ARTICLE

L’histoire des retraites en France depuis la fin du XIXe siècle

Copyright de l'image décorative: © AFP

Par Axelle Szczygieljournaliste
Publication : 10 mars 2023 | Mis à jour : 10 juin 2024

Niveaux et disciplines

Devinette : qui parle ainsi de la loi sur les retraites ?

Nous la votons pour avoir le principe, nous la votons malgré les sacrifices qu’elle impose à la classe ouvrière. Mais demain nous vous demanderons un âge abaissé, une institution pour l’invalidité, demain nous vous demanderons dans la période transitoire une retraite plus élevée, une participation plus large des assurés à la gestion des caisses...

Est-ce un syndicaliste ? Ou un député des années 2020, coincé entre l'opinion de ses électeurs, opposés à une énième réforme, et les injonctions de son parti, favorable à une nouvelle loi ? Pas du tout ! L’homme qui appelle à baisser l’âge de départ à la retraite n’est autre que Jean Jaurès, le leader socialiste, qui exprime, du bout des lèvres, son soutien à une loi de… 1910 ! Preuve que les retraites font débat depuis très longtemps dans notre pays. Et pour cause.  L’idée d'accorder à l’ensemble des travailleurs âgés une pension proportionnée à leurs revenus durant leur vie active remonte à Colbert (voir notre chronologie téléchargeable ci-dessous). Mais sa généralisation à tous les Français est assez récente. Comment l’État a-t-il tenté de remédier à la pauvreté des anciens travailleurs, du XIXe siècle à nos jours ? Et commentla place et l’image des seniors dans la société française a-t-elle évolué durant cette période ?

     

Pour les élèves de Première et de Terminale

Réalisé à partir d’une sélection d’archives audiovisuelles produites ces 80 dernières années, notre dossier thématique vous permettra d’aborder la question des retraites en France en cours de SES et d'économie-droits avec vos élèves de Première et de Terminale, au lycée général et technologique et au lycée professionnel.

Plusieurs termes de cet article sont explicités dans un glossaire téléchargeable en version PDF : ils sont signalés par un astérisque.

Repères chronologiques

Frise chronologique de 350 ans de législation sur les retraites en France

Frise chronologique de 350 ans de législation sur les retraites en France.

  • 1673: Colbert instaure la première caisse de retraite au bénéfice des équipages de la marine royale et, plus tard, des militaires et des fonctionnaires. Ces serviteurs de l'état sont les seuls à bénéficier d'un emploi salarié réglementé
  • 1910: Une première loi sur les retraites ouvrières et paysannes est votée. Elle prévoit le versement d'une pension à partir de 65 ans. Obligatoire pour les personnes au salaire annuel inférieur à 3000 francs, ce système par capitalisation est facultatif pour les fermiers, métayers, cultivateurs et petits patrons ainsi que pour les salariés aux revenus compris entre 3000 et 5000 francs.
  • 1928: La loi du 5 avril complétée par celle du 30 avril crée au bénéfice des salariés de l'industrie et du commerce le premier système complet et obligatoire d'assurances sociales (couverture des risques maladie, maternité, invalidité, vieillesse, décès).)
  • 1945: Les ordonnances des 4 et 19 octobre actent la naissance de la sécurité sociale, fondée sur le modèle bismarckien (gestion par les partenaires sociaux, financement par des cotisations à la charge des employeurs et des salariés). Elle crée un régime général pour les retraites, les accidents du travail et la maladie des salariés
  • 1946: la loi du 22 mai élargit le principe de la sécurité sociale à tous les travailleurs, et non aux seuls salairés. La constitution de la quatrième république inscrit par ailleurs le droit à la sécurité sociale dans son préambule
  • 1971: La loi du 31 décembre, dite loi Boulin, améliore sensiblement les retraites (revalorisation de 5%, calcul de la retraite sur les 10 meilleures année au lieu des 10 dernières...). Il faut désormais travailler 37,5 années (150 trimestres) et non plus 30 années pour une pension complète
  • 1983: Le gouvernement Mauroy vote la retraite à taux plein à 60 ans.
  • 1993: Les réformes Balladur portent le nombre de trimestres requis à 160 (soit 40 années) pour le régime général. Par ailleurs, les pensions du privé sont désormais calculées en référene au salaire moyen des 25 meilleures années (et non plus les 10 meilleures)
  • 1995 - 2023 : chaque nouvelle réforme (alignement du régime de retraite des fonctionnaires sur celui du privé, report de l'âge légal de la retraite...) provoque d'importants mouvements sociaux dans le pays.
350 ans de législation sur les retraites en France – PDF à télécharger

