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Jean Ferrat

Date de diffusion : 17 févr. 1966

Sur le plateau de l'émission Le palmarès des chansons, Jean Ferrat interprète sa chanson Que serais-je sans toi ?, composée à partir d'un poème de Louis Aragon.

Niveaux et disciplines

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Informations et crédits

Type de ressource :
Forme :
Collection :
Production :
INA
Page publiée le :
23 sept. 2008
Modifiée le :
19 sept. 2022
Référence :
00000001215

Contexte historique

Par Stéphane Ollivier

C'est dans une famille modeste d'origine juive que Jean Tenenbaum voit le jour à Vaucresson, en région parisienne, le 26 décembre 1930. Il n'a que 9 ans lorsque la guerre éclate et que son père, déporté, meurt à Auschwitz. Dés le début des années 1950, tout en poursuivant des études de chimie, il montre un goût prononcé pour la musique et le théâtre, jouant notamment de la guitare dans un orchestre de jazz. En 1952, il décide de ne plus se consacrer qu'à sa passion. En 1956, il met en musique un poème d'un de ses écrivains préférés, Louis Aragon, Les Yeux d'Elsa. André Claveau, chanteur très populaire à l'époque, la met à son répertoire, offrant au jeune auteur un début de notoriété. Mais il faut attendre 1957 pour le voir se produire sur scène, au cabaret La Colombe, en première partie de Guy Béart, et 1958 pour qu'il enregistre son premier 45 tours – le tout sans grand succès. Il rencontre alors Gérard Meys qui devient son éditeur et son ami et lui permet de signer un contrat avec la firme Decca. Il y enregistre en 1960 un second 45 tours, Ma môme, puis fait une rencontre décisive en la personne d'Alain Goraguer qui devient l'arrangeur attitré de ses chansons. Son premier 33 tours enregistré en 1961, très bien accueilli par la critique, reçoit le Prix de la SACEM et lance définitivement sa carrière. Un titre notamment se dégage de l'album : Deux enfants au soleil qui, repris par la chanteuse Isabelle Aubret, permet à Ferrat de se faire un nom auprès du grand public.

Il faut néanmoins attendre 1963 et la sortie de son troisième album Nuit et Brouillard pour que Ferrat voie soudain son talent unanimement reconnu. La chanson titre, bouleversante évocation de la déportation, quoi qu'en partie censurée par la radio nationale, obtient un grand succès public et le disque remporte le prix de l'Académie Charles-Cros. Dès lors, Ferrat va accumuler les chefs-d'œuvre : La Montagne et Que serais-je sans toi ? en 1964 ; Potemkine, C'est toujours la première fois l'année suivante, Heureux celui qui meurt d'aimer en 1966... Dans un style très particulier, lyrique et littéraire, porté par une voix profonde de baryton d'une grande force émotionnelle, Ferrat y révèle toutes les nuances d'un univers marqué à la fois par l'engagement politique et social (il restera tout au long de sa carrière un sympathisant du Parti communiste français, tout en se montrant très critique vis-à-vis de l'URSS), et l'amour fou de la poésie (notamment d'Aragon dont il est sans doute l'un des meilleurs adaptateurs et interprètes). En 1967 le chanteur fait un voyage à Cuba qui le conforte dans son ancrage politique et lui offre la matière d'un nouvel album (A Santiago), puis, de retour en France, il participe à sa façon aux événements de Mai 68 en publiant en collaboration avec le poète Henri Gougaud le disque Ma France (1969) qui lui vaut de nouveaux ennuis avec la censure.

Le début des années 1970 marque ses retrouvailles avec la poésie d'Aragon (Ferrat chante Aragon ), mais Ferrat, très critique envers la dérive marchande des milieux artistiques, décide de prendre ses distances avec l'industrie du disque et annonce ses adieux à la scène (1973). Il sort néanmoins un nouvel album en 1975, La femme est l'avenir de l‘homme, accueilli comme un événement par la critique, puis en 1980, alors que la firme PolyGram rachète l'ensemble de son catalogue, décide en représailles de réenregistrer dans de nouvelles orchestrations la majorité des titres de son répertoire. Arrangés par Alain Goraguer, 113 titres sont ainsi mis en boîte et publiés en 12 volumes fin 1980, en même temps qu'un nouvel album totalement inédit, Le Bilan, dans lequel sa prise de distance vis-à-vis de l'URSS n'a jamais été si sensible. Ferrat publiera encore de loin en loin quelques albums au cours de la décennie suivante (Je ne suis qu'un cri,1985 ; Dans la jungle ou dans le zoo, 1991 ; Ferrat 95), chaque réapparition du chanteur faisant l'objet d'un vrai engouement populaire. Jean Ferrat meurt le 13 mars 2010 dans son village ardéchois.

Reconnu unanimement comme l'un des artistes majeurs de la chanson française d'après-guerre (au même titre que Brel, Brassens et Ferré), Jean Ferrat fait partie désormais du répertoire.

Éclairage média

Par Stéphane Ollivier

Le Palmarès des chansons, émission de variété parmi les plus populaires de la télévision française des années 1960, se terminait systématiquement par le mini-récital d'un artiste renommé présentant son propre palmarès de cinq chansons puisées dans son répertoire. Dans cet extrait de l'émission du 17 février 1966, Jean Ferrat, invité d'honneur, donne une magnifique interprétation d'un de ses titres les plus célèbres, composé sur un texte d'Aragon, Que serais-je sans toi ?. Enregistrée dans les conditions du concert, sur scène et en public, cette séquence montre Ferrat qui chante entouré de ses propres musiciens (et non accompagné comme c'était de coutume du grand orchestre « maison » dirigé par Raymond Lefèvre).

Avec une économie de moyens exemplaire, correspondant parfaitement au style élégant et épuré du chanteur, fondé essentiellement sur l'adéquation entre le fond et la forme (la qualité de la mélodie et la précision de l'interprétation se voyant toujours chez lui mises au service des mots et de leurs sens), la réalisation, après un plan d'ensemble très bref, va par la suite et durant toute la chanson se contenter de cadrer de très près, en un long plan séquence, le visage du chanteur (la caméra n'élargissant le champ qu'à deux reprises, en un très léger zoom arrière, sans jamais cesser un instant de se focaliser sur l'expression du visage).

Ce parti pris de réalisation, poussé ici aux limites du conceptuel, est tout à fait représentatif des choix esthétiques de la télévision d'alors, privilégiant systématiquement le texte et sa lisibilité sur toute autre considération. Le visage comme miroir de l'âme, espace des émotions et de l'expressivité, est considéré dans cette logique comme le lieu où tout se joue du sens de la chanson. Le grand interprète est par conséquent celui qui, en une sorte de processus de transsubstantiation, parvient à donner à voir dans ses traits ce que sa voix laisse entendre. Jean Ferrat se montre ici un magistral représentant de cette école.

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