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Fin de la Lainière de Roubaix : rétrospective

Fin de la Lainière de Roubaix : rétrospective

Date de diffusion : 07 déc. 1999

La Lainière de Roubaix est mise en liquidation judiciaire. Fondée avant la première guerre mondiale, l'entreprise a compté jusqu'à 7200 salariés. Les 210 dernières ouvrières s'attendaient à l'irrémédiable.

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Informations et crédits

Type de ressource :
Forme :
Collection :
Production :
INA
Page publiée le :
2007
Modifiée le :
19 sept. 2022
Référence :
00000000929

Contexte historique

Par Emeline VanthuyneProfesseure agrégée d'histoire )

Depuis le XVe siècle, la commune de Roubaix s'est spécialisée dans la fabrication et la vente de laine. A partir du milieu du XIXe siècle, ce secteur prend une ampleur industrielle, notamment grâce à la complémentarité des activités de production de Lille-Roubaix-Tourcoing. La main d'oeuvre afflue et les usines de filatures se multiplient (plus de 200 au début du siècle). La "ville aux mille cheminées [d'usines]" voit sa population passer de 8 000 habitants en 1800 à 122 000 à la veille de la Première Guerre Mondiale! Cet essor démographique a des conséquences néfastes sur les conditions d'habitation des ouvriers. Ils s'entassent dans 1500 courées jugées insalubres par les observateurs sociaux de l'époque. La Lainière de Roubaix devient le premier employeur de la ville et acquiert une réputation internationale. L'entreprise reçoit même la visite de la reine d'Angleterre ou de Nikita Krouchtchev à la fin des années 50.

Dans les années 60, la crise du secteur textile touche l'ensemble de la région et Roubaix n'est pas épargnée. La concurrence nouvelle des pays en voie de développement et la mauvaise gestion des entreprises familiales expliquent en partie ces difficultés économiques. Les fermetures d'usines se multiplient depuis 30 ans et entraînent une hausse considérable du chômage et des problèmes sociaux. A la fin des années 90, les délocalisations des unités de production dans des pays où la main-d'oeuvre est moins coûteuse ont raison d'une des institutions industrielles de la ville, la Lainière de Roubaix. En 1954, 190 000 emplois étaient liés à la production textile de la commune, ils n'en représentaient plus que 15 000 en 1998. Néanmoins, les efforts d'adaptation entrepris par la ville ont été nombreux. Le secteur textile a été très tôt réorienté vers la commercialisation grâce à la vente par correspondance. Les anciens "châteaux de l'industrie" sont devenus des espaces culturels parfaitement intégrés au paysage urbain. L'ancienne filature de coton Motte-Bossut fermée en 1981 en est l'exemple le plus célèbre: elle accueille depuis 1993 le centre des archives du monde du travail.

La reconversion de Roubaix passe également par la tertiarisation de ses activités économiques. La ville s'enorgueillit ainsi de la présence d'un eurotéléport, équipement moderne qui lui permet d'être en communication audiovisuelle avec le monde entier.

Éclairage média

Par Emeline VanthuyneProfesseure agrégée d'histoire )

Le journal régional s'ouvre sur l'information essentielle de la journée: la liquidation judiciaire de la Lainière de Roubaix. Le lancement du présentateur résume à lui seul le ton des reportages consacrés au sujet. La brutalité de la décision prise tranche avec le prestige d'une entreprise présentée comme "emblème de toute une région". L'atmosphère régnant au moment du verdict semble totalement ubuesque: le vocabulaire juridique abscon utilisé par le président du tribunal est récité presque mécaniquement et sans émotion. La scène paraît d'autant plus cruelle que la caméra reste braquée sur les visages des salariés présents, victimes d'une "condamnation à mort" selon les termes très forts utilisés par le présentateur. L'aspect tragique de cette situation est encore accentué par l'évocation du passé prestigieux de l'entreprise. La rétrospective présente l'"âge d'or" du secteur textile dans la région au cours de la période des Trente Glorieuses: visite de personnalités internationales, reportages à la gloire de l'entreprise, témoignages d'un ancien salarié de l'usine textile. Par contraste, la situation actuelle apparaît d'autant plus dramatique que le journaliste en exagère les retombées économiques. C'est ainsi toute la région qui semble pâtir de la fermeture de l'entreprise qui n'emploie plus en 1999 que 210 ouvrières. Le journaliste n'évoque que brièvement l'ancienneté de la crise et à aucun moment il ne parle des perspectives de reconversion des employés du secteur.

Le cas de la Lainière de Roubaix sert également de prétexte pour développer un thème d'inquiétude plus général: l'ampleur des délocalisations et la nécessité de prendre des mesures protectionnistes pour enrailler le mouvement. Le propos se fait très alarmiste à la fin du reportage: le député-maire de Tourcoing évoque ainsi "une situation excécrable", l'inertie "irresponsable et criminelle" de l'Europe face à l'exploitation des enfants dans les pays du Tiers-Monde. Le pessimisme et la dramatisation à outrance viennent conforter les idées reçues sur une région en crise alors que dans le cas du textile roubaisien, il faudrait plutôt évoquer les solutions trouvées depuis plus d'une décennie (diversification et tertiarisation des activités de la ville par exemple).

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