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Retour sur la rafle des enfants d’Izieu à l’occasion du 70e anniversaire de l’événement

Date de diffusion : 06 avr. 2014

Le 6 avril 1944, à la suite d’une dénonciation, Klaus Barbie ordonne de rafler les enfants juifs qui étaient cachés à la colonie d’Izieu, dans l'Ain. À l’occasion des commémorations des 70 ans de l’événement, l’un des enfants rescapés, Samuel Pintel, revient dans la maison d’Izieu où il a vécu clandestinement au cours de l’hiver 1943-1944 et témoigne de ce qu’il y a vécu.

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Informations et crédits

Type de ressource :
Forme :
Collection :
Production :
France 3 Paris
Page publiée le :
13 sept. 2021
Modifiée le :
19 sept. 2022
Référence :
00000004359

Contexte historique

Par Fabrice GrenardAgrégé et docteur en histoire, chef du département Recherche et pédagogie de la Fondation de la Résistance )

Au cours de l’entre deux-guerres, de nombreuses familles juives originaires d’Europe centrale ont immigré en France, réputée être une terre d’accueil alors que les persécutions antisémites se multiplient dans leurs pays d’origine. Lorsque la France entre en guerre, en septembre 1939, le sort de ces familles se complique car, du fait de leurs origines étrangères, elles sont susceptibles d’être internées. Cette situation s’aggrave encore après la défaite. Le régime de Vichy applique une politique antisémite (adoption d’un statut des juifs dès octobre 1940) en zone sud tandis que, en zone nord, les Allemands procèdent aux premières rafles dès 1941. Dans un tel contexte, beaucoup d’enfants juifs se trouvent dans une situation délicate. Des organismes de secours leur viennent en aide, comme l’OSE (Organisme de secours aux enfants). Ils organisent en zone sud des « home » d’enfants pour recueillir les enfants dont les parents ont été internés ou déportés. Ces maisons d’enfants se développent de façon tout à fait légale et bénéficient souvent de l’aide des autorités locales pour recevoir notamment le ravitaillement nécessaire. 

1942 marque un tournant car le régime de Vichy accepte de livrer aux Allemands 10 000 juifs de la zone sud qui s’ajoutent aux 20 000 juifs de la zone occupée. Si la rafle du Vélodrome d’hiver organisée à Paris est la plus connue, des rafles ont également lieu dans toute la zone sud au cours de l’été 1942. La France constitue le seul pays d’Europe où des juifs sont raflés pour être déportés dans des territoires qui ne sont pas occupés.

Les enfants ne sont pas épargnés, le gouvernement de Vichy ayant demandé aux Allemands de déporter les enfants de moins de 16 ans qui étaient jusqu’alors exclus des convois de déportation. Le premier convoi incluant des enfants part de Drancy en direction d’Auschwitz le 14 août 1942. Les maisons d’enfants de la zone sud ne sont donc plus des refuges sûrs et doivent être dispersées.

En novembre 1942, la zone sud est occupée. Les Allemands accordent à leurs alliés italiens leur propre zone d’occupation dans le sud-est de la France. Dès lors que les Italiens ne se livrent à aucune arrestation ni déportation, leur zone d’occupation devient un « refuge » pour les Juifs traqués dans tout le reste de la France. Dans l’Aube où les rafles s’intensifient avec l’arrivée des Allemands en novembre 1942, Sabine Zlatin, juive polonaise réfugiée en France et infirmière de la Croix-Rouge, qui dirige une maison d’enfants à Palavas-les-Flots, cherche un moyen d’éloigner des menaces qui pèsent sur eux les enfants dont elle a la charge. Un contact à la préfecture de l’Hérault la met en relation avec le sous-préfet de Belley dans l’Ain, Pierre Marcel Wiltzer, qui propose de créer une colonie d’enfants au hameau de Lélinaz, à l’entrée d’Izieu, un petit village perché au-dessus d’un bras du Rhône, à la frontière de l’Ain, l’Isère et la Savoie, et qui se trouve en zone d’occupation italienne. Ici vous serez tranquille, déclare Pierre-Marcel Wiltzer à Sabine Zlatin. 

