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Manifestations contre le plan Juppé

Proposé par Institut national de l’audiovisuel

Date de diffusion : 12 déc. 1995

Le 12 décembre, 1 million de personnes suivant la police, 2 millions selon les organisations syndicales, manifestent à travers la France à l'appel de la CGT, de FO et de la FSU contre la politique du gouvernement Juppé.

Niveaux et disciplines

Informations et crédits

Type de ressource :
Forme :
Collection :
Production :
INA
Page publiée le :
2003
Modifiée le :
19 sept. 2022
Référence :
00000000165

Contexte historique

Par Eve Bonnivard

Jacques Chirac avait fait campagne sur le thème de la réduction de la fracture sociale. Mais il apparaît bientôt au président que le contexte économique, marqué par la reprise de la hausse du chômage, ne lui permet pas de mener la politique sociale offensive que défend Philippe Séguin. Le 26 octobre 1995, il annonce aux Français qu'il faut changer de politique. Priorité est donnée à la réduction des déficits pour pouvoir entrer dans la monnaie européenne à la date prévue. Sans le dire, Jacques Chirac revient à la politique rigoureuse prônée par Edouard Balladur. A la satisfaction d'Alain Juppé, défenseur d'une politique "libérale". Les marchés allaient probablement être satisfaits, mais qu'en penserait l'opinion ?

Dès le 15 novembre, le Premier ministre présente un plan de réformes de la Sécurité sociale à l'Assemblée nationale. Il prévoit la fixation annuelle, par le Parlement, d'un taux d'évolution des dépenses de santé, l'alignement des régimes spéciaux sur le régime général des retraites et la hausse des cotisations sociales pour combler le "trou" de la Sécurité sociale. La nouvelle politique de rigueur passe très mal auprès des fonctionnaires et des services publics.

Les cheminots, inquiets par la remise en cause des régimes spéciaux de retraite et un plan de réorganisation de la SNCF, sont le fer de lance du mouvement. Au cours du moins de novembre, il s'étend aux étudiants qui protestent contre le manque de moyens des universités. Bien que la grève des transports par voie ferrée ait paralysé une grande partie de l'activité du pays, obligeant des salariés à dormir sur leur lieu de travail, le mouvement demeure longtemps populaire, une partie des salariés du privé faisant grève par personnes interposées.

Les manifestations sont encore plus impressionnantes que les grèves, par leur nombre de participants et leur extension à l'ensemble du pays. Le gouvernement finit par céder sur les régimes spéciaux de retraite et le plan Etat-SNCF, mais le plan Juppé est maintenu.

Éclairage média

Par Eve Bonnivard

Les temps ont bien changé depuis que, dans les années d'après-guerre, les Actualités Françaises présentaient les grèves comme des troubles à l'ordre public, sans jamais s'attacher à expliquer les raisons du mécontentement social. La journaliste de France 2 rend bien compte des revendications des manifestants (le retrait du plan Juppé, illustré par la pantomine "Laissez passer l'enterrement du plan Juppé" et formulé par Bernard Thibault de la CGT), de l'étendue du mouvement (salariés mais aussi étudiants et lycéens), de son ampleur (estimations sur le nombre de manifestants) comme de son évolution (au 19e jour de conflit il y avait dans les rues de Paris encore plus de monde que la semaine dernière). Et, comme la télévision se doit aussi de divertir, la journaliste interroge un manifestant affublé d'un nez rouge et un autre déguisé en Père Noël qui s'emploie à rassurer les enfants qu'il sera bien "présent le 24 au soir dans les chaumières" malgré le joyeux désordre qu'ont provoqué les grèves.

En soulignant le caractère "bon enfant", voire festif du mouvement, ce reportage contribue en fait à le rendre sympathique. Le traitement par les médias des grèves de 1995 a fait l'objet de nombreux commentaires. Dans un article paru en 1996 dans Le Monde diplomatique ("Les médias et les gueux"), Serge Halimi a ainsi salué la couverture par Le Parisien du mouvement, mais a reproché à Libération son manque d'anticipation. La Une de Libération annonçant le plan Juppé ("Juppé l'audace") puis les hésitations du quotidien à traduire le mouvement dans la durée ("L'embarras général", "Pourquoi la grève dure-te-elle ?") sont apparues comme emblématiques de l'aveuglement politique et social de bon nombre de journalistes.

Pour la sociologue Sandrine Leveque, la crise sociale de 1995 a servi de révélateur à une "crise journalistique" qui résulte de la montée en puissance du journaliste technicien qui tend à s'imposer dans les rédactions au détriment du journaliste "social", souvent par ailleurs militant, et de ce fait plus à l'écoute de la société. Ce désarroi des journalistes face à un mouvement qui échappait aux grilles routinières d'analyse (et en particulier l'axe gauche/droite qui structure les représentations qu'ils se font de la réalité) s'est traduit, au sein des rédactions, par de nombreuses interrogations sur la nature du mouvement : le mouvement est-il ou non corporatiste ? Est-il ou non conservateur ? Traduit-il ou non des phénomènes de société plus profonds ? D'où une tendance très nette, relève Sandrine Leveque, à multiplier les micro-trottoirs ("paroles" de grévistes et d'usagers) et les interviews d'intellectuels, afin de "déléguer une partie de l'interprétation (favorable ou non) du mouvement", comme on peut l'observer dans cet extrait. [Sandrine Lévêque, "Crise sociale et crise journalistique. Traitement médiatique du mouvement social de décembre 1995 et transformation du travail journalistique", in Medias et mouvements sociaux, Réseaux, Vol.17, n 99, 1999.]

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