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Le colonel Passy évoque la création des services secrets de la France libre en 1940

Date de diffusion : 13 janv. 1971 | Date d'évènement : Juillet 1940

Le colonel Passy (André Dewavrin) témoigne sur la naissance des services secrets de la France libre, dont il a été le chef. Leurs missions étaient de faire du renseignement et d’établir des contacts avec les résistants de métropole.

Niveaux et disciplines

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Informations et crédits

Type de ressource :
Forme :
Collection :
Date de l'évènement :
Juillet 1940
Production :
INA
Page publiée le :
29 oct. 2019
Modifiée le :
19 sept. 2022
Référence :
00000003444

Contexte historique

Par Fabrice Grenard

Alors qu’elle se dote de structures étatiques afin de gagner en légitimité et d’incarner la France qui continue le combat aux côtés des Alliés, la France libre a également besoin de posséder ses propres services secrets. L’objectif est triple pour le général de Gaulle. Il s’agit de pouvoir mener un travail de renseignements sur la situation en France occupée, dont les Français libres sont totalement coupés, d’établir des contacts avec les premières formes de résistance susceptibles de se développer en métropole, d’affirmer une forme de souveraineté enfin en ne laissant pas le champ libre aux seuls services secrets britanniques qui développent des réseaux à la fois pour venir en aide aux soldats et aviateurs piégés sur le sol français mais aussi pour récolter des informations stratégiques cruciales sur la situation des troupes allemandes qui se préparent depuis le nord de la France à attaquer la Grande-Bretagne.

En juillet 1940, de Gaulle confie la tâche de développer les services secrets de la France libre au capitaine André Dewavrin (« Passy »), l’un des premiers (et des rares) officiers à l’avoir rejoint à Londres. Passy constitue avec quelques officiers et sous-officiers un 2ème Bureau au sein du maigre état-major constitué par de Gaulle. L’équipe du 2ème Bureau s’efforce de rédiger, à partir des sources d’informations sur lesquelles elle peut s’appuyer (lettres envoyées de France, interrogatoires de volontaires qui ont quitté la métropole),  des rapports sur la situation en France occupée. Dès l’été 1940, les premiers agents partent également sur le terrain pour développer des réseaux et mener un travail de renseignement.

Le tout premier agent, Jacques Mansion, débarque en Bretagne en juillet 1940. Il retourne en Angleterre en septembre avec des cartes du dispositif militaire allemand le long des côtes bretonnes. Suivent en août trois nouveaux agents, surnommés les « trois mousquetaires » de la France libre : Gilbert Renault, le futur colonel « Rémy », gagne la France via l’Espagne fin août 1940. Il installe en Bretagne un poste radio et crée un réseau de renseignements couvrant la côte atlantique. En novembre 1940, sa rencontre en Dordogne avec Louis de La Bardonnie, propriétaire viticulteur qui a constitué autour de lui un petit groupe de résistants, lui permet de jeter les bases d’une organisation qui deviendra l’un des réseaux les plus importants de la France libre, Confrérie Notre Dame (CND). Maurice Duclos (« Saint-Jacques ») quitte Portsmouth le 3 août 1940 et débarque sur les rives du Calvados. Pendant plusieurs mois, avant de retourner à Londres fin décembre, Duclos sillonne la France et séjourne en Suisse d’où il peut transmettre ses premiers renseignements via le consulat britannique. Le « troisième mousquetaire », Pierre Fourcaud, arrive en France à la fin août 1940 après un périple à travers le Portugal et l’Espagne. Il parcourt la zone sud, recrute des agents à Perpignan, Pau et Marseille, séjourne même à Vichy où il noue des contacts avec des militaires favorables à la préparation d’une guerre de revanche.

Après des débuts difficiles liés à la faiblesse des moyens mais aussi à certaines rivalités avec les Britanniques qui tiennent à contrôler les missions de renseignement et d’actions envoyées en France, les services spéciaux de la France libre évoluent pour se transformer progressivement en une administration puissante, avec de nombreuses sections ayant trait à l’organisation des missions et des actions militaires (section Action), à la préparation des plans à adopter le jour J (section Etudes), à la prise en charge des personnes recherchées en France (section Evasion) jusqu’à la mise en œuvre de missions politiques (section Non militaire). En août 1942, le 2ème Bureau de la France libre est rebaptisé « Bureau central de renseignements et d’action » (BCRA). Transféré à Alger à partir de 1943, le BCRA constituera l’un des instruments majeurs de la France libre pour préparer la Libération en lien avec les Alliés.

Éclairage média

Par Fabrice Grenard

L’émission Les dossiers de l’écran consacrée aux "Espions qui venaient de Londres", émission de télévision dans laquelle le colonel Passy témoigne de son rôle à la tête du BCRA, est diffusée en janvier 1971, soit plus de vingt-cinq ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale. A cette date, les passions développées autour de la période de la Résistance et de l’Occupation sont très largement retombées en France. Les attaques et rumeurs qui ont pu se développer à l’encontre de l’ancien chef des services secrets de la France libre au sortir de la guerre sont désormais oubliées. Ce que l’on nomme « l’affaire Passy » a pourtant très largement défrayé la chronique au lendemain de la Libération, contribuant à ternir le rôle du BCRA entre 1940 et 1944. Accusé de s’être livré à de nombreuses manœuvres et d’avoir dissimulé des fonds importants pour financer le mouvement gaulliste, André Dewavrin est soumis en 1946 à 120 jours d’arrêts de rigueur. Jamais jugé, profondément meurtri par les attaques dont il a été l’objet, Passy écrit ses Mémoires, publiées entre 1947 et 1951, pour vanter son action pendant la guerre et régler ses comptes. Ces ouvrages constituent une source incontournable pour comprendre le fonctionnement et le rôle des services secrets de la France libre entre 1940 et 1944.

S’il évoque dans son témoignage le contexte de la naissance des services secrets de la France libre et leurs premières missions, Passy ne dit rien des très nombreuses difficultés et des échecs rencontrés par le 2ème Bureau qu’il avait pour tâche de développer. L’une des principales erreurs fut notamment de croire que les agents pourraient agir assez facilement en Afrique du Nord, supposée, à tort, être favorable au général de Gaulle. Alors que quatre agents seulement sont envoyés en métropole entre juillet et septembre 1940 (Jacques Mansion, Maurice Duclos, Jacques Fourcaud et Gilbert Renaud), une dizaine d’agents, dont quatre opérateurs radios, sont débarqués en Afrique du Nord au cours de la période. Malgré l’ampleur des moyens engagés, l’opération échoue : les agents sont vite arrêtés et certains traduits en justice par les autorités de Vichy. Cet échec en Afrique du Nord coupe assez durablement la France Libre de cette dernière. Les premières missions en métropole ne permettent pas non plus d’obtenir des résultats immédiats satisfaisants en 1940-1941, comme le montre l’absence de contacts entre Londres et les premiers mouvements qui se constituent en zone sud au cours de cette période.

Enfin, dans son témoignage, Passy laisse entendre qu’une forme de complémentarité existait entre les services secrets britanniques qui avaient besoin de collecter des renseignements en France à des fins stratégiques, dans le contexte de la préparation d’un débarquement allemand en Angleterre, avec les services secrets de la France libre qui se créent en 1940. En réalité, cette création intervient plutôt dans un contexte de rivalités entre de Gaulle et Churchill, le chef de la France libre ne souhaitant pas laisser aux seuls agents britanniques le soin d’opérer des missions de renseignements et de créer des réseaux en France.

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