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Présentation de la nouvelle formule du journal télévisé par Alain Peyrefitte

Présentation de la nouvelle formule du journal télévisé par Alain Peyrefitte

Date de diffusion : 20 avr. 1963

Léon Zitrone interviewe Alain Peyrefitte, ministre de l'Information, sur les caractéristiques du nouveau Journal Télévisé qui va être, affirme ce dernier, professionnel et "dépolitisé".

Niveaux et disciplines

Informations et crédits

Type de ressource :
Forme :
Collection :
Production :
INA
Page publiée le :
2006
Modifiée le :
26 sept. 2022
Référence :
00000000524

Contexte historique

Par Carole Robert

En 1963, alors qu'Alain Peyrefitte est ministre de l'Information de De Gaulle (1962-1966), le mot censure est sur toutes les bouches : des émissions ou des pièces de théâtre sont censurées pour des raisons politiques ou diplomatiques. Alain Peyrefitte, jeune normalien, accélère la mise en place d'une réforme qui permettrait de mieux coordonner les interventions gouvernementales. Il est le tenant d'une télévision d'Etat, qui doit "surplomber le marché" selon les termes de De Gaulle. Il crée le Service des Liaisons Interministérielles pour l'Information (SLII) qui permet au ministère de s'adresser directement aux responsables de l'information télé, ce qui est fort mal vécu par les journalistes de la télévision. Il fait surveiller les contenus des journaux de façon vigilante. Certains reportages délicats sont visionnés au préalable par les cabinets ministériels concernés. En avril 1964, il nomme Raymond Marcillac à la Direction de l'Information télévisée. Parallèlement Alain Peyreffitte veut attacher son nom à la modernité et la loi du 26 juin 1964 remplace le contrôle a priori des finances audiovisuelles par le contrôle a posteriori. Mais cette loi ne sera appliquée que deux mois, puisque dès le mois d'août, le ministère des Finances rétablit le contrôle a priori.

Si au cours des années 1960, les interdictions préalables directes diminuent, l'autocensure reste toutefois très répandue par crainte des réactions du Général : les interventions gouvernementales prennent ainsi des formes plus subtiles auxquelles le mot "pression" correspond mieux. En 1965, la télévision offre en effet aux grandes tendances politiques l'égalité de temps de parole. La règle des trois tiers (temps partagé entre opposition, majorité, gouvernement) sera valable jusqu'aux années 1990. Mais de fait, sous de Gaulle, le droit à l'antenne reste extrêmement limité. La télévision est avant tout un instrument du chef de l'Etat pour être proche de la Nation. En Mai 1968, la télévision, gérée par l'ORTF, est d'ailleurs dénoncée comme un instrument du gouvernement, et les professionnels s'organisent en intersyndicale puissante au centre de la Révolte. Cette revendication interne et tenace d'une libéralisation des statuts de l'ORTF laissera des rancunes politiques contre l'ORTF, jugée ingouvernable.

Éclairage média

Par Carole Robert

L'extrait choisi montre bien comment le gouvernement gaulliste veut contrôler la télévision et en faire un outil efficace de communication : le ministre cherche comment être proche du peuple en trouvant un style et un ton efficaces. L'idée, c'est de paraître animé et spontané afin de retenir l'attention sans être excessif. Depuis 1958, le journal télévisé, intégré à la Direction des Programmes, est dominé par une dimension politique explicite. L'arrivée de Peyrefitte change la donne : on sent bien dans son discours son désir de professionnaliser le journal, de l'organiser et de le "dépolitiser". En fait, il s'agit seulement pour le ministre de rendre la main-mise politique moins voyante. En venant présenter la nouvelle formule du journal, Peyrefitte utilise pour la première fois un nouvel instrument, le prompteur, qui lui permet de lire le texte en donnant l'impression de regarder les téléspectateurs. L'image du présentateur Léon Zitrone s'effaçant respectueusement devant son ministre restera célèbre dans les archives télévisuelles.

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