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Qu'a représenté Picasso dans Guernica en 1937 ?

Copyright de l'image décorative: © Succession Picasso 2023

Par Cyrielle Le Moigne-Tolbaresponsable éditoriale, Lumni Enseignement.
Publication : 06 avr. 2023 | Mis à jour : 10 juin 2024

Niveaux et disciplines

Le 26 avril 1937, la ville basque de Guernica est entièrement détruite par l’aviation nazie en soutien des troupes franquistes. Apprenant la nouvelle, Pablo Picasso entreprend la réalisation d'une œuvre monumentale pour crier au monde son indignation. Aujourd'hui, sa toile est devenue un manifeste pacifiste universel.

Le nom de Guernica reste associé à une cohorte de spectres gris, à un défilé de corps disloqués – jambes arrachées, bras coupés, mains tendues vers le ciel. Les bouches ouvertes des martyrs font retentir des cris animaux, nous implorant, nous spectateurs, de faire cesser leur calvaire. Aujourd’hui, la célèbre toile de Picasso n’a rien perdu de sa puissance d’évocation : elle reste une dénonciation universelle des horreurs de la guerre. Pour en comprendre toute la signification, revenons sur l'épisode de la guerre civile d'Espagne que relate ce tableau.

Le 26 avril 1937 : Guernica bombardée

Commune rurale de la province de Biscaye, située dans le nord de l’Espagne, Guernica est considérée comme la capitale spirituelle du Pays basque. Un antique chêne y trône et, depuis le Moyen Âge, les rois espagnols viennent sous ses branches pour promettre de respecter les libertés basques. Mais, au printemps 1937, la bourgade voit s’approcher le spectre de la guerre civile qui déchire l’Espagne depuis huit mois. Le 31 mars 1937, la ville voisine de Durango est la cible des bombardiers allemands et italiens : 127 civils sont tués sur le coup, 121 autres succombent des suites de leurs blessures. Près de 3 000 réfugiés, venant de Durango et d’ailleurs, viennent grossir la population de Guernica, déjà forte de 7 000 âmes. La province paye sa volonté farouche d’autonomie et son alliance avec les républicains.

Le lundi 26 avril, jour de marché, les paysans mènent leurs bêtes vers le bourg. Des bœufs tirent des chariots, des moutons se pressent sur les chemins, les jeunes gens ont hâte de se retrouver en ville. Soudain, à 16 h 30, la cloche de la ville sonne. Alerte aérienne. Un avion allemand, piloté par un soldat de la légion Condor, arrive à basse altitude. Il largue entre six et douze bombes (selon les témoins) autour de la gare bondée. Un deuxième engin détruit la ligne téléphonique reliant la ville à Bilbao, puis mitraille les civils. Ensuite, c’est le silence.

Les blessés se relèvent, on cherche ses proches, on compte les morts. Puis ça recommence. Une nouvelle vague de bombardiers fit alors son apparition, d’autres He-111 [Heinkel], suivis de chasseurs-bombardiers Heinkel He-51 et de chasseurs Messerschmitt du Jadegruppe-88 ou groupe de chasse 88. Dans le code des écoliers nazis, 88 représentait HH (H étant la huitième lettre de l’alphabet) ou Heil Hitler [salut à Hitler, en allemand], rapporte Ian Patterson dans son livre Guernica, pour la première fois, la guerre totale (éd. Héloïse d’Ormesson, 2007). Cette fois, les appareils visent une confiserie industrielle, poursuit-il. L’incendie, alimenté par le sucre, dégage un épais nuage de fumée. Partout dans la ville, les charpentes de bois s’embrasent. Les humains et les bêtes courent en tout sens pour fuir ce déchaînement de fureur venu du ciel.

À 17 h 15, le calvaire dure déjà depuis trois quarts d’heure quand retentit un bourdonnement sinistre, grave et lent. C’est la marque des Junkers Ju-52, des trimoteurs de transports lourds que les nazis ont converti en bombardiers. Avec divers autres engins, ils pilonnent la ville pendant deux heures, par vagues séparées de vingt minutes. Certaines charges atteignent les 250 kilos, d’autres sont des bombes incendiaires à la thermite, mélangées à du phosphore blanc brûlant à des températures de près de 2 500 °C. Les pilotes jettent également des grenades depuis les cockpits. À 19 h 30, l’attaque est terminée. 

