Dossier thématique

Géopolitique de la mer

Par L'équipe Lumni Enseignement
Publication : 30 sept. 2022 | Mis à jour : 24 oct. 2022

Niveaux et disciplines

La mer est l’espace géographique le plus important de la Terre, couvrant 70 % de sa surface. Une immense masse d’eau salée d’un seul tenant désignée sous le terme d’océan mondial, que les géographes ont découpée par commodité en cinq espaces (Atlantique, Pacifique, Indien, Austral, Arctique). Envisagée sous l’angle de la géopolitique, la question maritime recoupe plusieurs domaines.

Ce dossier thématique vous permettra d'aborder avec vos élèves plusieurs sujets en lien avec la géopolitique de la mer : le commerce mondial ; les rivalités autour de certaines régions riches en ressources, comme l’Arctique ; les nouveaux enjeux de puissance au cœur de régions maritimes, comme l’Indo-Pacifique ; la question stratégique de la mer comme espace de déploiement du numérique, à travers l’exemple des câbles sous-marins. Enfin, la question des migrations humaines sera évoquée à travers l’exemple des sauvetages en mer de l’Aquarius entre 2016 et 2018 et des réticences de certains pays européens à accueillir dans ses ports les migrants.

La mer, un espace essentiel au commerce mondial

Bien qu’étant un milieu souvent hostile à la vie humaine, la mer a été sillonnée par de nombreuses civilisations (comme la Grèce antique, les Vikings, l’Islam et la Chine médiévale…). Il faut cependant attendre la fin du XVe siècle pour que les Européens, aidés par les progrès techniques de la construction navale et la maîtrise des outils de navigation, commencent à explorer systématiquement l’océan.

Les deux routes ouvertes par Christophe Colomb (découverte de l’Amérique en 1492) et Vasco de Gama (découverte de l’Inde en 1498) vont marquer le début d’une conquête des océans qui va permettre de relier commercialement l’ensemble de la planète dès la fin du XVIIIe siècle. Les inaugurations du canal de Suez, en 1869, et du canal de Panama, en 1914, permettent encore d’amplifier les échanges maritimes.

Les navires n’auront de cesse de transporter plus de marchandises, de 3 000 tonnes en moyenne en 1900 à 300 000 tonnes en 2000, ce qui permet d’abaisser les coûts et de placer le transport maritime très loin devant ses autres concurrents avec, aujourd’hui, près de 85 % du commerce mondial. Des flux qui se déplacent, ces dernières décennies, toujours plus vers l’Asie. En 2016, sur les 20 plus grands ports mondiaux de commerce, 15 sont asiatiques et 9 sont chinois.

     

Le rôle stratégique des détroits

Si l’Asie orientale est aujourd’hui l’épicentre du trafic maritime global, les routes commerciales mondiales sont étroitement dépendantes des États qui bordent les verrous de la mer, ces points de passage obligatoires pour les navires, comme Malacca (qui concentre 15 à 20 % du commerce mondial), Suez, Ormuz ou Bab el-Mandeb. Des nœuds de communication stratégiques qui peuvent être également la proie de convoitises de la part d’acteurs non étatiques, comme l’a illustré la multiplication d’actes de piraterie dans le golfe d’Aden entre la fin des années 2000 et le milieu des années 2010.

En 2019, l’émission « Dessous des cartes », sur Arte, abordait cette géopolitique du commerce maritime avec l’épisode « Commerce, la conquête des océans ».

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Un espace fragile et convoité

Bien qu’étant un milieu particulièrement fragilisé par le réchauffement climatique, l’océan est également un espace convoité pour ses richesses (halieutiques, minières, ressources en hydrocarbures).

La piste pédagogique de Marie Metge, professeure agrégée de géographie, développe ces questions à travers une étude de la région Arctique, autour d’un document de RFI diffusé en 2019 et consacré à la question (« L'Arctique, nouvelle terre de conquête »).

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L’Arctique, région riche en ressources halieutiques, ainsi qu’en pétrole et en gaz, attise la convoitise de ses huit pays riverains (Canada, Danemark, États-Unis, Finlande, Islande, Norvège, Russie et Suède) qui se disputent des espaces maritimes en revendiquant une extension de leur Zone économique exclusive (ZEE), ou en remettant en cause les frontières entre ZEE.

De plus, cet espace, fragilisé par la fonte des glaces liée au réchauffement climatique, est convoité par les transporteurs maritimes qui y voient l’opportunité de nouvelles routes commerciales. À l’heure actuelle, le manque d’installations portuaires sur la côte russe et l’encombrement en glaces de ces routes une grande partie de l’année entravent cependant le développement de ces voies alternatives de navigation.

Protection de la nature

À côté de cet aspect « utilitariste » de l’Arctique, porté notamment par les États-Unis et la Chine, pays non riverain mais largement présent dans la région, l’Arctique est également au cœur des enjeux de protection de la nature, une mission à laquelle s’attelle le Conseil de l’Arctique, fondé en 1996 par la Déclaration d’Ottawa.

Regroupant les 8 États riverains de la région, 6 organisations de peuples autochtones, 12 États observateurs et 20 organisations gouvernementales ou non gouvernementales, le Conseil de l’Arctique s’attache à promouvoir les aspects environnementaux, économiques et sociaux du développement durable de la région.

L’Indo-Pacifique, un espace de confrontation entre grandes puissances

Comme l’explique Marie Metge, professeure agrégée de géographie, dans sa piste pédagogique consacrée à la question, l’Indo-Pacifique est d’abord une notion géographique, qui comprend l’espace allant de la côte Est de l’Afrique à l’océan Pacifique. C’est ensuite une notion économique, qui reflète la position nouvelle de l’Asie de l’Est, et plus particulièrement de la Chine, comme cœur de la mondialisation.

