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Simone Veil évoque la « Marche de la mort »

Date de diffusion : 25 janv. 1995

Alors que les Russes approchent d’Auschwitz où elle est internée, Simone Veil est évacuée le 18 janvier 1945 vers le camp de Dora et connaît  donc les « Marches de la mort ». Elle évoque dans son témoignage les conditions de transports épouvantables, le froid, la faim, la crainte d’être exécutée, mais aussi l’instinct de survie des déportés.  

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Informations et crédits

Type de ressource :
Forme :
Collection :
Production :
France 2
Page publiée le :
13 sept. 2021
Modifiée le :
18 oct. 2022
Référence :
00000004356

Contexte historique

Par Fabrice GrenardAgrégé et docteur en histoire, chef du département Recherche et pédagogie de la Fondation de la Résistance )

Les Marches de la mort trouvent leur origine dans un ordre donné par Hitler le 17 juin 1944 de ne laisser aucun prisonnier tomber vivant dans les mains de l’ennemi. Cet ordre fut donné quelques jours après le débarquement allié en Normandie et le déclenchement de l’offensive d’été de l’Armée rouge en direction de l’Allemagne. Il prévoyait que, en cas d’urgence, le commandant supérieur de la SS et de la police de district puisse disposer des pleins pouvoirs pour décider du sort des camps relevant de leur compétence. Le pouvoir de décision fut ainsi délégué aux acteurs locaux, chargés de choisir le moment opportun pour procéder aux évacuations. Les toutes premières débutent dès l’été 1944 dans les camps situés dans les régions de Kovno et Riga ainsi qu’à Majdanek près de Lublin en Biélorussie du fait de la progression des Soviétiques vers ces secteurs. 

Dans le courant de l’automne 1944, l’évacuation de prisonniers des camps de l’Est en direction des camps de concentration et des centres industriels situés en Allemagne s’accélère, tout en restant relativement organisée, en se faisant par trains et en ne comportant pas encore l’extrême violence des Marches de la mort ultérieures bien que ces transferts s’accompagnent déjà pour ceux qui les ont vécus d’importantes souffrances. C’est à cette période que sont notamment évacués les camps de travail situés dans les États baltes ou le camp de concentration de Natzweiler-Struthof en Alsace.  

Au cours des derniers mois de la guerre, entre janvier et mai 1945 les marches forcées destinées à évacuer les principaux camps de concentration et de mise à mort avant l’arrivée des Alliés se font désormais majoritairement à pied ou par wagons à ciel ouvert et s’inscrivent dans un contexte de brutalité extrême. Elles constituent l’un des événements caractéristiques du crépuscule du Troisième Reich. Des dizaines de milliers de détenus furent obligés de couvrir des distances de plusieurs centaines de kilomètres. Au cours de l’hiver, de grandes opérations d’évacuation visaient à transférer les prisonniers d’Auschwitz et de Gross Rosen vers l’ouest et les camps de Buchenwald, Flossenbürg, Dachau et Sachsenhausen. Au début du printemps, du fait de l’avancée alliée, Buchenwald et Flossenbürg furent évacués à leur tour vers Dachau et Mauthausen.

Aussitôt que les colonnes de prisonniers se mettaient en route, ces évacuations tournèrent à l’hécatombe. Faute de ravitaillement suffisant et du fait des conditions terribles dans lesquelles se développaient les marches, des milliers de prisonniers moururent d’hypothermie, d’inanition et d’épuisement. Les prisonniers étaient entièrement soumis à l’arbitraire des gardiens chargés de les escorter, lesquels pouvaient décider librement de leur sort et prirent l’habitude d’éliminer purement et simplement tous les prisonniers malades, qui avaient du mal à marcher où étaient soupçonnés de vouloir s’évader. 