Les premières retraites et le développement du salariat

Des pensions pour les ouvriers

Avec la révolution industrielle et le développement du salariat ouvrier se mettent en place des caisses de prévoyance privées, à gestion ouvrière, patronale ou mutualiste, progressivement encadrées et subventionnées par l’État. À la fin du XIXe siècle, la retraite devient même obligatoire pour certaines professions comme les mineurs ou les cheminots. Ces régimes, qui obéissent à des règles spécifiques de cotisations et de prestations, ont perduré jusqu’à aujourd’hui : ils correspondent à nos régimes spéciaux*.

Mais en réalité, rares étaient les ouvriers à atteindre l’âge de la retraite. Dans cette archive, François Mitterrand, alors candidat à la présidence en avril 1981, décrivait, lors d’un meeting public organisé à Metz, la vie d'un prolétaire au milieu du XIXe siècle.

C’était à 7 ou 8 ans le travail pour le compte des autres. C’était le travail jusqu’à la mort et sans repos. Il n’y avait pas de retraite à la fin de la vie !, soulignait-il avant d’insister sur le destin tragique du prolétaire, qui était "voué jusqu’à la mort à subir cet état sans aucune chance d’y échapper".

Le choix de la capitalisation

Le sort des vieux – comme les nomment les reportages de l'époque – devient petit à petit une préoccupation en Europe. Dès 1889, l’Allemagne bénéficie d’un régime de retraite qui couvre une grande partie de la population. De son côté, la Belgique met en place un système de retraite entre 1911 et 1925. L’Italie et le Royaume-Uni suivront le mouvement en 1919 et 1925.

Pendant ce temps, en France, une première loi sur les retraites ouvrières et paysannes est votée en 1910. Par la capitalisation* des cotisations payées par le travailleur et par son employeur et d'une contribution de l’État, elle prévoit le versement d’une pension à partir de 65 ans. Problème : à peine 8 % de la population atteint 65 ans à l’époque, dont une infime minorité d'ouvriers. La CGT parle de retraite des morts.

À l’arrivée, cette première loi sera un échec. Peu de bénéficiaires potentiels vont effectivement cotiser. Et la faible épargne constituée fond rapidement au lendemain de la Première Guerre mondiale, sous l’effet de l’inflation.

S’en suivent deux lois sur les assurances sociales en 1928-1930 qui posent les fondements d’un système obligatoire pour tous les salariés : elles prévoient une pension proportionnelle au salaire des cotisants, pouvant aller jusqu’à 40 % du salaire, et ouverte à l’âge de 60 ans, après trente années de cotisation. Les premières pensions à taux plein ne pouvaient donc qu’être versées à partir de 1960 ! En attendant, elles restent donc très faibles.

1940-1945 : naissance de la retraite par répartition

Pétain invente la retraite des vieux

La France de l’entre deux-guerres est un pays vieillissant. Une conséquence des lourdes pertes de la Première Guerre mondiale et de la baisse de la fécondité. Les Françaises ne font plus assez d’enfants : le taux brut de reproduction (en pourcentage) passe de 118 pour la période 1921-1925 à 106 entre 1931 et 1935. Les vieillards, comme les nomment les archives de l'époque, sont perçus comme un fardeau : leur survie ne dépend que de la charité ou de la prolongation du travail jusqu’à l’épuisement. Une situation qui s’aggrave dans la France occupée, ruinée par la guerre, où le taux de chômage explose. Dans ce contexte, le maréchal Pétain annonce en 1941 l’entrée en vigueur de la retraite des vieux.

