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La commission Vérité et Réconciliation en Afrique du Sud

Date de diffusion : 08 nov. 1997

Ce reportage enquête sur la commission Vérité et Réconciliation, mise en place en 1995 en Afrique du Sud pour juger les crimes de l’apartheid. Il s’appuie principalement sur les témoignages d’une victime et deux bourreaux.

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Type de ressource :
Forme :
Collection :
Page publiée le :
23 juin 2022
Modifiée le :
19 sept. 2022
Référence :
00000004606

Contexte historique

Par Nicolas LepoutreProfesseur agrégé d'Histoire au lycée Guy de Maupassant de Colombes )

Une fois libéré de prison en 1990, Nelson Mandela s’attache à négocier une sortie pacifique du système de l’apartheid (conclue en 1994 avec l’organisation des premières élections libres qui le portent à la présidence) puis à réconcilier la nation sud-africaine. Pour ce faire, il manie non seulement habilement les symboles (à l’instar de son soutien aux Springboks, l’équipe de rugby nationale pourtant majoritairement composée de Blancs) mais met surtout en place la célèbre commission Vérité et Réconciliation (1995). Présidée par l’archevêque Desmond Tutu, prix Nobel de la paix en 1984, cette instance s’appuie sur l’idée de justice « restaurative ». Il s’agit de permettre un dialogue entre victimes et bourreaux et ainsi à la fois de faire émerger la vérité et de réconcilier le pays. Concrètement, les personnes victimes de crimes politiques durant l’apartheid peuvent venir témoigner devant la commission ; ceux qui ont commis ces crimes sont également invités à s’exprimer et peuvent éventuellement obtenir l’amnistie à condition de dévoiler toute la vérité. 

Cette procédure a parfois été critiquée puisque certains coupables de crimes graves ont été partiellement ou totalement amnistiés : c’est le cas de certains chefs de l’unité C1 (puis C10) Vlakplaas, une unité contre-insurrectionnelle qui s’est illustrée par ses assassinats de militants anti-apartheid. Par ailleurs, certains bourreaux n’expriment quasiment aucun remords (comme dans le cas des deux membres de l’unité Vlakplaas interrogés dans la vidéo). Pour autant, au-delà de l’incontestable succès médiatique des audiences de la commission, cette dernière est généralement considérée comme une réussite. De très nombreuses victimes ont pu témoigner et être reconnues comme telles, de nombreux bourreaux ont également participé et permis à la vérité d’émerger (environ 2 000 d’entre eux obtenant finalement l’amnistie sur un total d’un peu plus de 7 000 demandes). 

Éclairage média

Par Nicolas LepoutreProfesseur agrégé d'Histoire au lycée Guy de Maupassant de Colombes )

À l’occasion d’une enquête au long cours sur l’Afrique du Sud, France 2 s’intéresse à la commission Vérité et Réconciliation (qui est mise en place en 1995 et dont la première audience se tient en 1996). Tout en présentant quelques éléments généraux sur la commission, le reportage s’intéresse principalement à une victime : le révérend anglican néo-zélandais Michael Lapsley. À bien des égards, ce dernier illustre toute la dimension criminelle du régime de l’apartheid : il se décrit comme complètement innocent (un religieux qui prêchait contre l’apartheid auprès de ses coreligionnaires et qui est lâchement visé par une lettre piégée après le début des réformes), ses graves mutilations (notamment ses deux mains remplacées par des prothèses en forme de crochet) sont très apparentes et il tient un discours globalement pacifique en 1997 tout en apportant une aide psychologique aux autres victimes. Son témoignage achevé, l’enquête montre qu’il ne s’agit pas d’un cas isolé et expose la multiplicité des crimes commis, décrivant l’apartheid comme la cruauté humaine érigée en système politique.

Les récits ou images de violence puis de douleur des victimes de la première partie du reportage contrastent fortement avec la seconde, qui s’intéresse cette fois-ci à deux bourreaux. Le journaliste semble remettre en cause la sincérité de la participation de ces deux membres de la Vlakplaas en annonçant au préalable qu’ils témoignent par conviction, ou par intérêt. Ce scepticisme s’éclaire par le nombre de meurtres qu’ils ont reconnu (41) et surtout par les deux entretiens qui s’ensuivent : le premier accusé annonce qu’il croit, au présent de l’indicatif, au système de l’apartheid avant de se reprendre sur l’insistance d’un journaliste et les deux se dédouanent de toute responsabilité. C’est sur cette question de l’absence de remords que se clôt le reportage, laissant au spectateur une vision très mitigée de la commission.

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