La culture industrielle des roses au Kenya

Date de diffusion : 12 mai 2008

Le Kenya est un pays africain dont les exportations agricoles sont une source importante de devises. Les bonnes terres des hauts plateaux et de la vallée du Rift sont occupées par des cultures florales à haute valeur ajoutée, destinées au marché mondial. L'extension de ces cultures menace les équilibres écologiques.

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Informations et crédits

Type de ressource :
Forme :
Collection :
Complément d'enquête
Production :
INA
Page publiée le :
21 juin 2013
Modifiée le :
19 sept. 2022
Référence :
00000001378

Contexte historique

Par Claude Robinot

La culture des roses est intégrée dans le marché mondial très organisé des fleurs coupées, en grande partie contrôlé à partir d'Amsterdam. Les fleurs vendues pour 30 milliards d'euros en Europe et en Amérique du Nord sont produites dans des pays du sud aux caractéristiques semblables : des hauts plateaux, souvent volcaniques, un climat humide et chaud en permanence, une main-d'œuvre bon marché. Ces conditions sont réunies en Amérique du sud (Colombie, Equateur) et en Afrique tropicale (Kenya, Ouganda, Ethiopie). La baisse des coûts de transport depuis les années 9,0 dans le cadre de la mondialisation, autorise un transport rapide en avion qui permet en moins de 48 heures d'acheminer les roses du lieu de production au point de vente, tout en maintenant la chaîne du froid qui garantit la qualité du produit.

Le circuit est toujours le même : les fleurs sont coupées le lundi matin dans les serres de la vallée du rift au Kenya, elles quittent l'aéroport de Nairobi en soirée pour Amsterdam-Schipol et sont stockées dans des chambres froides. Le lendemain, elles sont vendues en quelques heures sur les marchés au cadran d'Aalsmeer, géré par le groupe Floraholland qui en a fait le « Wall Street de la fleur ». 3500 acheteurs fixent les cours. Le lendemain, les lots partent en camion ou en avion dans tous les pays européens. Les roses sont chez les fleuristes au plus tard le jeudi matin. La Hollande exporte plus de 60 % des fleurs dans le monde et réalise un chiffre d'affaire de 2 milliards d'euros dont 400 millions pour les roses. Pour tenir le marché, les Hollandais diversifient leurs importations et font jouer la concurrence entre les producteurs. Les fleurs coupées viennent du Kenya pour 30 %, on trouve ensuite l'Ethiopie, Israël et l'Équateur. Toutefois, la domination hollandaise sur le marché de la rose est remise en cause par des producteurs européens qui vont s'installer directement au Kenya. C'est le cas du français Bigot-fleurs qui a investi dans une ferme kenyane en 2002. Il fait de la vente en ligne et des bouquets conditionnés pour la grande distribution, le tout avec un label « Max Havelaar ». En 2012, le Kenya vend directement 25 % de sa production de fleurs et 65 % via les opérateurs hollandais.

Le Kenya qui a commencé la floriculture en 1972 est devenu en quelques décennies le premier producteur mondial de roses ; environ 100 000 tonnes ont été produites en 2012. Après le thé et le café, les fleurs coupées sont la troisième source de devises pour le pays. Les fermes florales sont localisées sur une vingtaine de sites des hauts-plateaux, où les conditions sont idéales. Le plus célèbre est autour du lac Naivasha mais il y a aussi de la floriculture autour de Nairobi. La filière emploie 90 000 personnes. Ce qu'on appelle une ferme est composé d'une série de serres en polyéthylène qui protègent les rosiers greffés des variations climatiques et des maladies. L'arrosage est automatisé en goutte à goutte. Le sol d'origine volcanique est enrichi. La cueillette est faite le matin quand la fleur est encore en bouton. Les traitements suivants demandent beaucoup de main-d'œuvre puisqu'il faut trier, conditionner et mettre au frais. Le développement de cette culture autour des lacs pose des problèmes écologiques à cause des prélèvements en eau. Le niveau du lac est étroitement surveillé et des systèmes d'alerte ont été mis en place. L'équilibre écologique de la région du lac Naivasha est aussi menacé par la pression démographique : la population atteint 300 000 habitants sans que les équipements soient toujours suffisants. Enfin la monoculture de la rose a un impact négatif sur la biodiversité.

Le danger le plus important qui menace la floriculture kenyane est la concurrence d'autres pays africains. En cinq ans, l'Ethiopie est devenue le deuxième producteur, profitant d'un coût de main d'œuvre très inférieur ; des sociétés israéliennes et européennes ont saisi l'opportunité de s'implanter dans un pays où les conditions climatiques sont idéales. Toutefois, le Kenya garde l'avantage par son savoir-faire et ses réseaux de transports mieux organisés.

Éclairage média

Par Claude Robinot

Le sujet consacré à la culture des roses au Kenya est extrait de l'émission Complément d'enquête, un magazine d'investigation dont le format permet de confronter reportages et analyses par un spécialiste. Le thème des produits de la mondialisation et de leur impact environnemental est assez prisé par la télévision puisque l'année suivante le magazine d'information de la chaîne, Envoyé spécial, aborde le même sujet. L'extrait est composé de deux parties distinctes et opposées qui permettent de poser clairement et simplement le problème, quitte ensuite à nuancer ce tableau très tranché. Une voiture roule sur une route bitumée à une heure de Nairobi, on est loin des clichés d'une Afrique sous développée, misérable et retardataire. Le paysage naturel est celui de l'Afrique tropicale, des hautes terres et du climat subéquatorial. Le ciel chargé laisse deviner l'humidité. De chaque côté de la route, des serres qui enferment des milliers de rosiers destinés à l'exportation. Cette culture qui a déjà 40 ans d'existence s'est développée au point de devenir une monoculture industrielle d'exportation. Le commentaire suggère que les roses prennent la place des cultures de haricots verts, autre culture d'exportation consommatrice d'eau, devenue moins rentable. Quelques plans tournés dans les serres montrent la production et l'irrigation. La deuxième partie est consacrée à l'intervention de David Harper, universitaire britannique qui observe les conséquences écologiques de la culture sur le lac Naivasha. Il insiste surtout sur la baisse du niveau d'eau et la surconsommation. C'est exact mais le niveau de ce lac volcanique peu profond est sujet à d'importantes variations. La qualité de l'eau et la quantité disponibles sont surveillées en permanence par le ministère de l'agriculture. Les rejets d'herbicides et de pesticides sont inquiétants. L'eau sert aussi aux besoins de la forte population locale. L'approche environnementale est également une approche humaine.

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