Le maréchal reprend en réalité une idée de la gauche, proposée en 1937 sous le Front populaire, mais qui n’a pas eu le temps d’aboutir avant la guerre. Ce dispositif prévoit le versement, sans contrepartie, d’une allocation d’un montant maximal de 3 600 francs par an (ce qui équivaudrait aujourd’hui à environ 100 euros par mois) à tout ancien salarié âgé de 65 ans au moins dont les ressources n’excèdent pas un certain seuil. Une somme très faible, comparée aux 2 900 francs mensuels du salaire moyen de l’ouvrier parisien : les bénéficiaires peuvent à peine acquérir 3 œufs par jour, un seul au prix du marché noir.

Sur un ton dramatique, ce reportage met en avant la misère des pauvres vieux, vannés par une vie de travail, dont les conditions de vie sont particulièrement difficiles au cours de l’hiver 1945. Il plaide pour que la société française offre aux personnes âgées une retraite financée par le travail de tous. Cette année-là, le montant de l’AVTS (Allocation aux vieux travailleurs salariés) est doublé, passant à 7 200 francs par an (soit 200 euros par mois).

Succès de la formule et premiers déficits

Pour financer ce minimum vieillesse accordé à tous les retraités modestes, le gouvernement de Vichy se sert directement dans les caisses des assurances sociales, alimentées par les cotisations des salariés actifs : les prémices d’un système par répartition* qui ne dit pas encore son nom. Le but de Vichy est aussi de libérer le marché du travail en incitant les travailleurs âgés à abandonner toute activité salariée. L’allocation connaît un grand succès. Près de 1,6 million de Français en bénéficient, largement plus ce que qu’avait prévu le gouvernement, ce qui déstabilise les caisses des assurances sociales et crée un déficit.

Après la guerre, les baby-boomers financent les pensions…

La retraite ne doit plus être l’antichambre de la mort, mais une nouvelle étape de la vie. Tout juste nommé ministre des Travailleurs à la Libération, le communiste Ambroise Croizat, un ancien métallurgiste, va œuvrer pour rendre accessible à tous ce système par répartition*. La Sécurité sociale, qui crée un régime général* pour les retraites, les accidents du travail et la maladie des salariés, voit le jour par les ordonnances des 4 et 19 octobre 1945. La prévoyance individuelle fait place à la solidarité : la répartition devient officiellement la clé de voûte du système.

Date de la vidéo: 2005 Collection:  - France Europe Express

La Sécurité sociale, de 1945 à 2005

La loi du 22 mai 1946 élargit le principe de la Sécurité sociale à tous les travailleurs. Ainsi, dès 1947, ce sont 5 millions de personnes qui bénéficient du nouveau régime. En avril 1991, le syndicaliste CGT Jean Hodebourg se remémorera : Imaginez ! Des retraités qui n’avaient jamais eu un franc de revenu et qui ne vivaient, pour beaucoup, que d’autoconsommation ! D’un seul coup, de l’argent, tous les trimestres !

… mais celles-ci restent faibles

Pour financer cette réforme, on compte sur l’explosion de la démographie au lendemain de la guerre, ce qui va effectivement fonctionner pendant plusieurs décennies. Mais ce revenu garanti reste faible : les taux de remplacement (part du dernier salaire que l’on conserve à la retraite) sont bas (inférieur à 50 %) et l’espérance de vie est faible. En 1946, elle est de 65 ans pour les femmes et de 60 ans pour les hommes. Pour un âge de de départ à la retraite à taux plein de… 65 ans !

