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L'essor de la mixité raciale dans le football en Afrique du Sud

L'essor de la mixité raciale dans le football en Afrique du Sud

Date de diffusion : 30 mai 2010

Reportage sur le football en Afrique du Sud alors que le pays se prépare à accueillir la Coupe du monde 2010. S'il demeure surtout pratiqué par la population noire, comme à Bloemfontein, de plus en plus de Blancs se mettent aussi à jouer au football. À Johannesburg, un match oppose des équipes de joueurs amateurs mêlant Noirs et Blancs.

Niveaux et disciplines

Informations et crédits

Type de ressource :
Forme :
Collection :
Production :
INA
Page publiée le :
05 sept. 2011
Modifiée le :
19 sept. 2022
Référence :
00000001318

Contexte historique

Par Christophe Gracieux

En 2010, l'Afrique du Sud organise la première Coupe du monde de football sur le continent africain. Cette compétition sportive, la plus importante et la plus médiatisée avec les Jeux Olympiques d'été, lui a été attribuée par la Fédération internationale de football (FIFA) en mai 2004 : déjà candidate malheureuse à l'organisation de la Coupe du monde 2006 face à l'Allemagne, l'Afrique du Sud a été désignée par 14 voix contre 10 pour le Maroc. Désireuse de mettre dorénavant en place une rotation continentale pour sa compétition la plus prestigieuse, la FIFA avait en effet décidé d'attribuer la dix-neuvième Coupe du monde à un pays d'Afrique. Le continent africain n'avait jusque-là jamais hébergé cette épreuve. À l'inverse, l'Europe l'avait déjà organisée à dix reprises : en Italie (1934 et 1990), en France (1938 et 1998), en Suisse (1954), en Suède (1958), en Angleterre (1966), en RFA (1974) puis en Allemagne réunifiée (2006) et en Espagne (1982). L'Amérique du Sud l'avait pour sa part reçue six fois : en Uruguay (1930), au Brésil (1950), au Chili (1962), en Argentine (1978) et au Mexique (1970 et 1986). L'Amérique du Nord et l'Asie avait chacune hébergé une Coupe du monde, respectivement aux États-Unis en 1994 et en Corée du Sud et au Japon en 2002.

En organisant la Coupe du monde de football du 11 juin au 11 juillet 2010, l'ancienne colonie britannique, créée en 1910 sous le nom d'Union sud-africaine puis devenue la République d'Afrique du Sud en 1961, souhaitait présenter au monde son visage de l'après-apartheid. Le pays avait en effet mis fin dans les années 1990 à plus de quatre décennies de régime de séparation des habitants en fonction de leur couleur de peau. L'apartheid avait été mis en place en 1948 par les Afrikaners, privant les Noirs de leurs droits civiques. La ségrégation raciale touchait également le sport. Le football était ainsi presque exclusivement pratiqué par les Noirs, tandis que le rugby était l'apanage des Blancs. Après la suppression de l'apartheid par le président Frederik De Klerk en 1991, Nelson Mandela, libéré de prison l'année précédente, avait conduit en 1994 l'African National Congress à la victoire lors des premières élections démocratiques multiraciales. Puis élu président, il avait fait adopter en 1996 une nouvelle Constitution mettant officiellement fin à l'apartheid. Tout comme la Coupe du monde de rugby en 1995 avait déjà offert au monde l'image d'une « nation arc-en-ciel », celle de football en 2010 avait donc elle aussi pour objectif de montrer le caractère multiracial de l'Afrique du Sud ainsi que sa capacité à organiser un événement sportif planétaire.

De fait, malgré les craintes des médias internationaux et de la FIFA concernant l'achèvement des dix stades et la criminalité, dans un pays où elle est endémique, l'organisation de la compétition fut dans l'ensemble une réussite. Symbolisée par les vuvuzelas, trompettes en plastiques locales, la Coupe du monde sud-africaine permit l'expression d'une fierté nationale relativement unanime : la grande majorité de la population se retrouva derrière son équipe nationale, malgré l'élimination des Bafana Bafana – les « garçons » en langue zouloue – dès le premier tour, échec inédit d'un pays organisateur de la Coupe du monde.

Cette compétition, remportée par l'Espagne contre les Pays-Bas, ne suffit toutefois pas à masquer les grandes inégalités sociales dont souffre l'Afrique du Sud. Quelque 43 % des habitants, essentiellement des Noirs, vivaient ainsi avec moins de 2 dollars par jour en 2009. Et 40 % de la population se trouve encore au chômage en 2011 selon l'OCDE. L'Afrique du Sud est aussi le pays le plus touché au monde par le sida, avec 5,6 millions de personnes séropositives sur 50 millions d'habitants en 2009.

Éclairage média

Par Christophe Gracieux

Diffusé douze jours avant l'ouverture de la Coupe du monde de football en Afrique du Sud, ce reportage réalisé sur place ne traite pas de l'événement sportif qui va avoir lieu. S'il s'intéresse au football, c'est en tant que miroir des évolutions de la société sud-africaine. Au cours des semaines qui ont précédé la Coupe du monde de football, l'équipe de France 2 envoyée en Afrique du Sud a ainsi réalisé une série de sujets sur la situation sociale, économique et culturelle du pays. Dans le cas présent, les envoyés spéciaux de France 2 ont disposé de davantage de temps et de moyens que pour un reportage classique afin de réaliser leur sujet. Comme l'indique l'expression « grand format », leur reportage s'apparente plus à un petit documentaire qu'à un sujet réalisé dans l'urgence, en réaction à l'actualité.

Il pose la question du maintien, dix-neuf ans après l'abolition officielle de l'apartheid en Afrique du Sud, de l'apartheid sportif qui existait auparavant : d'un côté le rugby pour les Blancs et de l'autre côté le football pour les Noirs. Alternant entre des images factuelles et des interviews, ce sujet très didactique juxtapose deux séquences opposées. La première, qui présente un match de football entre Noirs, illustre l'opinion selon laquelle rien n'a changé dans l'Afrique du Sud de l'après-apartheid : les joueurs et les spectateurs sont tous de couleur noire. Les clivages raciaux semblent toujours aussi forts si l'on en croit le témoignage d'un joueur. La seconde séquence présente une situation et un point de vue exactement contraires : elle donne à voir un match de football entre des équipes mêlant joueurs blancs et noirs et propose un témoignage qui prend le contre-pied du premier. La caméra s'attarde sur des symboles de mixité raciale : les poignées de main échangées entre joueurs blancs et noirs à la fin du match et leur sortie du terrain ensemble. Le fait que la séquence sur la mixité raciale soit traitée en second semble indiquer que pour les envoyés spéciaux de France 2 il y a plutôt une réelle évolution de l'apartheid dans le sport sud-africain.

Il est à noter que l'opposition entre les deux séquences qui composent le reportage n'est pas seulement raciale. Elle apparaît également sociale, ce que suggère le commentaire du journaliste sans toutefois l'approfondir : le terrain de football de Bloemfontein sur lequel évoluent des joueurs noirs est en terre, alors que celui de Johannesburg est un gazon en très bon état. Ce contraste d'infrastructures renvoie aux inégalités de la société sud-africaine : la population noire constitue en effet la très grande majorité des pauvres du pays.

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