Dossier thématique

Simone Veil, une vie héroïque

Par L'équipe Lumni Enseignement
Publication : 18 oct. 2022 | Mis à jour : 26 oct. 2022

Niveaux et disciplines

Déportée à 16 ans à Auschwitz-Birkenau, survivante des camps de concentration dont ne reviendront ni son père, ni sa mère, ni son frère, Simone Veil s’engagera dans la magistrature puis la vie politique au service de la justice, des droits des femmes, de la santé et de l’Europe. Jusqu’à ses derniers jours, elle se battra pour qu’on n’oublie jamais les victimes de la Shoah.

Ce dossier thématique vous permettra d'aborder avec vos élèves d’histoire et d’enseignement moral et civique (EMC), au collège, mais surtout au lycée, les principaux aspects de la vie de Simone Veil.

Simone Jacob, matricule 78651

Simone Jacob est née le 13 juillet 1927 à Nice. Elle est la dernière des quatre enfants d’André Jacob, architecte, et d’Yvonne Steinmetz. Elle grandit dans une famille aimante, avec ses sœurs, Madeleine et Denise, et son frère, Jean. Une enfance heureuse qu'elle évoque avec tendresse dans cette émission de la collection « Les Grandes Traversées ».

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Déportée à Auschwitz-Birkenau

C’est ensuite et surtout la grande tragédie de sa vie, la déportation en camp de concentration, qu’aborde ce même épisode. Simone Veil raconte son arrestation par les Allemands dans les rues de Nice en mars 1944, son arrivée avec sa mère et sa sœur Madeleine à Auschwitz-Birkenau le 15 avril 1944 et sa mutation en juillet à Bobrek, une annexe d’Auschwitz, où les détenus sont employés aux travaux forcés. Simone Veil se souvient ensuite du jour de son départ d’Auschwitz, le 18 janvier 1945 quand, avec sa mère, sa sœur et des milliers d’autres déportés, elle est entraînée dans une terrible « marche de la mort » par les nazis fuyant l’avancée de l’Armée rouge. Simone Veil se rappelle enfin son retour à Paris, le 23 mai 1945, et la difficulté qu’ont éprouvée les Juifs de retour en France après un tel traumatisme.

Dans son autobiographie, Une vie, publiée en 2007, Simone Veil écrit de ces trois dates, profondément ancrées en elle : Elles constituent les points de repère de ma vie. Je peux oublier beaucoup de choses, mais pas ces dates. Elles demeurent attachées à mon être le plus profond, comme le tatouage 78651 sur la peau de mon bras gauche. À tout jamais, elles sont les traces indélébiles de ce que j’ai vécu.

La « Marche de la mort »

En 1995, invitée sur le plateau du journal télévisé de France 2, Simone Veil raconte cette marche de 70 km effectuée en janvier 1945 à pied, dans un froid glacial, entre le camp de Bobrek-Auschwitz et celui de Gleiwitz, puis dans des wagons jusqu’au camp de Dora et, finalement, Bergen-Belsen.

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Ce témoignage est l’un des premiers à évoquer ces « Marches de la mort », à cette époque encore peu abordées par l’historiographie sur la Shoah. C’est ce que rappelle l’historien Fabrice Grenard, agrégé et docteur en histoire, qui a contextualisé cette archive pour Lumni Enseignement. Au cours des derniers mois de la guerre, entre janvier et mai 1945, les marches forcées destinées à évacuer les principaux camps de concentration et de mise à mort avant l’arrivée des Alliés se font désormais majoritairement à pied ou par wagons à ciel ouvert et s’inscrivent dans un contexte de brutalité extrême. Elles constituent l’un des événements caractéristiques du crépuscule du Troisième Reich.

Si Simone Jacob et sa sœur Madeleine survivent à cette marche, leur mère contracte le typhus et meurt en mars 1945 à Bergen-Belsen.

Après la guerre, la vie

Simone Jacob épouse Antoine Veil en 1946 et entame des études de droit. En 1957, elle est reçue au concours de la magistrature. Commence alors pour elle une brillante carrière au ministère de la Justice, d’abord à la direction de l’administration pénitentiaire, puis, à partir de 1964, à la direction des Affaires civiles.

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En 1970, Simone Veil est nommée Secrétaire générale du Conseil supérieur de la magistrature (CSM). Elle est la première femme à occuper ce poste. Alors qu’elle n’est inscrite à aucun parti politique, le président Valéry Giscard d’Estaing, élu en 1974, l’appelle dans son gouvernement pour occuper le poste de ministre de la Santé.

Le combat pour le droit à l’avortement

À ce titre, elle fait adopter une loi généralisant l’usage de la pilule, qui permet son remboursement par la sécurité sociale et son accès gratuit pour les mineures. Simone Veil s’attelle ensuite au grand chantier de son ministère : la préparation du projet de loi visant à libéraliser l’avortement. Le 26 novembre 1974, la ministre prend la parole à la tribune de l’Assemblée nationale pour défendre son projet. Après son adoption par l’Assemblée nationale, le projet est approuvé par le Sénat.

