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La grève des mineurs du Nord-Pas-de-Calais au printemps 1941

La grève des mineurs du Nord-Pas-de-Calais au printemps 1941

Date de diffusion : 25 mai 2001

A l’occasion du 60e anniversaire de l’événement, un ancien mineur évoque la grande grève des mineurs du Nord-Pas-de-Calais qui éclata le 27 mai 1941 pour protester contre la dégradation des conditions de travail et les exigences croissantes de l’occupant. En quelques jours, la grève s’étend à tous les puits de la région et 100 000 mineurs sont en grève début juin. La répression allemande sera terrible avec 500 mineurs arrêtés et déportés.

Niveaux et disciplines

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Informations et crédits

Type de ressource :
Forme :
Collection :
Production :
INA
Page publiée le :
18 oct. 2018
Modifiée le :
19 sept. 2022
Référence :
00000001910

Contexte historique

Par Fabrice Grenard

Au cours des premiers mois de l’année 1941, les conditions de vie et de travail des mineurs du bassin minier du Nord et du Pas-de-Calais ne cessent de se détériorer dans le contexte d’une occupation allemande particulièrement brutale, du fait du statut particulier de cette région rattachée au commandement militaire de Bruxelles. La crise du ravitaillement laisse entrevoir une véritable disette tandis que  la main-d’œuvre est surexploitée par les compagnies qui poussent au rendement et suppriment les derniers acquis du Front populaire. Le parti communiste clandestin dirigé dans la région par Auguste Lecoeur prend conscience de la montée de la colère ouvrière et décide d’organiser un mouvement de grande ampleur. Il éclate le 27 mai 1941 à la fosse « du Dahomey » à Montigny-en-Gohelle. La grève s’étend ensuite comme une traînée de poudre dans tout le bassin minier : le 4 juin, alors que le mouvement est à son apogée, 100 000 mineurs, soit 80% de l’effectif total, ont cessé le travail.

Si les motifs sont au départ purement revendicatifs (réclamation d’une meilleure alimentation, ralentissement des cadences, dénonciation des brimades dont sont victimes les mineurs), la grève adopte progressivement une tonalité « patriotique ». Elle apparaît comme l’un des premiers grands mouvements de mobilisation contre l’occupation allemande dans la France occupée.

Pour briser le mouvement, les Allemands, assistés par la police française, mettent le bassin minier en état de siège : occupation des fosses, interdiction de circuler, dispersion brutale des manifestants. Les mineurs sont contraints de tous reprendre le travail le 10 juin. La répression est très lourde : 450 condamnations à des peines de prison et déportation de 250 hommes à Sachsenhausen par le premier grand convoi parti de France, en juillet 1941.

Éclairage média

Par Fabrice Grenard

Réalisé à l’occasion du 60ème anniversaire de la grève, ce reportage illustre bien la très forte dimension symbolique de cet événement et sa place importante dans la mémoire ouvrière. Des images sont tournées sur le lieu où tout a commencé, à  Montigny-en-Gohelle, où se trouvait le puits numéro sept, le premier où cessa le travail le 27 mai 1941. Un monument rappelle sur ce site le sacrifice des mineurs. Les dates indiquées (1940-945) sont importantes car elles soulignent une continuité du combat mené par les mineurs et leurs meneurs communistes tout au long de l’occupation. Mais il s’agit également de « gommer » en creux les ambivalences du parti communiste entre son interdiction en septembre 1939 et le tournant de juin 1941 ainsi que l’apathie qui a pu régner au sein des catégories ouvrières au cours des premiers mois de l’Occupation. Les termes utilisés par le témoin interrogé vont dans le même sens, insistant bien sur le fait que les mineurs étaient des « résistants » au printemps 1941 qui écrivaient « une page d’honneur ».

De fait, dans le discours du parti communiste tenu après la guerre, la grande grève de mai-juin 1941 a été utilisée pour montrer que le parti avait toujours résisté et avait été le premier à entreprendre des actions importantes au début de l’Occupation. Etudiant de façon précise et rigoureuse le déroulement de cette grève, plusieurs historiens (Etienne Dejonghe, Yves Le Manner) ont pourtant rappelé que les revendications premières des mineurs étaient avant tout matérielles et que l’appareil du PCF n’avait pas forcément cherché à en faire une « grande grève patriotique », alors que l’attaque de l’URSS par l’Allemagne n’avait pas encore eu lieu et que le parti restait sur la ligne consistant à dénoncer une « guerre anti-impérialiste » et à ne pas s’en prendre directement aux Allemands du fait du pacte germano-soviétique. Au lendemain de la grève, le journal communiste L’Enchaîné du Nord insistait d’ailleurs sur le fait que « les mineurs s’étaient battus pour de meilleurs salaires et un meilleur ravitaillement… ET RIEN D'AUTRE ».

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