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Le dernier wagon de déportés ayant quitté la région parisienne le 17 août 1944

Date de diffusion : 17 août 2014

Alors que les Allemands ont déjà commencé à évacuer Paris à l’approche des troupes alliées, Aloïs Brunner, le chef du camp de Drancy, organise le 17 août 1944 un dernier convoi en partance de la gare de Bobigny pour déporter 51 personnes parmi lesquelles figuraient des personnalités comme Marcel Bloch (Dassault). 

Niveaux et disciplines

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Informations et crédits

Type de ressource :
Forme :
Collection :
Production :
France 3 Paris
Page publiée le :
13 sept. 2021
Modifiée le :
19 sept. 2022
Référence :
00000004362

Contexte historique

Par Fabrice GrenardAgrégé et docteur en histoire, chef du département Recherche et pédagogie de la Fondation de la Résistance )

La politique de répression et de déportation allemande connaît son paroxysme au cours de l’été 1944, dans les semaines qui suivent le débarquement allié en Normandie. Parce qu’ils ne veulent pas voir leurs prisonniers libérés par les Alliés, les Allemands multiplient les exécutions et massacres sauvages tout en intensifiant également les convois à destination du Reich pour évacuer les prisons et centres d’internement situés sur le sol français en juin et juillet 1944.

Avec la percée d’Avranches fin juillet 1944, les Alliés entament leur progression vers l’Est, en direction de Paris, compromettant ainsi le sort des nombreux prisonniers aux mains des Allemands dans les nombreux lieux de détention qui se trouvent dans la capitale et sa périphérie. Pour éviter des massacres comme ceux que les Allemands ont déjà pu perpétrés ailleurs, le consul de Suède Raoul Nordling et le directeur de la Croix-Rouge française Rohan-Chabot tentent de négocier avec le général von Choltitz qui dirige la garnison allemande de Paris la libération de 3245 prisonniers internés en région parisienne. Un accord est conclu le 17 août 1944 permettant de transférer de la Wehrmacht aux autorités françaises l’autorité sur l’ensemble des camps de prisonniers. Mais la SS et les services du SD refusent cet accord et décident de continuer les déportations depuis les camps qui ont été placés sous leur contrôle, ce qui est le cas notamment du camp de Royallieu à Compiègne, seul camp en France dépendant exclusivement de l’administration allemande et qui sert de camp de concentration pour les résistants, les juifs, les opposants politiques mais aussi les otages et les civils pris dans des rafles, ainsi que de camp de transit pour les convois de déportations vers le Reich.

Dans l’après-midi du 17 août 1944, des prisonniers de Royallieu sont sortis du camp et transportés à bord de camions jusqu’aux environs de Rethondes où, en pleine forêt, ils sont entassés dans des wagons à bestiaux. Avertis du départ imminent de ce convoi de prisonniers, Raoul Nordling et Jacques de Rohan-Chabot tentent d’intervenir en rappelant l’accord obtenu le même jour avec von Choltitz. Mais les SS refusent toute négociation et le train quitte la forêt de Compiègne le 18 août au matin. 1 249 hommes aux profils divers (résistants ayant participé à des réseaux ou mouvements, membres des FTP et FFI, personnalités politiques, otages, juifs) composent ce convoi n° 79, qui sera le dernier en partance de Compiègne vers les camps nazis.

À Drancy, le SS Aloïs Brunner s’acharne à déporter jusqu’au bout les juifs internés dans son camp alors que l’insurrection est sur le point d’éclater à Paris et que les Alliés se rapprochent de la capitale. Alors qu’il est sur le point d’évacuer le camp de Drancy avec ses hommes, il profite du convoi n° 79 en partance de Compiègne pour y intégrer 51 juifs, parmi lesquelles figurent plusieurs personnalités comme Marc Bloch-Dassault. Il réquisitionne trois wagons de batterie DCA pour que les SS puissent quitter Drancy avec leurs 51 prisonniers depuis la gare de Bobigny et rejoindre le convoi en partance de Compiègne. Le camp de Drancy est libéré le lendemain, 18 août, juste après le départ des SS. Il reste alors 1467 personnes qui n’ont pas été déportées.

Le convoi connait un trajet difficile jusqu’à la frontière allemande du fait des destructions de voies provoquées par les sabotages de la résistance ou les bombardements alliés. Dans la nuit du 18 au 19 août 1944, une quinzaine de prisonniers réussissent à s’échapper à la faveur d’un arrêt du convoi à Morcourt dans l’Aisne. Le convoi arrive finalement à Buchenwald le 22 août 1944. Tous les déportés sont mobilisés en faveur de l’effort de guerre allemand en rejoignant des Kommandos de travail. Seule la moitié environ des personnes déportées par cet ultime convoi rentrera de déportation à la fin de la guerre. Sur les 51 juifs ayant rejoint le convoi n° 79 depuis Drancy 35 seulement reviendront après la guerre, dont quatre femmes.

Éclairage média

Par Fabrice GrenardAgrégé et docteur en histoire, chef du département Recherche et pédagogie de la Fondation de la Résistance )

Le journaliste présentant le reportage parle depuis la gare désaffectée de Bobigny et les voies qui la longent. Du fait de son rôle sous l’Occupation, le bâtiment a été inscrit à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques en janvier 2005. Les internés de Drancy, rassemblés en cet endroit en vue de leur déportation vers Auschwitz, partaient en réalité non pas de cette gare même mais de la halle aux marchandises qui est située en face de la gare. Les 42 convois de déportation de Drancy partis du 27 mars 1942 au 23 juin 1943 sont partis de la gare du Bourget. Les 21 convois du 18 juillet 1943 au 17 août 1944 partent de Bobigny. Au total, environ 63 000 juifs ont été déportés depuis Drancy entre 1942 et 1944 selon les calculs de Serge Klarsfeld.

S’il est centré sur le dernier convoi en partance de Drancy le 17 août 1944, le reportage évoque également, avec des images d’archives tournées lors de la découverte des corps des personnes exécutées, un autre événement qui montre la violence de la répression allemande jusqu’aux tous derniers jours de l’occupation. Il s’agit du massacre perpétré au fort de Romainville, utilisé par les Allemands pour y internés différentes catégories de personnes qui servaient de réserve permanente d’otages. Comme Drancy ou Compiègne, le fort de Romainville avait pour spécificité d’être uniquement sous administration allemande. Administré dans un premier temps par la Wehrmacht, le fort passe ensuite sous le contrôle des SS à partir de juin 1943. Il a surtout servi de lieu de transit vers les camps de concentration et lieu d’exécution, comme le Mont-Valérien. Neuf hommes et deux femmes y furent exécutés le 20 août 1944 par des troupes auxiliaires de l’armée allemande, quelques heures avant qu’elles ne quittent les lieux. Leurs corps seront découverts au matin du 21 août 1944. Les photographies des suppliciés qui furent publiées dans la presse redevenue libre provoquèrent une grande émotion. Les images d’archives filmées utilisées dans le reportage ont été tournées par une équipe du CLCF (Comité de libération du cinéma français) le 21 août 1944 pour être projetées dans les salles parisiennes quelques semaines plus tard. Les photos du massacre de Romainville furent également utilisées dans le cadre d’une exposition présentée au cours de l’été 1945 au Grand Palais à Paris intitulée  Crimes hitlériens ».       

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