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La "zone grise" de Primo Levi

Date de diffusion : 06 mars 1999

L’exposition présentée au musée de la Résistance et de la Déportation de Besançon en mars 1999 met en valeur les oeuvres de Primo Levi et sa réflexion sur le fonctionnement de l’univers concentrationnaire. L’écrivain italien a notamment mis en évidence l’existence d’une "zone grise" séparant victimes et bourreaux, qui peut être franchie par certains déportés afin d’assurer leur survie au sein du camp.

Niveaux et disciplines

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Informations et crédits

Type de ressource :
Forme :
Collection :
Production :
INA
Page publiée le :
17 nov. 2016
Modifiée le :
19 sept. 2022
Référence :
00000001832

Contexte historique

Par Emeline VanthuyneProfesseure agrégée d'histoire )

Le premier ouvrage de Primo Levi, Si c'est un homme, publié en 1947, d'abord refusé par de nombreux éditeurs, est devenu un classique de la littérature italienne et un témoignage incontournable pour comprendre la lutte quotidienne des déportés contre la déshumanisation au sein du camp.

Jeune chimiste turinois de 24 ans, réfugié dans le Val d’Aoste, Primo Levi s’engage en 1943 dans une organisation antifasciste et résistante. Les membres du groupe, inexpérimentés, sont arrêtés par la milice italienne en décembre 1943. Interné au camp de Carpi-Fossoli, Primo Levi, d’origine juive, est déporté vers le camp d'Auschwitz en février 1944.

Une série de circonstances favorables va lui permettre d’assurer sa survie au sein du camp. A son arrivée, ses qualités de chimiste le conduisent à intégrer le camp Auschwitz III (Monowitz) et à travailler à l'usine de caoutchouc de Buna (appartenant au groupe industriel IG-Farben). Il doit alors résister aux cadences de travail, à la faim, au froid et aux punitions arbitraires mais bénéficie d’un traitement plus favorable que d’autres déportés du camp. La solidarité d’un autre déporté italien lui permet en outre de bénéficier d’une ration journalière supplémentaire (pain, soupe).

La survie de Primo Levi tient également aux circonstances favorables qui lui ont permis d’échapper aux "marches de la mort" imposées aux 60 000 déportés survivants : évacués vers d’autres camps à pied puis en convois, dans des conditions climatiques extrêmement rigoureuses, plus d’un tiers succomba.

 Primo Levi, quant à lui, atteint par la scarlatine et jugé intransportable, reste à l’intérieur du camp jusqu’à sa libération par les Soviétiques le 27 janvier 1945. Il fait partie des 88 Italiens survivants (sur 7500 Italiens déportés à Auschwitz).

 Commence alors pour lui un long périple pour rejoindre son pays natal et Turin qu’il ne revoit que dix mois plus tard. En 1963, son ouvrage La Trêve raconte les conditions de ce retour qui l’entraîne à travers l’Europe. 

Après guerre, il s’affirme comme un écrivain reconnu, non seulement en publiant témoignage et réflexions sur la Shoah mais aussi en s’illustrant, parfois sous pseudonyme, dans d’autres genres littéraires (poèmes, science fiction). Il poursuit en parallèle sa carrière de chimiste. Supportant de plus en plus difficilement la culpabilité du survivant, il ne cesse pourtant pas de témoigner jusqu’à son suicide survenu le 11 avril 1987.

Éclairage média

Par Emeline VanthuyneProfesseure agrégée d'histoire )

En mars 1999, France 3 Franche Comté consacre un de ses reportages à l'exposition « La zone grise » visible au musée de la résistance et de la déportation situé dans la citadelle de Besançon. Cette installation met moins l’accent sur le récit de la déportation de Primo Levi que sur son travail littéraire ainsi que sur sa réflexion autour de l’univers concentrationnaire.

Le reportage insiste, grâce à une série de plans rapprochés, sur quelques détails d’une scénographie moderne et originale, qui permet aux visiteurs de découvrir de longs extraits des ouvrages de l’écrivain italien, dans un décor très épuré.

Les commissaires d'exposition reviennent sur la notion de « zone grise » développée par Primo Levi dans son dernier ouvrage Les Naufragés et les rescapés paru en 1986, dans lequel l’auteur italien s’interroge sur le prix de la survie au sein des camps et la frontière poreuse entre victimes et bourreaux.

L'organisation du camp repose en effet sur la pression exercée par les nazis et sur la désignation d'auxiliaires choisis parmi les détenus : ils sont alors en charge de la surveillance des autres déportés. Certaines victimes sont ainsi amenées à exercer leur autorité sur les autres et à leur infliger de sévères punitions.

Les pouvoirs ainsi accordés aux chefs de blocks et aux kapos leur confèrent des privilèges nécessaires à leur survie. A l’inverse de ces "rescapés", les "naufragés", qui n’ont pas survécu à l’enfer d’Auschwitz, sont ceux qui, selon Primo Levi, n’ont pas compris assez vite le fonctionnement du système concentrationnaire et ont refusé tout compromis.

L’exposition présentée permet ainsi de faire le lien entre le devoir de mémoire et l’analyse des relations nouées entre êtres humains dans des situations d'oppression extrême, lorsque les conditions de survie sont limitées.

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