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Rivalité sino-américaine

Sous la plume de chercheurs en géopolitique, notamment anglo-saxons, comme l’Australien Rory Medcalf, l’Indo-Pacifique traduit également, sur les plans sécuritaire et diplomatique, les tensions dans une région marquée par la montée en puissance sur la scène internationale de la Chine et de l’Inde et la volonté des États-Unis de conserver leur rôle central dans la zone.

Ainsi, à la stratégie chinoise du « collier de perles » , qui voit Pékin amorcer dans les années 2000 un expansionnisme portuaire dans l’Indo-Pacifique, répond le « pivot » diplomatique vers l’Asie annoncé par l’administration Obama en 2011, une politique confirmée sous les administrations Trump et Biden. L’Indo-Pacifique est donc cet espace géographique où se matérialise la rivalité sino-américaine.

La mer, au cœur des communications numériques

En 2017, Arte consacrait un numéro de son émission « Le Dessous des Cartes » à la géopolitique des communications sous-marines, avec l’épisode « Câbles sous-marins : la guerre invisible ».

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Depuis le tout premier câble sous-marin télégraphique posé en 1851 entre la France et le Royaume-Uni, reliant le cap Gris-Nez à Douvres, le développement des télécommunications s’est accompagné d’un accroissement continu de la pose de ces infrastructures hautement stratégiques. Dès 1858, les deux rives de l’Atlantique sont reliées entre elles par un câble sous-marin télégraphique, puis c’est au tour des deux rives du Pacifique, en 1902, d’être connectées entre elles.

Il faut attendre 1956 pour voir la pose, au fond de l’Atlantique, du premier câble téléphonique et, enfin, 1988 pour assister à la pose, toujours dans l’Atlantique, du premier câble à fibre optique, reliant la France, le Royaume-Uni et les États-Unis. Ces infrastructures, de longueur tout à fait variable, peuvent aller d’une trentaine de kilomètres pour le câble Ulysse entre Calais et Douvres, à plus de 30 000 km pour les câbles transpacifiques.

Sécurité numérique

Si la question des câbles sous-marins relève de la géopolitique, c’est qu’ils sont essentiels aux communications mondiales. Ainsi, en 2017, les 428 câbles répartis au fond des mers du globe assuraient 99 % du transport de nos données numériques (moins de 0,4 % passant par les satellites) et généraient un marché annuel de près de 2 milliards de dollars, marché contrôlé par quelques grands opérateurs de pose, comme le Français Alcatel Submarine Networks, l’Américain TE Subcom, le Japonais NEC ou le Chinois Hengtong (qui a racheté en 2019 la filiale dédiée aux câbles sous-marins du groupe Huawei, lui aussi chinois).

Même si les constructeurs de câbles ne sont pas américains, les États-Unis, inspirateurs d’Internet dans les années 1970 et depuis longtemps au centre des communications mondiales, demeurent au cœur de ces échanges : en 2017, selon l’Agence nationale de sécurité américaine (NSA), 80 % des flux de données transitaient encore par les États-Unis. Une maîtrise américaine illustrée par le scandale des écoutes de la NSA, affaire révélée en 2013 par Edward Snowden. La Chine, quant à elle, s’impose aussi comme un acteur incontournable du secteur des câbles sous-marins, à tel point que certains pays, comme l’Australie, y voient une menace pour leur sécurité numérique.

Un espace marqué par les migrations

La géopolitique de la mer, c’est aussi la géopolitique des migrations par voie maritime, un sujet souvent abordé dans les médias et ponctué de drames humains. Ce reportage de France 2, diffusé le 7 décembre 2018 et contextualisé par Christophe Gracieux, professeur agrégé en classes préparatoires littéraires, illustre la fin des activités de l’Aquarius, navire de sauvetage de migrants en Méditerranée.

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Depuis 2014, rappelle Christophe Gracieux, de très nombreux migrants ont afflué en Europe, fuyant les guerres, les persécutions et la misère. Un voyage extrêmement périlleux, qui aura coûté la vie à quelque 16 862 migrants tentant la traversée de la mer Méditerranée entre le 1er janvier 2014 et le 30 juillet 2018, d’après des chiffres de l’Organisation internationale pour les migrations.

Hausse de la mortalité

Selon l’Agence des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR), depuis le pic de 2015, au cours duquel plus d’un million de réfugiés et de migrants avaient traversé la Méditerranée en direction de l’Europe, le nombre de personnes qui effectuent des traversées en Méditerranée vers l’Europe décroît, même si la mortalité, elle, croît : Le nombre de personnes qui effectuent ces voyages a connu une évolution à la baisse, et ce avant même la pandémie de Covid-19. En 2021, 123 300 traversées individuelles ont été rapportées et, avant cela, 95 800 en 2020, 123 700 en 2019 et 141 500 en 2018. Pourtant, 2021 a enregistré la mort ou la disparition en mer Méditerranée et dans le nord-ouest de l’Atlantique de 3 231 personnes, […] contre 1 881 en 2020, 1 510 en 2019 et plus de 2 277 en 2018.

Alors que l'Aquarius a porté assistance à quelque 30 000 migrants en détresse en mer Méditerranée entre février 2016 et décembre 2018, le bateau, affrété par SOS Méditerranée et Médecins Sans Frontières (MSF), est finalement abandonné en décembre 2018 sous la pression du gouvernement italien et de son ministre de l’Intérieur Matteo Salvini.

L'Aquarius est remplacé en 2019 par un autre navire humanitaire, l’Ocean Viking, toujours affrété par SOS Méditerranée et MSF.

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