vidéo

La France reconnaît l'assassinat du militant nationaliste Ali Boumendjel

Date de diffusion : 03 mars 2021

Suivant la recommandation émise par l’historien Benjamin Stora dans son rapport sur la mémoire de la guerre d’Algérie, le président de la République Emmanuel Macron reconnaît, le 2 mars 2021, l’assassinat par l’armée française de l’avocat nationaliste algérien Ali Boumendjel en 1957. Son petit-fils salue cette décision. Cet assassinat avait été reconnu en 2000 par le général Paul Aussaresses. 

Niveaux et disciplines

Ressources pédagogiques utilisant ce média

Informations et crédits

Type de ressource :
Forme :
Production :
France Télévisions
Page publiée le :
01 mars 2022
Modifiée le :
19 sept. 2022
Référence :
00000004466

Contexte historique

Par Christophe GracieuxProfesseur agrégé en classes préparatoires littéraires au lycée Watteau (Valenciennes) )

Le 20 janvier 2021, l’historien Benjamin Stora remet à Emmanuel Macron un rapport sur la mémoire de la colonisation et de la guerre d’Algérie. Dans ce rapport, il propose d’apaiser les tensions entre la France et l’Algérie autour de la mémoire de ce conflit. 

Pour ce faire, Benjamin Stora juge notamment nécessaires que soient adoptés des gestes à caractères symboliques et politiques (…) touchant en particulier les personnalités politiques du nationalisme algérien, assassinées (p. 90-91 du rapport Les questions mémorielles portant sur la colonisation et la mémoire de la guerre d’Algérie). Il propose ainsi la reconnaissance par la France de l’assassinat de l’avocat nationaliste algérien Ali Boumendjel, assassiné par l’armée française au cours de la bataille d’Alger en juin 1957. Benjamin Stora estime que cette reconnaissance d’assassinat marquerait un pas supplémentaire dans le fait de regarder en face ce passé colonial

Né en 1919, Ali Boumendjel, devenu avocat, s’est engagé dans le mouvement nationaliste algérien. Il a ainsi adhéré à l’Union démocratique du manifeste algérien fondée par Ferhat Abbas en 1946. Favorable à l’indépendance algérienne, cet avocat pacifiste a notamment prononcé un discours remarqué au congrès de la Paix d’Helsinki, en juin 1955, sept mois après le début de la guerre d’Algérie. Le 9 février 1957, Ali Boumendjel est arrêté par des soldats français pendant la bataille d’Alger. Détenu durant un mois et demi, torturé, il est ensuite assassiné le 23 mars 1957 sur ordre de l’officier français Paul Aussaresses. Plus tard, en 2001, celui-ci avoue dans ses mémoires (Services spéciaux. Algérie 1955-1957. Mon témoignage sur la torture, Perrin) avoir donné l’ordre à un soldat de le tuer et de maquiller son assassinat en suicide par défenestration. Dès l’annonce de la mort d’Ali Boumendjel, plusieurs intellectuels se sont employés à essayer de connaître la vérité. Ne croyant pas à la version de son suicide, son ancien professeur à la Faculté de droit d’Alger, le gaulliste René Capitant, a ainsi rendu publique une lettre au ministre de l’Éducation nationale René Billères : il y annonçait sa décision de suspendre son cours de droit en raison du recours à la torture contre les Algériens par l’armée française.

Prenant donc acte de la préconisation de Benjamin Stora, le président de la République Emmanuel Macron reconnaît dès le 2 mars 2021 la responsabilité de la France dans l’assassinat d’Ali Boumendjel. Dans un communiqué, il affirme au nom de la France que le militant nationaliste algérien a bien été torturé puis assassiné le 23 mars 1957, après avoir été arrêté par l’armée française et placé au secret. Ce même 2 mars 2021, Emmanuel Macron reçoit au Palais de l’Élysée quatre petits-enfants d’Ali Boumendjel. Selon les termes du communiqué de la présidence de la République, il les a réunis pour leur dire, au nom de la France ce que Malika Boumendjel [la veuve d’Ali, décédée en 2020] aurait voulu entendre : Ali Boumendjel ne s’est pas suicidé. Il a été torturé puis assassiné. Et le communiqué d’appeler à ce que la génération des petits-enfants d’Ali Boumendjel puisse construire son destin, loin des deux ornières que sont l’amnésie et le ressentiment, C’est pour eux désormais, pour la jeunesse française et algérienne, qu’il nous faut avancer sur la voie de la vérité, la seule qui puisse conduire à la réconciliation des mémoires.