 

 

L’historien allemand Klaus Meier a calculé qu’en tout, quelque trente-cinq tonnes [de projectiles] auraient été larguées sur Guernica, écrit Ian Patterson (op. cit.). Les bombes incendiaires et explosives ont fait à Guernica 1 654 morts – dix fois plus qu’à Durango – et 889 blessés. Des civils sans défense, femmes, hommes, enfants et vieillards, attaqués un jour de marché. Une gare, des maisons, une usine de bonbons ont été prises pour cibles, alors qu’il aurait été facile de viser la caserne militaire, voisine de quelques kilomètres. L’objectif de Franco est clair : provoquer un effet de sidération parmi les civils, démoraliser l’adversaire et le couper de ses soutiens. Pour le haut commandement allemand, la réussite est totale. Il a prêté main forte à son allié espagnol et démontré sa capacité de destruction. Guernica est la première vaste opération de bombardement visant intentionnellement des civils en Europe. Elle préfigure la guerre moderne à venir : cruelle, technologique, aveugle, barbare et scientifique.

L’indignation d’un peintre

Le 1er mai 1937, cinq jours après l’attaque, Picasso découvre dans la presse les images en noir et blanc de la destruction de Guernica. Aussitôt, il souhaite partager avec le monde son indignation. À la demande des républicains espagnols, il avait accepté quelques semaines plus tôt de réaliser une toile pour le pavillon espagnol de l’Exposition internationale de Paris de 1937. Il en change le sujet et se met au travail. Sous l’œil et l’objectif de sa compagne, Dora Maar, qui participe au projet, il exécute 57 croquis et dessins en couleur qu’il souhaite adapter sur une toile monumentale.

En 2015, le JT de France 2 décryptait le plaidoyer pacifiste de Picasso.

 

Il choisit le format noble des grandes peintures d’histoire et de bataille : 349,3 cm de haut et 776,6 cm de large pour mieux prendre à témoin ses contemporains. Car, en ce printemps 1937, le massacre de Guernica est le sujet d’une intense campagne de désinformation menée par les insurgés franquistes. Le soir même du raid meurtrier, à la radio, les nationalistes réfutent en bloc l’annonce de la destruction de Guernica par les alliés nazis. Mentiras ! (Mensonges) (...). Tout d’abord, il n’y a pas de force aérienne allemande ou étrangère dans l’Espagne nationaliste. (…) Ensuite, nous n’avons pas bombardé Guernica. Les incendies ? Allumés par les rouges ! Et de conclure : Nos avions, à cause du mauvais temps, n’ont pu prendre l’air aujourd’hui.

La propagande des franquistes est hélas reprise par une partie de la presse française, comme La Croix, Le Figaro ou L’Action française de Charles Maurras. Paris fut la seule capitale occidentale où, disposant d’une presse libre, les lecteurs des quotidiens à grand tirage ne surent rien d’un développement essentiel de l’histoire de la destruction de Guernica, écrit, en 1975, le journaliste et historien américain Herbert R. Southworth dans La destruction de Guernica, Journalisme, diplomatie, propagande et histoire. Mais une partie des médias hexagonaux fait preuve d’esprit critique et remet en cause la version des partisans de Franco. C’est ainsi que Picasso a pu avoir accès très tôt à des récits fondés sur des témoignages directs, comme ceux parus dans L'Humanité (qui évoque un massacre dès le 28 avril), dans le journal chrétien et démocrate L’Aube ou, plus tard, dans la revue de gauche Esprit.

Toucher les cœurs avec une œuvre universelle

Les images en noir, blanc et gris reproduites dans ces journaux vont peser sur le choix de Picasso de ne retenir que ces trois teintes dans sa toile. Il choisit aussi de ne pas montrer les avions, les bombes ou le champ de ruines. Le maître se concentre sur les victimes, emprisonnées dans un espace clos. Peut-être a-t-il lu, pendant ses cinq semaines de travail sur cette toile, le récit d’un témoin oculaire dépêché en France par les républicains, le père Alberto de Onaindía ? Quand le chanoine évoque des femmes et des vieillards immobilisés par la terreur, qui lèvent les bras en croix pour implorer la protection divine, comment ne pas voir le chef-d’œuvre de Picasso ?

Guernica, de Pablo Picasso, Musée Reina Sofia, Madrid © Succession Picasso 2023

Description du tableau Guernica de Picasso : En bas à gauche est allongé un soldat, tête décapitée, bras droit coupé, avec une épée à la lame brisée et une fleur qui sort de sa main. En haut à gauche une femme porte son enfant mort et hurle de douleur. La tête rebroussée en arrière, la bouche grande ouverte et laissant passer une langue pointue, les yeux en forme de larmes. Derrière elle se dresse un taureau. La figure centrale du tableau est un cheval qui hennit de douleur. En haut à gauche figure une ampoule-soleil. Une colombe aux ailes brisées se perd dans l'obscurité du fond noir. Seule une trace de lumière dure éclaire l'oiseau. À droite du tableau, un groupe de trois femmes désarticulées pleurent. En arrière-plan, des formes géométriques évoquent des immeubles incendiés, les flammes sont représentées par des triangles.