La colonie se développe de façon légale, avec l’appui de la sous-préfecture de Belley, et tisse d’importants liens avec les habitants et les institutions locales. Elle accueille une centaine d’enfants qui sont en sécurité jusqu’en septembre 1943, lorsque les Allemands prennent le contrôle de la zone d’occupation italienne à la suite de l’armistice signé entre Badoglio et les Alliés. La colonie doit désormais s’entourer de précautions nouvelles et Sabine Zlatin, qui sent l’étau se resserrer autour des enfants, cherche un moyen de les disperser. Mais, à la suite d’une dénonciation, les troupes de la Gestapo dirigées par Klaus Barbie investissent la colonie  le 6 avril 1944. Ils arrêtent les 44 enfants qui  s’y trouvaient ce jour-là et les 7 adultes qui les encadraient. Absente le jour de la rafle, Sabine Zlatin échappe à l’arrestation. Les enfants seront déportés et exterminés à Auschwitz, à l’exception des deux plus âgés, déportés et assassinés à Tallinn. Six des adultes qui les encadraient subirent le même sort.   

Éclairage média

Par Fabrice GrenardAgrégé et docteur en histoire, chef du département Recherche et pédagogie de la Fondation de la Résistance )

Ce reportage est diffusé le 6 avril 2014 au journal télévisé de France 2 à l’occasion des commémorations des 70 ans de la rafle dirigée par Klaus Barbie à la maison d’Izieu. Cette rafle fut, avec la rafle de l’UGIF (Union générale des Israélites de France) le 9 février 1943 et le dernier convoi ayant quitté Lyon pour Auschwitz le 11 août 1944, l’un des trois principaux éléments de l’accusation au procès de Klaus Barbie organisé à Lyon en 1987, le premier procès tenu en France pour crime contre l’humanité. Cela explique que l’histoire des enfants d’Izieu ait, depuis ce procès Barbie, largement attiré l’attention des journalistes, historiens ou réalisateurs. 

Les images nous montrent les bâtiments qui ont servi à accueillir la colonie de Sabine Zlatin en 1943-1944 et qui sont aujourd’hui devenus un mémorial. C’est à la suite du procès de Klaus Barbie que s’est constituée, à l’initiative de Sabine Zlatin et de Pierre-Marcel Wiltzer, une association dont l’objectif était de se porter acquéreur de la maison pour y créer un mémorial à la mémoire des enfants d’Izieu. François Mitterrand, alors président de la République, soutiendra activement l’initiative. Le mémorial  a été inauguré en sa présence le 24 avril 1994. Après le Vélodrome d’hiver et le Camp de Gurs, la maison d’Izieu est le troisième lieu de la Mémoire nationale des victimes des persécutions racistes et antisémites et des crimes contre l’humanité commis avec la complicité du gouvernement de Vichy. Comme le montrent les images du reportage, le visiteur peut notamment y découvrir au premier étage la salle de classe qui était fréquentée par les enfants de la colonie. Il s’agit du musée le plus visité du département de l’Ain avec une moyenne de 26 000 visiteurs par an. 

Le témoignage de Samuel Pintel, âgé de 6 ans et demi en 1944 et qui a fréquenté la colonie d’Izieu avant de la quitter quelques mois avant la rafle du 6 avril, est particulièrement intéressant sur les précautions qui étaient prises pour tenter d’assurer la sécurité des enfants et cacher leurs origines juives. Le jeune Samuel avait eu pour consigne de ne pas dire qu’il était juif. Il était ainsi persuadé être le seul juif de la colonie car tous les enfants avaient reçu la même consigne et n’en parlait donc jamais entre eux. L’historien Pierre-Jérôme Biscarat insiste pour sa part sur la brutalité de la rafle (les Allemands font irruption dans le réfectoire alors que les enfants étaient en train de manger, ils les jettent dans des camions comme des sacs de pomme de terre). Cette violence et cette brutalité dont Barbie et ses hommes étaient coutumiers choquent d’autant plus que les personnes arrêtées étaient des enfants.

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