de nos jours. Louis de Bourbon, ou Louis Bourbon, eut donc été sans doute plus approprié. La désacralisation de la personne du roi facilite son exécution.

Et après le procès ?

Son épouse, Marie-Antoinette, est exécutée à son tour en octobre 1793, accusée d’avoir comploté avec une puissance étrangère – ce dont on n’a pas alors de preuve tangible, mais que les archives permettront, bien des années plus tard, d’établir avec certitude. Le dauphin meurt probablement en 1795, de maladie. Il faudra attendre un empire et sa chute, en 1815, pour que le frère cadet de Louis XVI monte sur le trône de France, sous le nom de Louis XVIII.

La Révolution : un enjeu de mémoire

Le bicentenaire de la Révolution française, en 1989, est l’occasion de grandes manifestations dans toute la France. Vous trouverez sur le site Les Essentiels (BnF) la brochure des festivités éditée à l'époque. Elle contient le programme du défilé du 14 juillet 1989, dont l'organisation avait été confiée au publicitaire Jean-Paul Goude. Sa couverture, aux couleurs tricolores, présente en son centre un portrait stylisé de la mannequin et chanteuse afro-américaine Grace Jones.

 

Mais ce bicentenaire est aussi l’occasion de mettre en lumière les débats des historiens sur la Révolution et notamment les travaux de l'historien François Furet qui se montre très critique sur la place accordée à cette période de notre histoire. Il tend à contester son caractère inéluctable. Selon lui, la Révolution aurait été un cataclysme dont on aurait pu s’épargner les débordements pour aboutir à un résultat similaire (établissement de la démocratie et de la liberté). 

C’est oublier que la Révolution n’a pas été aussi radicale et universelle qu’on le dit parfois et que les révolutionnaires ont privé du droit de vote la moitié de la population du royaume : les femmes, qui jouent pourtant un rôle central dans les débats de cette période. On pense notamment à Olympe de Gouges. Elles devront attendre plus de 150 ans pour déposer un bulletin dans l’urne.

Approfondissez le sujet... en chansons !

Les chansons vont accompagner la Révolution française. En 1789, on recense 116 chansons sur le sujet révolutionnaire et en 1793, 701. Découvrez-en plusieurs grâce à cette émission spéciale d'Histoires de musique, de Radio France.

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