La reconnaissance par Emmanuel Macron de l’assassinat d’Ali Boumendjel répond en quelque sorte à celle qu’il avait déjà faite à propos de Maurice Audin. Le 13 septembre 2018, le président de la République avait en effet reconnu pour la première fois la responsabilité de l’État français dans la mort de Maurice Audin : ce jeune enseignant de mathématiques, disparu le 11 juin 1957, lui aussi pendant la bataille d’Alger, avait également été torturé puis exécuté ou torturé à mort par des militaires qui l’avaient arrêté.

Éclairage média

Par Christophe GracieuxProfesseur agrégé en classes préparatoires littéraires au lycée Watteau (Valenciennes) )

Diffusé le 3 mars 2021 dans le journal télévisé de vingt heures de France 2, ce reportage composé d’images factuelles, d’images d’archives et d’extraits d’interviews est consacré à la reconnaissance par l’État français de l’assassinat du nationaliste algérien Ali Boumendjel par l’armée française en 1957.

La veille, le président de la République Emmanuel Macron a en effet annoncé cette reconnaissance. Celle-ci a été faite dans un communiqué diffusé par la présidence de la République. Ce communiqué est présenté dans le reportage de France 2 et son passage le plus emblématique en est extrait et surligné (Au cœur de la bataille d’Alger, il fut arrêté par l’armée française, placé au secret, torturé, puis assassiné le 23 mars 1957). La forme choisie rappelle celle qu’Emmanuel Macron avait déjà adoptée en septembre 2018 lorsqu’il avait reconnu la responsabilité de la France dans la mort du mathématicien Maurice Audin, également en 1957, également lors de la bataille d’Alger. De même, comme pour Maurice Audin, Emmanuel Macron a préféré pour Ali Boumendjel de ne pas faire de cérémonie officielle avec un discours solennel. Dans les deux cas, il a cherché à associer leur famille. Dans le cas de Maurice Audin, Emmanuel Macron s’était rendu en personne, en septembre 2018, au domicile de sa veuve pour lui remettre sa déclaration en main propre. Dans le cas d’Ali Boumendjel, il a choisi de recevoir ses petits-fils au palais de l’Élysée. Des photographies prises par la photographe officielle d’Emmanuel Macron, Soazig de la Moissonnière, sont d’ailleurs présentées dans le reportage. Aucun journaliste n’a ainsi assisté à cette rencontre. Le choix d’une forme discrète pour la reconnaissance de la responsabilité de l’État français dans la mort d’Ali Boumendjel, comme dans celle de Maurice Audin, est probablement due à la volonté d’Emmanuel Macron de d’abord reconnaître le long combat de ces familles. Il s’agit aussi peut-être d’éviter de raviver les conflits mémoriels autour de la guerre d’Algérie. 

Si le sujet de France 2 ne montre qu’une seule image d’Ali Boumendjel – une photographie d’identité –, il présente plusieurs images d’archives filmées pendant la guerre d’Algérie, notamment en 1957 lors de la bataille d’Alger, lors de laquelle cet avocat nationaliste a été assassiné. Il comporte également un extrait de l’entretien que le général Paul Aussaresses avait accordé le 23 novembre 2000 au présentateur du journal télévisé de vingt heures de France 2, Claude Sérillon. Dans cet entretien, l’ancien coordinateur des services de renseignement lors de la bataille d’Alger avait témoigné des pratiques de la torture et reconnu avoir lui-même procédé à l’exécution de vingt-quatre Algériens.

Bibliographie

  • Rahal Malika, Ali Boumendjel. Une affaire française, une histoire algérienne, Les Belles Lettres, 2010.
  • Stora Benjamin, La Gangrène et l’oubli, La Découverte, 1991.

Lieux

Thèmes

Sur le même thème

Sur le même thème