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Homophobie : le rôle-clé des associations à l'école

Copyright de l'image décorative: © Anna Shvets / Pexels


 
Par Jean-Pierre Vrignaudjournaliste spécialisé en histoire
Publication : 16 mai 2024 | Mis à jour : 10 juin 2024

Niveaux et disciplines

La LGBTphobie fait des ravages chez les adolescents, causant chez ceux qui en sont victimes des dégâts sur l'estime de soi, la santé et, souvent, un décrochage scolaire. Pour lutter contre ce fléau, l’école peut s’appuyer sur les interventions d’associations expertes : rencontre avec les élèves pour déconstruire les préjugés, clubs de parole...

 

Moi, si mon fils était gay, je le tuerais ! C’est un collégien qui s’exprime ainsi devant sa classe. Ce sont des mots très violents, mais ils illustrent jusqu’où peut aller l’intolérance, y compris chez les plus jeunes, face à une orientation sexuelle différente. Véronique Godet, qui rapporte ce propos entendu lors d’une de ses interventions, est professeure de français dans un collège marseillais et bénévole au sein de l’association SOS homophobie. Depuis plus de dix ans, elle va à la rencontre des élèves pour informer et déconstruire les préjugés sur l’homosexualité, la bisexualité et la transidentité.

Questionner les préjugés des élèves

Ce sont les établissements, souvent à l’initiative de professeurs, qui nous appellent. Nous rencontrons une classe pendant deux heures, en présence d’un personnel de l’établissement qui est là en observateur, explique-t-elle. Notre objectif est moins de dispenser un savoir que de susciter l’échange et la discussion. Pour certains élèves qui s’interrogent sur leur orientation sexuelle ou sur leur identité de genre, c’est parfois la première fois que ces sujets sont abordés devant eux. 

Parmi les idées reçues très répandues, beaucoup de jeunes croient que l’homosexualité est un choix. Dans ce cas, par analogie, on leur demande si eux-mêmes, à un moment donné, ont fait le choix de leur hétérosexualité : est-ce qu’ils ont choisi de tomber amoureux d’une personne ou bien d’une autre ou est-ce que ça leur est tombé dessus ? 

Véronique Godet, professeure de français à Marseille et bénévole au sein de l’association SOS homophobie.

On entend également, pousuit l'enseignante : "Dans mon pays d’origine, il n’y a pas de gays ni de lesbiennes." Alors nous expliquons que, de tout temps et dans toute société, il y a environ 8 à 10 % de personnes homosexuelles. C’est une constante. On se demande alors ensemble pourquoi, dans certaines régions du monde, les homosexuels doivent vivre cachés ou s’enfuir. Cela nous amène à évoquer la répression et les persécutions perpétrées dans ces pays.

Au-delà de ces cas particuliers, il faut comprendre que le fléau des LGBTphobies à l’école est le produit de notre société. Il fait des ravages chez les ados, causant des dégâts sur l’estime de soi, la santé, provoquant régulièrement un décrochage scolaire. Parmi ceux qui en sont victimes, le taux de suicide est deux à cinq fois plus élevé que parmi l’ensemble des élèves.

À partir des enquêtes de victimation menées par le service statistique du ministère de l'Éducation nationale, on peut estimer que la presque totalité des élèves homosexuels, bisexuels et transgenres sont touchés directement ou indirectement par des insultes LGBTphobes.

Judith Klein, cheffe du bureau de l’égalité et de la lutte contre les discriminations à la Direction générale de l'enseignement scolaire (DGESCO).

À l’échelle de l’Union européenne, en 2019, 60 % des personnes LGBT interrogées déclaraient avoir caché être LGBT en milieu scolaire et 4 sur 10 affirmaient avoir été la cible de propos et de comportements hostiles à l’école, en raison de cette identité (source OCDE). Pour mener le combat contre ces discriminations, il s’agit de tirer tous les leviers : former, informer, protéger. 

L’homophobie : un délit, surtout pas une opinion

L’association SOS homophobie intervient pour les questions liées à la sexualité et à l’expression de genre, mais ses bénévoles n’effectuent pas de hiérarchie entre les discriminations. Ce sont les mêmes mécanismes qui sont à l’œuvre face au handicap et à l’apparence physique ou qui s’expriment dans le racisme et le sexisme : toujours ce rejet de la différence. Petit pédé !, Sale nègre !, Grosse pute !… Ces insultes, parmi les classiques des cours de récréation ou sur les réseaux sociaux, agissent, chacune dans leur registre, comme une police de la norme, pour rabaisser, invisibiliser, mettre à l’écart. 

L’homophobie est une conséquence du sexisme. Pour beaucoup, un gay, c’est un homme qui prend le rôle d’une femme, qui s’approprie les codes féminins, qui s’habille de manière féminine. Il ne peut pas être viril, c’est un sous-homme, donc il ne mérite que l’insulte et la punition par la violence. Cela renvoie clairement à la hiérarchie entre les hommes et les femmes dans la société patriarcale, où la femme est considérée comme inférieure à l’homme. 