Les Marches de la mort portent ainsi à leur paroxysme le processus de déshumanisation des prisonniers développé dans le contexte de l’univers concentrationnaire nazi. Alors que les colonnes d’évacués traversaient l’Allemagne et furent donc au contact de la population, de nombreuses scènes témoignèrent de réactions violentes à l’égard des prisonniers de la part des civils qui purent se livrer à des lynchages ou participer à certains massacres. Ces scènes témoignent de l’endoctrinement idéologique d’une partie importante de la population et s’expliquent également par le chaos de violence et de destruction dans lequel se trouve plongée l’Allemagne au cours des derniers mois de la guerre. Constituant le chapitre de conclusion de l’histoire des camps de concentration et de mise à mort, les Marches de la mort représentent aussi le chapitre final du génocide nazi.      

Éclairage média

Par Fabrice GrenardAgrégé et docteur en histoire, chef du département Recherche et pédagogie de la Fondation de la Résistance )

L’expression Marche de la mort semble avoir été inventée par les survivants des évacuations forcées des camps qui avaient la perception que les Allemands voulaient en fait tous les tuer par ces marches. Le phénomène est resté pendant longtemps totalement méconnu, n’occupant pas une place importante dans les ouvrages d’histoire qui ont permis de mieux connaître la Shoah publiés au cours des années 1980-1990. Dans son livre La Destruction des Juifs d’Europe (Gallimard 1988), Raoul Hilberg ne consacre par exemple que quelques pages aux évacuations, se concentrant essentiellement sur celle d’Auschwitz. L’ouvrage que Saul Friedländer a consacré aux années d’extermination (L’Allemagne nazie et les Juifs, vol. 2, Les années d’extermination) ne contient également que quelques pages sur les derniers mois du génocide. 

C’est en fait l’ouvrage de Daniel Goldhagen Les Bourreaux volontaires de Hitler : les Allemands ordinaires et l’holocauste (Seuil 1997), qui a contribué a véritablement faire connaître le phénomène à la fin des années 1990 avec deux chapitres entiers portant sur les Marches de la mort, présentées comme l’un des éléments dans l’éventail des techniques d’assassinat employées par les nazis pour appliquer la Solution finale. L’ouvrage de Goldhagen s’est également accompagné d’importantes polémiques car l’auteur y soulignait les réactions violentes des civils face aux colonnes d’évacués qui témoignaient selon lui de l’antisémitisme et de l’endoctrinement idéologique de la population allemande jusqu’à la toute fin de la guerre.

À partir des années 2000, le phénomène est abordé dans les programmes scolaires et le chapitre sur la Seconde Guerre mondiale comme guerre d’anéantissement qui le présente comme la dernière phase du processus d’extermination des Juifs dans le contexte de l’effondrement du Troisième Reich. 

Lorsque Simone Veil évoque son expérience personnelle en 1995 sur le plateau du journal télévisé de France 2 à l’occasion du 50e anniversaire de la « libération » des camps, les Marches de la mort sont donc encore très mal connues. Arrêtée à Nice en mars 1944 avec sa famille, Simone Jacob est déportée à Auschwitz-Birkenau par le convoi n° 71 du 13 avril 1944. À son arrivée au camp, alors qu’elle n’a que 16 ans, un prisonnier parlant français lui conseille de se dire âgée de 18 ans pour passer la sélection et éviter l’extermination. Elle est mutée dans une annexe d’Auschwitz, le camp de Bobrek, où les détenus se livrent à des travaux forcés consistant à décharger des camions d’énormes blocs de pierre ou à creuser des tranchées. Elle est évacuée de Bobrek le 18 janvier 1945 alors que l’Armée rouge se rapproche des différents camps qui forment le complexe d’Auschwitz-Birkenau. Avec les autres prisonniers, elle est forcée à marcher à pied dans la neige et le froid pendant 70 kilomètres jusqu’à Gleiwitz avant d’être transférée en train jusqu’au camp de Dora puis jusqu'à Bergen-Belsen. Le voyage en train dure huit jours au cours desquels les prisonniers ne reçoivent ni eau (sauf la neige fondue au fond de leur gamelle) ni nourriture. Si Simone Jacob survit à cette marche, sa mère contracte le typhus et meurt en mars à Bergen-Belsen.       

Sur le plateau de France 2, Simone Veil est accompagnée du responsable syndical Henri Krasucki qui a lui aussi connu la déportation à Auschwitz et, en janvier 1945, la Marche de la mort des évacués d’Auschwitz vers Buchenwald.

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