Guernica, de Pablo Picasso, Musée Reina Sofia, Madrid © Succession Picasso 2023.

 

Pourtant, l'artiste andalou ne cherche absolument pas d’effet de réel dans sa toile. Il se place délibérément au-dessus des polémiques. Ce qu’il veut, c’est créer une œuvre universelle en convoquant des symboles qui parlent à tous. Son Guernica ne nous parle ni de politique ni d’enquête journalistique. Il nous parle de martyrs et de barbares, de douleur physique et de souffrance morale, de châtiment et d’injustice, du combat mythique de la lumière contre les ténèbres. Picasso mobilise sa profonde connaissance des mythes et des maîtres anciens pour mieux nous saisir d’effroi. Voyez, sur la gauche du tableau, cette mère qui hurle à la mort, son enfant dans les bras : c’est une Mater Dolorosa, une mère pleurant son enfant, comme le fit Marie avec son fils, Jésus. Observez à présent cette tête de taureau, toujours à gauche : le Minotaure, puissance de vie, est pris au piège et rend son dernier souffle en nous fixant du regard. Au centre, l’ampoule électrique, trônant au sommet d’une pyramide lumineuse, pourrait symboliser l’espoir. Mais peut-être est-elle un ersatz de l’œil de Râ, le dieu suprême du panthéon antique égyptien, capable des plus grands bienfaits comme des pires colères. Les symboles que peint Picasso sont si profondément ancrés dans nos psychés qu'ils parlent à chacun de nous. Le moindre élément porte un message puissant (et souvent ambigu). Avez-vous remarqué, en bas de la composition, la petite fleur qui semble sortir de la main tenant l’épée brisée ? L’espoir se trouve-t-il au milieu du chaos ? Toute la toile, enfin, est une variation sur le thème du massacre des Innocents – l’élimination de tous les enfants de moins de deux ans dans la région de Bethléem, relatée dans l’Évangile selon Matthieu. Dans les versions peintes par Raphaël, Guido Reni ou Nicolas Poussin, les victimes implorent Dieu, les yeux levés vers le ciel. Pablo Picasso en signe ici une interprétation contemporaine.

Massacre des innocents, par Nicolas Poussin

Reproduction du Massacre des innocents, par Nicolas Poussin (v. 1625-1629), Paris, Musée du Louvre. © Wikimedia Commons. Poussin concentre sa composition sur le massacre d'un seul innocent par un soldat et se focalise plus particulièrement sur le hurlement de la mère qui cherche à arrêter le meurtre de son enfant.

Le Massacre des Innocents, par Nicolas Poussin (v. 1625-1629), Paris, musée du Louvre. © Wikimedia Commons.

Une onde de choc

Dans le panneau auquel je travaille, et que j’appellerai Guernica, j’exprime clairement mon horreur de la caste militaire qui a fait sombrer l’Espagne dans un océan de douleur et de mort. Voici ce que déclare Picasso à Alfred Barr, le directeur du Museum of Modern Art de New York, en mai 1937. Le 6 juin, la toile est présentée à l’Exposition universelle de Paris… et déçoit ses commanditaires, les républicains espagnols. Trop radicale, elle déroute. Trop universelle (et pas assez propagandiste), elle suscite la perplexité des démocrates.

Une icône dérangeante

Le peintre Édouard Pignon a découvert la toile en 1937 à l’Exposition universelle de Paris. En 1981, il rappelle combien elle a dérangé les spectateurs : C’était comme un coup de fouet qu’on recevait en pleine figure […]. Les politiques faisaient mauvaise figure parce qu’ils auraient voulu autre chose, quelque chose de plus explicatif, réaliste.

 

Mais, en Espagne, les insurgés nationalistes saisissent, eux, la puissance de cette œuvre. Le 1er avril 1939, ils font chuter les républicains lors d’une dernière offensive. C’est le début de l’ère du Caudillo, le guide Franco par la grâce de Dieu. La guerre civile d’Espagne aura fait, en à peine trois ans, près d'un million de morts et 440 000 exilés, principalement en France. Jusqu’à la mort du dictateur en 1975, tout propriétaire d’une copie de Guernica est vu par le régime comme un opposant politique.