En avril 1960, la Commission d'études des problèmes de la vieillesse, présidée par Pierre Laroque, est chargée d'étudier les problèmes spécifiques à la vieillesse et de faire des propositions. Les dispositions prises au cours des décennies suivantes ont été largement inspirées par les analyses et les préconisations du rapport Laroque publié en 1962. Il s’agit de relever le montant des retraites, mettre en place et développer le maintien à domicile des personnes âgées, prendre en charge la dépendance, moderniser les maisons de retraite, prendre des mesures de fin de carrière pour les métiers pénibles, etc. Malgré tout, cela reste insuffisant pour améliorer le sort des seniors.

Date de la vidéo: 1962 Collection:  - Cinq Colonnes à la une

Onze mille francs par mois

Trois millions de vieux en France essaient de ne pas mourir de faim, explique le journaliste dans ce document. De 9 000 francs, la retraite vient de passer à 11 000. Une aumône à la misère, une insulte à la fierté. Il présente le rapport Laroque comme de la dynamite, car il remet en cause toutes les idées reçues sur la vieillesse.

1970-1987 : la retraite ou l’âge du temps libéré

Les nouveaux retraités veulent du bon temps !

La revalorisation des pensions (loi Boulin de 1971), l’allongement de la retraite (développement des préretraites à la fin des années 1970), et l’augmentation de l’espérance de vie transforment considérablement le rôle social de la retraite (cf. Le Système français de protection sociale, référence en bas de page). Pour beaucoup, elle n’est plus une mort sociale : elle devient un temps de loisirs et de soin aux autres (conjoint, petits-enfants). Au cinéma, Poupette, la truculente arrière-grand-mère et confidente de Vic dans La Boum (1980), interprétée par Denise Grey, incarne parfaitement cette idée de retraite dynamique et joyeuse. Mais cette nouvelle vie libérée des contraintes professionnelles et dédiée à l'épanouissement de soi concerne avant tout les classes moyennes et supérieures, qui bénéficient d'un patrimoine économique et culturel.

C’est aussi le temps de l’investissement dans la vie associative. Je rends service à tout le monde, ça ne me gêne pas, explique Marcelle Fontan, 78 ans, dans ce reportage diffusé sur Antenne 2 en 1979. Elle explique s’être engagée auprès du Secours populaire pour rompre la solitude.

Avec Mitterrand, la retraite à 60 ans

Au lendemain de leur victoire aux élections présidentielle et législative, les socialistes adoptent une série de grandes réformes sociales promises par le candidat Mitterrand en 1981 (5e semaine de congés payés, diminution de la durée légale hebdomadaire du travail qui passe de 40 à 39 heures…).  La retraite à 60 ans, votée le 4 février 1983, est la dernière d’entre elles. C’est une très ancienne revendication syndicale, mais son adoption s’inscrit aussi dans un contexte d’augmentation du chômage touchant particulièrement les personnes en fin de carrière.

Les modalités sont expliquées dans ce reportage, diffusé le 8 février 1983, dans le journal de 20 heures : Dès le 1er avril 1983, entre 100 000 et 140 000 salariés devraient partir à 60 ans. À partir de 1985, ce sont 360 000 travailleurs actifs qui pourraient partir chaque année à 60 ans.

Cette réforme fait l'unanimité au sein des classes ouvrières, mais provoque des discussions plus âpres avec la Confédération générale des cadres, qui considère de son côté qu’il s’agit d’une régression sociale pour les personnels d’encadrement, notamment quant au niveau des retraites versées. 

Que faire de tout ce temps libre ?

L'abaissement de l'âge de la retraite à 60 ans est parfois perçu comme une bonne nouvelle... inaugurant de nouveaux problèmes de société ! À la télévision, dans les années 1980, des intellectuels expliquent que l'arrêt brutal du travail peut être mal vécu par les seniors.