Véronique Godet, professeure de français à Marseille et bénévole au sein de l’association SOS homophobie.

Le premier commandement, lors de ces interventions dans les établissements scolaires, est de ne pas juger les élèves, de les laisser s’exprimer. Toutefois, il s’agit de ne rien laisser passer. Lorsque les propos sont violents ou simplement insultants, le rappel à la loi est systématique : les LGBTphobies ne sont pas une opinion, mais un délit. Dans le livret d’information de C’est comme ça, le site de SOS homophobie à destination des ados, il est clairement indiqué : 

Si un(e) élève traite de sale con un(e) camarade sur son mur Facebook que tout le monde peut voir, la justice considère qu’il s’agit d’une injure publique, punissable d’une peine maximale de 12 000 euros d’amende. Si l’injure est à caractère homophobe (sale pédé), la peine est plus élevée : jusqu’à 45 000 euros d’amende et un an de prison.

Livret d’information de C’est comme ça, le site de SOS homophobie à destination des adolescents.
     

Ignorance et préjugés, deux reportages sur des interventions en milieu scolaire

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Avec Contact, le MAG Jeunes LGBT ou SIS Association, SOS homophobie fait partie des associations partenaires agréées par le ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse pour intervenir en milieu scolaire. Leurs interventions donnent des résultats encourageants. En 2023, une étude réalisée en France par l’OCDE a montré que, dans les collèges, l’intervention de bénévoles de SOS homophobie augmente de 20 % la part d’élèves qui ont conscience des conséquences du harcèlement anti-LGBT ; dans les lycées, la proportion d’élèves ouverts à l’inclusion LGBT augmente de plus de 10 % en moyenne. Enfin, pour tous, l’intervention de SOS homophobie augmente de près de 60 % la part des élèves qui parlent du sujet LGBT avec le personnel scolaire…

Des clubs pour libérer la parole

Les initiatives lancées ou recensées par les observatoires de la lutte contre les LGBTphobies, dont la mise en place se généralise depuis 2021 dans toutes les académies, concernent également la vie sociale des élèves.

Audrey Gelman, référente du rectorat de l’académie de Paris sur la lutte contre les LGBTphobies, recense une vingtaine de clubs Agis (Alliance genres, identités et sexualités) créés dans des établissements de l’académie de Paris. Ce sont des espaces de parole où des jeunes en questionnement et d’autres, considérés comme des « alliés » bienveillants, peuvent échanger entre pairs en toute sécurité sur les questions de genres et de sexualités, des safe spaces. Ces clubs peuvent également organiser des sorties ou lancer des actions. « Cette année, illustre Audrey Gelman, le club Agis du lycée Sophie-Germain, à Paris, a mené un projet en partenariat avec Radio Campus pour réaliser une émission d’une heure sur le thème médias et identités LGBT, qui est diffusée le 17 mai. » Ailleurs, c’est la réalisation d’un mur de la visibilité ou d’un drapeau arc-en-ciel géant, des projections-débats – par exemple autour du film documentaire Coming Out de Denis Parrot –, des tables rondes sur la démocratie scolaire et la lutte contre les LGBTphobies, animées notamment par des étudiants, eux-mêmes anciens membres de clubs Agis… L’une, d’origine égyptienne, qui ne pouvait pas parler dans sa famille, considère que c’est ce qui l’a raccrochée au lycée. Un autre témoigne : 

Cela m’a fait gagner cinq ans de passer par ce club. J’ai enfin pu cesser de vivre caché et de me sentir anormal.

Un jeune membre du club Agis (Alliance, genres, identités et sexualités).

Chaque action compte, notamment celles qui invitent les élèves à libérer leur parole. Oser en parler : un premier pas, une première victoire !

Pour aller plus loin

• Un article 

Aux côtés des associations, l'institution scolaire, les enseignants et la communauté éducative se mobilisent aussi pour lutter contre l'homophobie. Tour d'horizon des initiatives qui permettent d'engager un dialogue constructif avec les élèves.

• 0810 20 30 40, un numéro pour parler

Le service d’écoute, d’aide aux victimes et témoins d’homophobie, de transphobie et de biphobie – Écoute contre l'homophobie– est mis à disposition et accessible par téléphone (0810 20 30 40 ou 01 41 83 42 81, tous les jours de 8 h à 23 h), par courrier électronique et par tchat.
Ce service, géré par SIS association, partenaire du ministère de l’Éducation nationale, s’adresse à la fois aux élèves, à leurs proches et aux personnels.
Il est animé par des adultes formés à l’écoute et au conseil qui agissent dans le respect de l’individu, sans jugement moral, de manière anonyme et confidentielle. Ils sont également en mesure, si nécessaire, d’orienter la personne qui les sollicite vers les structures adaptées à chaque situation.

• Des ressources pour agir en classe contre les LGBTphobies

Sur le site Eduscol

• FAQ 

Foire aux questions sur l’accueil et la prise en charge des élèves trans et non-binaires

• Une sélection de lectures inclusives

L'Égalithèque

 

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