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Les signes religieux et la laïcité : portraits de croyants

Les signes religieux et la laïcité : portraits de croyants

Date de diffusion : 05 avr. 2011

Une musulmane, un juif et une protestante qui affichent leur religion par des signes extérieurs témoignent. Ils évoquent les réactions à leur égard et leur rapport à la laïcité.

Niveaux et disciplines

Ressources pédagogiques utilisant ce média

  • Niveaux: Lycée général et technologique - Lycée professionnel

    La laïcité en France

Informations et crédits

Type de ressource :
Forme :
Collection :
Production :
INA
Page publiée le :
10 févr. 2016
Modifiée le :
19 sept. 2022
Référence :
00000001756

Contexte historique

Par Christophe Gracieux

La laïcité en France est fondée sur la séparation des Églises et de l’État depuis la loi du 9 décembre 1905. De ce fait, l’État est neutre à l’égard des différentes religions. Cependant, la laïcité ne vise pas à empêcher les fidèles de croire. Elle repose en effet également sur la liberté de conscience et celle de culte. L’article premier de la loi de 1905 le précise : « La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes (…). » 

Si la liberté de croire ne peut être limitée, la liberté d’expression des appartenances religieuses peut en revanche l’être dans certains cas définis par la loi. Ainsi, la loi du 15 mars 2004 a interdit « dans les écoles, les collèges et les lycées publics, le port de signes ou tenues par lesquels les élèves manifestent ostensiblement une appartenance religieuse » (voir L'application de la loi sur la laïcité dans les établissements scolaires). Cette interdiction ne concerne pas les usagers des services publics autres que scolaires. En revanche, les agents public sont eux aussi tenus à un « devoir de stricte neutralité », comme le rappelle la Charte de la laïcité dans les services publics publiée en 2007 (voir La Charte de la laïcité dans les services publics). Il est interdit à un agent public de « manifester ses convictions religieuses » et par conséquent de porter un signe à caractère religieux.

Le secteur privé n’est pour sa part pas soumis au principe de neutralité religieuse. Les salariés peuvent donc porter un signe religieux. Toutefois, l’employeur peut interdire ce port si celui-ci provoque des difficultés de fonctionnement ou provoque des tensions dans l’entreprise. L’affaire Baby-Loup a mis en lumière cette possibilité mais également le flou juridique qui entoure la limitation de l’expression religieuse dans une entreprise. Une salariée de la crèche privée Baby-Loup, située à Chanteloup-les-Vignes, dans les Yvelines, a en effet été licenciée pour faute grave en 2008 : elle avait refusé d’enlever son voile islamique alors que le règlement intérieur de la crèche imposait au personnel le respect des principes de laïcité et de neutralité. Au terme de quatre ans de procédure judiciaire, la Cour de Cassation confirme, le 25 juin 2014, le licenciement de la salariée. Pour justifier sa décision, la Cour s’appuie notamment sur les articles L.1121-1 et L.1321-3 du Code du travail qui permettent à une entreprise privée de restreindre la liberté du salarié de manifester ses convictions religieuses si cela est justifié par « la nature de la tâche à accomplir » et si la mesure est « proportionnée au but recherché ». La Cour de Cassation a ainsi estimé que cela s’appliquait à la crèche Baby-Loup, petite association employant seulement dix-huit salariés « qui étaient ou pouvaient être en relation directe avec les enfants et leurs parents ». Elle a cependant rappelé que le principe de laïcité n’était pas applicable à l’ensemble des salariés des entreprises privées.

Éclairage média

Par Christophe Gracieux

Diffusé le 5 avril 2011 dans le journal télévisé de treize heures de France 2, ce reportage consacré au port de signes religieux par des croyants s’inscrit dans une actualité très riche concernant la laïcité. En effet, sa diffusion intervient six jours avant la promulgation de la loi du 11 octobre 2010 qui interdit la dissimulation du visage dans l’espace public. Surtout ce reportage a été réalisé à l’occasion du débat sur la laïcité organisé par l’UMP dans la journée même à l’instigation de son secrétaire général Jean-François Copé. Les deux sujets précédents sont d’ailleurs consacrés à ce débat qui a suscité de nombreuses oppositions et qui a finalement accouché de vingt-six propositions. Le journaliste politique Jeff Wittenberg a ainsi réalisé un plateau devant le siège de l’UMP. Ce plateau s’enchaîne avec la diffusion d’une déclaration du cardinal André Vingt-Trois devant l’Assemblée plénière des évêques de France : l’archevêque de Paris met en avant les réticences de l’Église catholique à l’égard du débat organisé par l’UMP, craignant qu’il ne cristallise « les malaises devant un certain nombre de pratiques musulmanes minoritaires » et n’aboutisse « à réduire la compréhension de la laïcité à sa conception la plus fermée ».

Afin d’illustrer ces débats sur la laïcité, la journaliste de France 2 Nadia Hadj Bouziane a choisi de présenter des portraits de trois croyants. Ce sujet se veut en effet avant tout concret. Il se constitue ainsi presque uniquement d’interviews. Il s’agit de présenter aux téléspectateurs des témoignages de croyants sur leur choix de porter des signes religieux et leur rapport à la laïcité. Ces croyants sont de confessions religieuses différentes : le premier est juif, la seconde musulmane et la troisième protestante. 

Les chrétiens sont donc représentés dans le reportage par une protestante. Ce choix peut paraître surprenant, étant donné que le protestantisme est très largement minoritaire au sein du christianisme en France : selon une enquête conduite par l’IFOP pour La Croix en 2006, seuls 2 % des Français se disent protestants contre 65 % qui se disent catholiques. En fait, l’équipe de France 2 qui a réalisé le sujet semble avoir décidé de s’intéresser au rapport à la laïcité des trois principales religions minoritaires (islam, judaïsme et protestantisme) et non à celui de la religion majoritaire, le catholicisme. Du reste, ce dernier a déjà été évoqué à travers la diffusion de la déclaration du cardinal André Vingt-Trois.

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