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Le 17 janvier 1975, la loi est autorisée pour cinq ans. Elle sera rendue définitive par la loi du 31 décembre 1979. Début 1975, alors qu’elle était encore inconnue six mois plus tôt, Simone Veil est devenue une personnalité politique incontournable.

La piste pédagogique écrite par Emeline Vanthuyne, professeure agrégée d'histoire, intitulée « La Loi Veil et son héritage », permet d’approfondir la thématique de la loi Veil sur l’IVG et son impact durable sur la société française.

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Pour mieux poser avec vos élèves le contexte de l'adoption de la loi Veil sur l'IVG, ce dossier thématique revient sur les emblématiques procès de Bobigny de 1972, au cours desquels l'avocate Gisèle Halimi a plaidé pour la dépénalisation de l'avortement.

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Une passion pour l’Europe

Très tôt après son retour des camps de concentration, Simone Veil comprend la nécessité de la réconciliation franco-allemande. L’idéal européen basé sur la paix et la fraternité entre ses peuples devient l’un des principaux combats politiques de sa vie.

Simone Veil mène la liste UDF aux premières élections au suffrage universel direct du Parlement européen, en 1979. Après la victoire de sa liste, elle est élue présidente par la nouvelle assemblée le 17 juin 1979. Le lendemain, elle s’adresse aux parlementaires européens réunis dans l’hémicycle strasbourgeois : Les peuples qui nous ont élus ne nous pardonneraient pas de ne pas savoir assumer cette responsabilité ô combien lourde, mais aussi ô combien exaltante.

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« Vous ne me faites pas peur ! »

C’est lors du dernier meeting de sa campagne électorale pour les élections européennes que survient l’une des scènes les plus célèbres de sa carrière politique. Chahutée par des militants d’extrême droite, dont Jean-Marie Le Pen présent ce soir-là au meeting, Simone Veil ne se démonte pas et leur lance : Vous ne me faites pas peur. Pas peur du tout ! J’ai survécu à bien pire que vous ! Vous n’êtes que des SS aux petits pieds ! 

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Présidente du Parlement européen jusqu’en 1982, Simone Veil restera députée européenne jusqu’en 1993. À cette date, elle retrouve son portefeuille de ministre de la Santé et des affaires sociales (auquel elle adjoint celui de la Ville) dans le nouveau gouvernement formé par Édouard Balladur.

Au Panthéon, l’hommage de la Nation

Membre du Conseil constitutionnel de 1998 à 2007, Simone Veil est une figure morale de la vie politique française.

Elle est élue en 2008 à l’Académie française et y fait son entrée en 2010. Sa mort, survenue le 30 juin 2017, à l’âge de 89 ans, bouleverse les Français. Un an plus tard, le 1er juillet 2018, en compagnie de son époux, décédé le 11 avril 2013, Simone Veil fait son entrée au Panthéon.

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Une cérémonie empreinte d’émotion au cours de laquelle le président Emmanuel Macron prononce un discours dont de nombreux extraits figurent dans cet épisode des « Grandes Traversées ».

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Dans cette émission figure également l’interview de l’historienne Annette Wieviorka, spécialiste de la Shoah, qui revient sur la difficulté qu’avait eue Simone Veil à témoigner à son retour des camps de concentration. On voulait parler, mais on ne voulait pas nous écouter, avait-elle dit un jour dans les médias.

Tout au long de sa vie, Simone Veil n’aura de cesse de travailler à ce que vive le souvenir de la déportation des Juifs. Elle participe aux commémorations, témoigne à la radio et à la télévision, et répond aux questions des écoliers. Entre 2001 et 2007, pour honorer ce devoir de transmission, elle préside la Fondation pour la mémoire de la Shoah.

Pour aller plus loin

  • L’INA dévoile un document jamais publié de l'ancienne ministre : un enregistrement de 5 h 30 réalisé en 2006 avec la Fondation pour la Mémoire de la Shoah et dans lequel elle revient sur sa vie, sa déportation et sa carrière. Ce récit s’inscrit dans un projet initié par Simone Veil elle-même et confié à Dominique Missika : recueillir le témoignage d’une centaine de témoins, déportés et Justes pour préserver leur mémoire.
  • À l’occasion de la publication de ce document exceptionnel, l’INA diffuse également sur toutes les plateformes audio (application RF, Spotify, Apple podcasts) un podcast, Seul l’espoir apaise la douleur (4 x 30 minutes), tiré de l’entretien intégral.
  • Parallèlement à la diffusion de l’intégrale et du podcast, l’INA coédite avec Flammarion un livre, lui aussi titré Seul l’espoir apaise la douleur.

Et aussi

  • Dans le dernier des 5 épisodes des « Grandes Traversées », Simone Veil dialogue avec Ariane Mnouchkine, directrice du Théâtre du Soleil, et Laure Adler, productrice à France Culture.
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  • Pour les collégiens, cet épisode de la collection « Mon fil infographie », proposée par France Télévisions, retrace en un peu plus d’une minute le calvaire de Simone Veil dans les camps de concentration.
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