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L'école et les enseignants engagés dans la lutte contre l'homophobie

Copyright de l'image décorative: © Yuri Cortez / AFP

Par Jean-Pierre Vrignaudjournaliste spécialisé en histoire
Publication : 16 mai 2024 | Mis à jour : 10 juin 2024

Niveaux et disciplines

Aux côtés des associations, l'institution scolaire, les enseignants et la communauté éducative se mobilisent aussi pour lutter contre l'homophobie. Tour d'horizon des initiatives qui permettent d'engager un dialogue constructif avec les élèves.

 

« Les interventions en milieu scolaire réalisées par les associations sont un excellent point de départ, considère Audrey Gelman, référente du rectorat de l’académie de Paris sur la lutte contre les LGBTphobies [1] Les LGBTphobies correspondent aux attitudes hostiles à l’égard de personnes en raison de leur orientation sexuelle ou de leur identité de genre. L'acronyme renvoie aux initiales de Lesbienne, Gay, Bisexuel(le), Trans. , mais, ensuite, ce sont les professeurs qui sont avec les élèves au quotidien. » 

S'appuyer sur les programmes scolaires

La lutte contre les discriminations, y compris homophobes et transphobes, est déjà explicite dans les programmes d’enseignement moral et civique (EMC). Mais toutes les disciplines sont concernées, poursuit Audrey Gelman. Par exemple, en sciences et vie de la Terre (SVT), dans les programmes de seconde, le chapitre "Procréation et Sexualité" doit permettre d’évoquer la distinction entre les identités sexuées et sexuelles, ainsi que les rôles en tant qu’individus sexués et les stéréotypes selon l’orientation sexuelle. En histoire, en classe de terminale, dans l’option Droit et Grands Enjeux du monde contemporain, on peut étudier l’évolution de la famille, qui est devenue multiforme : biologique, adoptive, monoparentale, homoparentale. Dans "Dire l’amour", thème au programme de français en 4e, pourquoi ne pas compléter le récit hétérosexuel classique par un roman lesbien de Violette Leduc ? L’enjeu est d’utiliser un matériel d’apprentissage plus inclusif, adossé aux enseignements officiels. Ainsi, on diversifie les représentations proposées aux élèves en termes d’agencements familiaux ou sentimentaux et on rend visible l’invisible.

Favoriser les initiatives à l'école

La première campagne de sensibilisation date de 2011, détaille Judith Klein, cheffe du bureau de l’égalité et de la lutte contre les discriminations à la Direction générale de l'enseignement scolaire (DGESCO). Désormais, et notamment à l’occasion de la Journée mondiale contre l’homophobie et la transphobie, le 17 mai, nous encourageons la multiplication des initiatives dans les établissements scolaires : réalisation de vidéos, d’affiches, rencontres, projections de films… Nous mettons également à disposition des personnels un guide d’accompagnement de la campagne de sensibilisation contre les LGBTphobies "Ici, on peut être soi", qui est affichée dans les collèges et les lycées depuis mai 2023. Nous y rappelons les textes de loi punissant les LGBTphobies, mais également la politique de l’Éducation nationale pour l’inclusion des élèves LGBT.

Le guide évoque notamment la circulaire du 29 septembre 2021 intitulée Pour une meilleure prise en compte des questions relatives à l’identité de genre en milieu scolaire. La transidentité ? Le sujet est d’une actualité brûlante, que ce soit dans les médias, dans l’arène politique ou sur les réseaux sociaux. Le texte de cette circulaire a été contesté, mais il a été validé à deux reprises par le Conseil d’État. Concrètement, il prévoit par exemple qu’un élève en transition puisse demander à être appelé par le nouveau prénom qu’il s’est choisi si ses deux parents donnent leur accord et que l’état-civil n’a pas été modifié ou, encore, il recommande aux chefs d’établissements d’examiner la possibilité qu’un élève utilise les toilettes conformément à son identité de genre.