Voir les documents suivants
Voir les documents précédents

1987-2014 : des réformes pour maîtriser les dépenses

Rocard et la sauvegarde du pacte de solidarité

Dès 1987, pour éviter l’explosion des dépenses, le mode de calcul des pensions évolue au désavantage des retraités : les pensions sont désormais indexées sur les prix et non plus sur les salaires moyens. En 1991, en Conseil des ministres, est présenté le Livre blanc sur les retraites. L'enjeu est considérable : maintenir l'acquis au profit des générations futures dépend, au-delà de la démographie et de l'économie, de notre capacité à actualiser le pacte de solidarité qui lie les générations entre elles, écrit  Michel Rocard, Premier ministre, dans la préface.

Date de la vidéo: 1991 Collection:  - Soir 3

Retraites : Le livre blanc

Le reportage met en garde : en 2010, il y aura moins de deux cotisants pour un retraité. Faut-il abandonner le système par répartition ? Non, d’après le Livre blanc qui prône en revanche l'augmentation de la durée d'activité et une évolution du mode de calcul des pensions. Il préfigure la série de réformes à venir. 

L’émergence de la question des paramètres

Après la publication du Livre blanc, la loi de juillet 1993 réforme les paramètres de calcul avec une augmentation progressive de la durée d'assurance. L’âge fixé pour obtenir une pension à taux plein passe ainsi de 37,5 ans à 40 ans et le nombre d'années retenu pour calculer le salaire moyen passe des 10 aux 25 meilleures années. Ces paramètres vont être réajustés à plusieurs reprises pendant les trois décennies suivantes.

Un nouvel acteur : la rue…

Ces réformes successives passent mal. En novembre 1995, le Premier ministre Alain Juppé présente un plan de redressement de la Sécurité sociale qui prévoit, entre autres, un alignement des régimes de retraite des fonctionnaires et des agents de services publics sur les salariés du privé. Cela met le feu aux poudres. C’est le début d’un intense mouvement de protestation. Trains et métros sont paralysés pendant plus de trois semaines.

Le 12 décembre, entre 1 million, selon les autorités, et 2 millions de personnes, selon les syndicats, manifestent à travers la France avec, d’après les sondages, un soutien majoritaire de l’opinion. Resté longtemps inflexible, Alain Juppé finit par retirer les mesures touchant les retraites.

Date de la vidéo: 1995 Collection:  - Journal de 20 heures

Manifestations contre le plan Juppé

Rebelote en 2003 : le gouvernement Raffarin veut aligner en partie le régime de retraite des fonctionnaires sur celui du privé. La durée de cotisation nécessaire pour obtenir une retraite à taux plein doit être progressivement portée à 40 ans.

De février à juin 2003, une série de grèves mobilise la fonction publique. Le 13 mai, 1 à 2 millions de salariés manifestent, mais la mobilisation pâtit du manque de soutien des salariés du privé, moins concernés par la réforme. La réforme est finalement adoptée en juillet 2003.

En 2010, un projet de loi prévoit le report progressif de l’âge légal de départ à la retraite de 60 à 62 ans et le décalage de l’âge de départ sans décote de 65 à 67 ans. Les manifestations rassemblent encore plus de monde qu'en 1995 et 2003 et s'accompagnent de blocages de raffineries, de terminaux portuaires et de dépôts de carburant. Mais la réforme est adoptée fin octobre.

Et maintenant ?

La réforme Touraine, du nom de la ministre des Affaires sociales qui l’a mise en place sous le quinquennat Hollande, est entrée en vigueur en 2020 après avoir été votée en 2014 (le temps de mettre en place les nombreux textes d’application nécessaire). Destinée à maintenir le système de retraite par répartition et de le rééquilibrer à moyen terme, elle prévoit l'allongement de la durée de cotisation d'un trimestre tous les trois ans pour atteindre 43 ans (172 trimestres) en 2035 pour les personnes nées en 1973 ou après.

