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Un entretien avec le général de Gaulle en 1965

Un entretien avec le général de Gaulle en 1965

Date de diffusion : 15 déc. 1965

À l'occasion de la campagne télévisée officielle pour le second tour de l'élection présidentielle de 1965, le général de Gaulle répond aux questions du journaliste Michel Droit.

Niveaux et disciplines

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Informations et crédits

Type de ressource :
Forme :
Collection :
Production :
INA
Page publiée le :
2003
Modifiée le :
19 sept. 2022
Référence :
00000000103

Contexte historique

Par Philippe Tétart

En vertu de la réforme validée par le référendum constitutionnel du 28 octobre 1962, l'élection présidentielle des 5 et 19 décembre 1965 amène pour la première fois les Français à élire le président de la République au suffrage universel direct. Cette réforme de la vie politique laisse planer bien des incertitudes sur le déroulement de la campagne et sur son issue. Les nouvelles dispositions électorales entraînent en particulier une bipolarisation de la vie politique, traduite par la présence de deux candidats en lice au second tour.

Face à cette échéance et à cette évolution dont il a été le maître d'œuvre, le général de Gaulle est confiant, au point de ne dévoiler sa candidature que le 4 novembre, un mois seulement avant le premier tour. Il place celle-ci sous le signe, habituel chez lui, de la menace et du recours : si un représentant du régime des partis (de gauche ou de droite) est élu, il prophétise les pires catastrophes et le délitement du régime ; en revanche, s'il est élu, cela sera à la fois la preuve référendaire de la réussite de sa politique et l'assurance de la stabilité et du progrès pour sept nouvelles années.

Pourquoi une telle assurance ? Parce que, à la différence de son entourage et des sondages (nouvel instrument dans la panoplie du journalisme et de l'analyse politique en France) qui envisagent un score inférieur à 50%, il juge qu'il est en mesure d'être élu dès le premier tour. Cela explique qu'il mise sur une campagne courte et sur sa fameuse logique plébiscitaire.

Le premier tour contredit ses prévisions. N'ayant pas obtenu une majorité absolue (43,78% des suffrages), il est mis en ballottage par François Mitterrand (32,23%). La campagne électorale du second tour se déroule du 10 au 17 décembre. Les quatre candidats retirés de la compétition se prononcent pour Mitterrand par opposition au gaullisme (Tixier-Vignancourt, Barbu) ou contre de Gaulle, mais sans consigne de vote (Lecanuet, Marcilhacy). C'est donc à un large front d'opposition que le Général s'affronte. Mais, la mobilisation médiatique et militante du camp gaulliste comme la sienne (meetings de l'UNR-UDT, émissions de télévision) contribue à sa victoire lors de l'élection présidentielle avec 54,5% des suffrages (grâce en particulier à un fort report des voix centristes, portées sur la candidature Lecanuet, 15,85%, au premier tour).

Éclairage média

Par Philippe Tétart

Si elle n'est pas la première campagne accompagnée d'interventions officielles à la radio et à la télévision, la campagne présidentielle de 1965 marque cependant un tournant dans l'histoire des relations entre les hommes politiques et le petit écran. D'une part, la croissance remarquable du parc de téléviseurs (6,3 millions de foyers équipés pour environ 20 millions de téléspectateurs) accentue notablement l'impact des messages politiques télévisés. D'autre part, la campagne respecte des règles strictes quant aux heures d'antenne (deux à la radio et deux à la télévision) attribuées à chaque candidat (décret du 14 mars 1964), ce qui met fin au monopole du gaullisme sur les antennes, de plus en plus critiqué depuis 1962. Enfin "les hommes politiques comprennent l'importance de l'instrument".

Dans ce cadre, contrairement à Jean Lecanuet ou François Mitterrand, le général de Gaulle mésestime tout d'abord l'importance du média audiovisuel dans la stratégie politique. Sa mise en ballottage l'amène à une prise de conscience, sous l'influence d'Alain Peyrefitte notamment. Il reconnaît qu'il s'est trompé sur la logique référendaire principalement. Sur la pression de son entourage, il accepte finalement d'occuper le terrain audiovisuel. Comme l'a souligné François Goguel pour expliquer sa victoire au second tour "le général de Gaulle utilisa la totalité de la durée des émissions télévisées à laquelle il avait droit, et se prêta à trois longues interviews avec un collaborateur de l'ORTF, Michel Droit au cours desquelles il exposa et justifia en détail la politique qu'il avait faite et qu'il se proposait de poursuivre". Cette séquence est tirée des entretiens avec Michel Droit, enregistrés le 13 décembre à l'Elysée. Elle montre combien le Général, avec réussite (et plaisir dira son entourage immédiat), rompt avec les cérémonials habituellement figés de ses conférences de presse et autres allocutions télévisées.

Tout en réfutant l'idée qu'il dispose d'un "pouvoir personnel" et qu'il prévoit, en cas de victoire, d'attenter aux libertés publiques, il se montre sous un jour nouveau pour les téléspectateurs et dans un dispositif auquel il n'est pas habitué. Il ne déclame pas par cœur ses réponses. Il se montre volontiers souriant, complice, voire goguenard. Il montre aussi parfois un certain malaise (observer ses mains dont il ne sait que faire de 1'49 à 1'54), ce qui est très inhabituel chez lui et montre combien il n'est pas préparé à ce type d'exercice, même si le journaliste qui l'interroge lui est acquis. Le fait même que cet homme de tribunes plutôt que de médias se prête en définitive à un exercice de l'expression politique renouvelée montre encore combien ces élections constituent un cap dans l'histoire des relations entre politique et télévision.

Bibliographie :

Isabelle Veyrat-Masson, "Les campagnes électorales", in Jeanneney Jean-Noël, L'Écho du siècle. Dictionnaire historique de la radio et de la télévision française, Paris: Pluriel, 2002 (2e édition), pp.434.

Jean Lacouture, De Gaulle. Le Souverain, 1959-1970, Paris: Le Seuil, 1986, p.637 et 639.

François Goguel, "Analyse des résultats", in CEVIPOF, L'Élection présidentielle de décembre 1965, Paris: Presses de la Fondation Nationale des Sciences Politiques/Armand Colin, 1970, p. 404.

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