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La transition démocratique en Espagne après la mort de Franco

La transition démocratique en Espagne après la mort de Franco

Date de diffusion : 18 févr. 1976

Au lendemain de la mort de Franco le 20 novembre 1975, le nouveau roi d’Espagne Juan Carlos Ier, désigné par le Caudillo, fait passer en quelques mois le pays dans le camp des démocraties : c’est la "transition démocratique".

Niveaux et disciplines

Informations et crédits

Type de ressource :
Forme :
Page publiée le :
2007
Modifiée le :
19 sept. 2022
Référence :
00000000796

Contexte historique

Par Elsa Coupard

Au terme de la guerre d’Espagne (1936-1939), avec la défaite des Républicains, l’Espagne passe sous la coupe du général Franco. Revêtu du titre de "Caudillo (guide) par la grâce de Dieu", Franco établit un gouvernement autoritaire et dictatorial, pour trente-six années. A partir des années 60 cependant, si le Movimiento Nacional demeure le seul parti autorisé, des technocrates du régime acquis à l’impératif de la modernisation permettent au pays de connaître un fort développement socio-économique.

L'Espagne se transforme en un pays industrialisé et urbanisé, à la culture sécularisée et aux mentalités modernisées ; de nouvelles institutions émergent qui échappent à l'intervention de l'Etat (négociations collectives, grèves, syndicats semi-libres) et favorisent l'émergence de traditions démocratiques, longtemps avant la démocratisation politique du pays. En 1969, malade, Franco désigne officiellement devant les Cortès espagnols le petit-fils du dernier roi d'Espagne, Juan-Carlos, comme devant lui succéder après sa mort, en tant que roi d'Espagne. Il se résout en 1970 à désigner un premier ministre pour l'aider à gouverner. Le Caudillo meurt le 20 novembre 1975, et Juan-Carlos est officiellement intronisé roi d'Espagne le 22 novembre.

S'ouvre alors la période de transition démocratique, cas "modèle" où une dictature s'est défaite de façon volontaire, en une transition pacifique sans cassure institutionnelle ni épuration, et associant à chaque étape l'assentiment populaire. Dès son intronisation, Juan Carlos s'attache à établir un contact direct avec le peuple et à conquérir une légitimité internationale en multipliant les voyages, au cours desquels il s'engage à faire de l'Espagne une démocratie. Il nomme le 3 juillet 1976 Adolfo Suarez comme chef de gouvernement. Ancien ministre-secrétaire du parti unique de Franco, Suarez s'entoure pourtant de jeunes réformateurs et s'engage à soumettre à la nation les questions relatives à la réforme constitutionnelle et à organiser les premières élections libres avant le 30 juin 1977. Le parti unique sous Franco, le Movimiento Nacional, s'auto-dissout le 1er avril 1977, permettant la naissance du pluralisme politique.

La pièce maîtresse des réformes démocratiques est la Loi pour la Réforme Politique, adoptée par les Cortès le 18 novembre 1976 et par le peuple espagnol le 15 décembre 1976. Cette loi, de rang constitutionnel ("loi fondamentale"), crée les bases juridiques nécessaires à la réforme des institutions franquistes depuis l'intérieur et permet que se déroulent le 15 juin 1977 les premières élections démocratiques depuis l'instauration de la dictature. Le Congrès des députés et le Sénat issus de ces élections sont chargés d'élaborer, notamment, la nouvelle constitution démocratique que le roi approuve au cours d'une session conjointe des deux Chambres le 27 décembre 1978. La Constitution, approuvée par 87,8% de la population, fixe le cadre d'un Etat de droit : démocratie libérale et parlementaire, société pluraliste (notamment dans le cadre d'une large autonomie accordée aux "Generalités"), culture d'égalité et de tolérance, économie de marché.

La solidité des nouvelles institutions, l’attachement des Espagnols à leur monarque, et la fierté qu’ils tirent de leur transition démocratique réussie est tangible dans l’échec du pronunciamento militaire du 23 février 1981, où le roi se fait le garant de la légitimité démocratique, en exigeant que l’armée apporte son soutien inconditionnel au gouvernement démocratique légitime. En 1982, la première alternance politique tourne définitivement la page de la Transition démocratique. Et en 1986, l’entrée de l’Espagne dans la Communauté Economique Européenne, avec le Portugal, intègre la jeune démocratie espagnole au sein des démocraties européennes.

Éclairage média

Par Elsa Coupard

Le reportage se compose de trois séquences. La première montre la réaction populaire face aux événements : on voit des ouvriers en grève, certains d’entre eux sont ensuite interviewés. Les scènes de réunion, les hommes qui lisent à plusieurs le journal accréditent l’idée qu’il "se passe quelque chose" en Espagne. Le premier ouvrier est filmé en train d’appeler ses camarades à "continuer la lutte", cependant le ton est poli et posé, et la réunion semble se dérouler dans le calme. Le commentaire insiste sur le changement que vit l’Espagne ("Une situation impossible il y a 3 mois (...) ce qui était interdit devient possible"), et sur les incertitudes qui planent encore sur le devenir du pays : une voiture de police, symbole de l’Etat répressif, est filmée en gros plan.

Le choix des interviews d'ouvriers cherche à exprimer les différents points de vue : le premier dit qu'il veut les libertés démocratiques et l'amnistie, le second qu'il ne croit pas à l'instauration de la démocratie, enfin le troisième se préoccupe essentiellement de ses conditions de travail. La seconde séquence montre plus largement les effets de la Transition démocratique sur la société. Elle s'ouvre par un grand panneau aux couleurs de l'Espagne, où le roi Juan Carlos appelle son peuple à l'unité nationale, tandis que le commentaire insiste sur la volonté de changement du nouveau gouvernement sur des images de la nouvelle presse : revues politiques, mais surtout magazines érotiques, dont il est dit qu'il en sort "un par jour". Ces images témoignent de la libéralisation des moeurs accompagnant la libéralisation politique, et qui mêlées à un bouillonnement artistique inédit vont donner naissance à la "Movida" espagnole. Le reportage montre ensuite des Espagnols prudents, voire inquiets des changements politiques.

La troisième et dernière séquence développe plus avant cette "prudence" de certains milieux espagnols face aux nouvelles orientations du régime, en pleine élaboration. Sur des images assez conventionnelles de voitures officielles et du premier ministre Arias Navarro en train de serrer des mains, le commentaire du journaliste se fait l’écho de cette attitude très circonspecte, en rappelant au spectateur que si Navarro est le Premier ministre de Juan Carlos, il était juste avant celui de Franco, et que s’il a annoncé l’élection de deux nouvelles chambres, il a également rappelé "ce que l’Espagne devait à Franco".

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