Ce reportage du 20 novembre 2014 diffusé dans le JT de France 2 revient sur la manière dont Marisol Touraine est parvenue à obtenir l'adoption de sa réforme des retraites avec une majorité légèrement plus large que lors d'un premier vote. Pour s’assurer ce vote confortable, son gouvernement a changé de pied au dernier moment et proposé l'amélioration des retraites les plus faibles.

Accélération du calendrier

Ce calendrier, ébauché en 2014 par un exécutif socialiste, le gouvernement d'Elisabeth Borne compte l' accélérer en 2023 dans le cadre d'une nouvelle réforme, en prévoyant que l'ensemble de la réforme Touraine s'applique dès 2027 et non 2035. Officiellement, il s’agit toujours d’éviter l’explosion des dépenses. Car si à l’heure actuelle, le système est à l’équilibre, le gouvernement prévoit un déficit de 12 milliards d’euros d’ici dix ou quinze ans, d’où la nécessité selon lui d’allonger la durée de cotisation. Néanmoins, certains économistes (comme Michaël Zemmour) affirment qu’il serait possible de s’en accommoder (12 milliards à l’échelle d’un système de retraite qui coûte 300 milliards, c’est finalement peu) ou de le combler autrement, par exemple avec une très légère augmentation des cotisations des salariés de l’ordre de 0,8 %. Il serait par ailleurs possible de revenir sur la baisse des impôts de production ou de diminuer les exonérations de cotisations employeurs - le montant des allègements de cotisations patronales accordés ces dernières années dépasse le montant du déficit prévu dans les scénarios du COR.

Il est une chose sur laquelle les opposants et les soutiens de cette réforme semblent s’accorder : la retraite à 50 ans, ça n’est pas à l’ordre du jour ! En 1968, des Français rêveurs, interrogés par un institut d'opinion, imaginaient pourtant que, en l'an 2000, plus personne ne travaillerait après 50 ans. Hélas ! L' expert Michel Brule, directeur de l'Institut français d'opinion publique, les mettait en garde contre de trop grandes illusions.

Et pour d'autres, l'affaire est toute tranchée. La retraite pour eux ? JA-MAIS !

Pour aller plus loin

Une piste pédagogique

Rédigée par une enseignante agrégée de Sciences économiques et sociales, elle s'adresse aux lycéens.

Niveaux: Sciences économiques et sociales

Comment financer les retraites ?

Une bibliographie

Un graphique de l'AFP sur le vieillissement de la population mondiale

La proportion des personnes de plus de 60 ans dans le monde va plus que doubler durant ce siècle, passant de 841 millions en 2014 à quelque 2 milliards en 2050.

Graphique de l'AFP sur le vieillissement de la population mondiale

Graphique animé sur le vieillissement de la population mondiale. Une faible fécondité et l’amélioration de la santé dans les pays en développement comme dans les pays développés amplifient le vieillissement de la population mondiale. La proportion des personnes de plus de 60 ans dans le monde va plus que doubler durant ce siècle, passant de 841 millions en 2014 à quelque 2 milliards en 2050. En 2020, pour la première fois dans l'histoire, leur nombre [1 pers./7] dépassera celui des enfants de moins de 5 ans. En 1950, il y avait 12 actifs pour chaque personne de plus de 65 ans dans le monde. En 2013, ils n’étaient plus que 8 ; en 2050, ils ne seront probablement que 4. Cette tendance aura donc de plus en plus d’incidences sur la croissance économique, l’épargne, l’investissement et la consommation, le marché du travail, les retraites et la fiscalité. Elle ne sera pas non plus sans conséquences sur la santé et les soins médicaux, les services sociaux, la composition des familles et les conditions de vie, le logement et les migrations. La part croissante des personnes âgées est particulièrement prononcée en Asie, en Europe et en Amérique latine. Parallèlement, les pays les moins avancés, qui ont pourtant une population plus jeune, connaissent eux-aussi un taux de vieillissement rapide, sans toutefois disposer du temps nécessaire pour s’y préparer.

Thèmes

Sur le même thème