Faire face aux questions des élèves

Dans l’académie d’Orléans-Tours, Vincent Patigniez, enseignant-documentaliste et formateur sur les questions d’égalité des genres, note que la demande de formation est forte chez ses collègues qui ont à la fois besoin d’informations, de ressources et d’une méthodologie pour répondre aux élèves. Ils ne savent pas toujours comment réagir face à des idées reçues comme : « la transidentité, c’est juste une mode », « l’homosexualité féminine est la preuve d’une insatisfaction sexuelle avec les hommes » ou encore « les personnes LGBT sont trop visibles dans les médias  »… « Il s’agit souvent, explique Vincent Patigniez, de prendre le temps d’interroger l’élève, ses sources, puis de coconstruire une réponse ensemble, en faisant des recherches. » L’académie de Grenoble, de son côté, a mis en ligne une foire aux questions (FAQ) détaillée qui conseille point par point sur la meilleure manière d’accueillir et de prendre en charge les élèves trans et non-binaires.

Ce reportage suit une professeure qui s’implique contre l’homophobie en dialoguant avec ses élèves.

 

Auteur du livre Accompagner la construction sexuelle et de genre chez les ados (éd. Double Ponctuation, 2023), Vincent Patigniez met également en avant la nécessité de réaliser les séances d’éducation à la sexualité prévues par la loi, qui ne sont pas toujours réellement effectuées. De nombreux professeurs ont peur de la réaction des élèves, des parents, de la direction parfois… 

Le droit à l’information et l’éducation à la citoyenneté sexuelle ne sont pourtant ni du militantisme, ni du prosélytisme, ni de la propagande, ni du lobbying. Simplement du bon sens et une volonté de protéger les jeunes, de veiller à leur santé mentale et sociale.

Vincent Patigniez, enseignant documentaliste et formateur sur les inégalités de genre dans l'académie d'Orléans-Tours.

L’ignorance est toujours la première cause des discriminations et de l’intolérance.

Casser les représentations

Pour faire varier les représentations, le professeur documentaliste a imaginé une « égalithèque », une « bibliothèque de la diversité » qui recense des romans, BD, mangas, essais mettant en jeu des récits alternatifs à la société hétéronormée. Des ouvrages à recommander ? « Le roman graphique Heartstopper [d’Alice Oseman], une histoire particulière entre deux garçons, qui est devenu une série Netflix ; Dix Idées reçues sur la sexualité [de Clémentine du Pontavice et Alice Dussutour] chez Glénat, qui parle par exemple du consentement ou de l’envoi de sextos ; Girlfriends, de Sara Soler, une histoire d’amour autobiographique entre Sara, femme cisgenre, et Diana, femme transgenre… » Des histoires qui racontent un monde plus divers et inclusif ! 

Pour aller plus loin

• Un article 

La LGBTphobie fait des ravages chez les adolescents, causant chez ceux qui en sont victimes des dégâts sur l'estime de soi, la santé et, souvent, un décrochage scolaire. Pour lutter contre ce fléau, l’école peut s’appuyer sur les interventions d’associations expertes : rencontre avec les élèves pour déconstruire les préjugés, clubs de parole...

• 0810 20 30 40, un numéro pour parler

Le service d’écoute, d’aide aux victimes et témoins d’homophobie, de transphobie et de biphobie – Écoute contre l'homophobie –est mis à disposition et accessible par téléphone (0810 20 30 40 ou 01 41 83 42 81, tous les jours de 8 h à 23 h), par courrier électronique et par tchat.
Ce service, géré par SIS association, partenaire du ministère de l’Éducation nationale, s’adresse à la fois aux élèves, à leurs proches et aux personnels.
Il est animé par des adultes formés à l’écoute et au conseil qui agissent dans le respect de l’individu, sans jugement moral, de manière anonyme et confidentielle. Ils sont également en mesure, si nécessaire, d’orienter la personne qui les sollicite vers les structures adaptées à chaque situation.

• Des ressources pour agir en classe contre les LGBTphobies

Sur le site Eduscol

• FAQ 

Foire aux questions sur l’accueil et la prise en charge des élèves trans et non-binaires

• Une sélection de lectures inclusives

L'Égalithèque

 

     

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