Après l’avènement de l’Espagne franquiste en 1939, le tableau est transféré à New York. Alors que le régime se durcit, l’œuvre accède au rang d’étendard de la paix. Pas question pour Picasso que son manifeste anti Franco atterrisse en Espagne alors que le régime du généralissime ordonnera en quarante ans plus de 100 000 exécutions et ouvrira 296 camps de concentration pour y enfermer quelque 700 000 prisonniers (opposants, homosexuels, Gitans). L'œuvre ne pourra entrer en Espagne qu’après le rétablissement de la démocratie dans le pays, comme le stipule une clause du testament de Picasso. L’artiste ne verra pas son rêve se réaliser puisqu’il meurt le 8 avril 1973, deux ans avant le Caudillo.

La démocratie espagnole accueille les martyrs de Guernica

Après la mort de Franco, Juan Carlos, petit-fils du dernier roi d’Espagne, est officiellement intronisé en novembre 1975, à l’âge de 37 ans. S'ouvre alors la période de transition démocratique, sans cassure institutionnelle ni épuration, qui associe à chaque étape l'assentiment populaire. Le parti unique sous Franco, le Movimiento Nacional, acte sa propre dissolution le 1er avril 1977, permettant la naissance du pluralisme politique. Une nouvelle Constitution démocratique – approuvée par référendum en décembre 1978 par 87,8 % de la population – fixe le cadre d'un État de droit : démocratie libérale et parlementaire, société pluraliste, culture d'égalité et de tolérance, économie de marché.

En 1981, le musée de Madrid se prépare à accueillir la toile iconique peinte par Picasso. À l’époque, ce retour divise l’Espagne. Le parti au pouvoir considère ainsi que le pays a renoué avec les principes démocratiques. Mais l’opposition n’en veut pas et souhaite revenir à un régime autoritaire, comme l’illustre latentative de coup d’État du 23 février 1981.

L’arrivée de la toile à Madrid en septembre 1981 est l’occasion pour les médias de revenir sur la journée tragique du 26 avril 1937. Cet extrait de JT de 20 heures d'Antenne 2 donne la parole à une survivante du raid aérien. 

Dans cette vidéo de 1981, tournée face à la célèbre toile au musée de Madrid, l'écrivaine et critique d'art Hélène Parmelin explique la charge symbolique de Guernica : Partout dans le monde quand il y a eu une oppression, une atteinte à la liberté, Guernica, la toile a été brandie comme un symbole. C’est rare dans le monde qu’une peinture ait porté une telle charge.

Manifeste anti-guerre, dénonciation du fascisme, appel à s’engager pour la défense de la démocratie… Et si Guernica était la plus grande œuvre de Picasso ? Sait-on au moins si elle était sa préférée ? Le peintre, qui fuyait les journalistes, semble donner une réponse en ce sens dans cet entretien de 1961. Au journaliste qui lui demande quelle toile il choisirait s’il devait ne lui en survivre qu’une, l’artiste répond : C'est difficile ! C'est fait avec des intentions du moment, de l'époque […]. Au moment de Guernica […] c'était une grande catastrophe, le commencement de beaucoup d'autres [catastrophes qui ont] suivi, n'est-ce pas. C'est personnel, n'est-ce pas. Au fond, ce sont des mémoires qu'on s'écrit soi-même.

Date de la vidéo: 1966 Collection:  - Panorama

Interview de Picasso en 1961

Guernica est un cri d’indignation toujours d’actualité. En avril 2022, le nom de Guernica retentit au sein du Parlement espagnol : On se croirait en avril 1937, quand le monde a appris ce qui se passait dans l’une de vos villes, Guernica, déclare Volodymyr Zelensky. Le président ukrainien fait le lien entre le calvaire de Marioupol, détruite et assiégée par les Russes, et le bombardement de la ville basque par l’aviation nazie en soutien des troupes franquistes. Quatre-vingt-cinq ans séparent ces deux drames. Mais les parlementaires espagnols ont tous en tête les visages déformés peints par Pablo Picasso en 1937.

Pour aller plus loin

Notre dossier complet

Bibliographie

  • La Guerre d’Espagne et ses lendemains, de Bartolomé Bennassar, éd. Perrin, 2004.
  • Guernica, pour la première fois, la guerre totale, de Ian Patterson, éd. Héloïse d’Ormesson, 2007.
  • Picasso, les 7 paradoxes, hors-série du 1, printemps 2023.

Mais aussi...

Date de la vidéo: 2018

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