Dossier thématique

1955-1975 : Vietnam, l'impossible guerre des États-Unis

Par Antoine BourguilleauChargé d'enseignement à Paris 1
Publication : 16 janv. 2023 | Mis à jour : 27 janv. 2023

Niveaux et disciplines

Après huit années de guerre intenses dans sa colonie d’Indochine, la France est acculée. Le 7 mai 1954, le camp retranché de Diên Biên Phu tombe aux mains du Viêt-Minh, portant aux Français un coup fatal, aussi bien militaire, politique que psychologique. Les négociations de paix, alors en cours à Genève, s’accélèrent. Le gouvernement Laniel tombe, remplacé par celui de Pierre Mendès-France qui, le 21 juillet 1954, signe un accord de paix. Mais ce dernier, en pratique, ne résout rien. Si le Laos et le Cambodge deviennent indépendants, le Vietnam demeure coupé en deux, de part et d’autre du 17e parallèle. Au nord, la République démocratique du Vietnam, dirigée par Hô Chi Minh, installe un régime communiste. Au sud, Ngô Dinh Diêm, catholique fervent, instaure un régime de plus en plus dictatorial et refuse de discuter avec le Nord Vietnam de tout projet de réunification, pourtant prévu dans l’accord de Genève. Cette situation d’extrême tension provoque bientôt la reprise des hostilités. À la guerre d’Indochine succède la guerre du Vietnam dans laquelle les États-Unis d’Amérique vont de plus en plus s’impliquer.

 

     

Des ressources à explorer en 3e, Première et Terminale

Afin d’accompagner les élèves dans une meilleure connaissance des enjeux et du contexte de ce conflit long et complexe, nous avons rassemblé plusieurs archives disponibles sur notre site. Elles permettent d'aborder les points suivants des programmes :

  • Cycle 4 > 3e > Histoire > Le monde depuis 1945 > Un monde bipolaire au temps de la guerre froide
  • Première > spé HGGSP > S’informer : un regard critique sur les sources et modes de communication > Liberté ou contrôle de l’information : un débat politique fondamental > Information et propagande en temps de guerre : guerre du Vietnam
  • Terminale > spé HGGSP > L’enjeu de la connaissance > La connaissance, enjeu politique et géopolitique >  Le renseignement au service des États : les services secrets soviétiques et américains durant la guerre froide

Un conflit né de la guerre d’Indochine et de la guerre froide

En novembre 1954, sous la présidence d’Eisenhower, les États-Unis créent l’Organisation du traité de l’Asie du Sud-Est (OTASE), pendant asiatique de l’OTAN et qui vise à lutter contre l’influence communiste dans cette partie du globe. Peu de temps après, les États-Unis déploient leurs premiers « conseillers militaires » au Sud Vietnam. Les dirigeants du Nord Vietnam réactivent alors leurs réseaux de combattants et d’activistes au Sud, et lancent une guerre insurrectionnelle au sein du pays, miné par le mécontentement lié à l’autoritarisme et à la corruption du régime de Diêm. Ce dernier, soucieux de rallier les Américains à sa cause ne s’embarrasse pas de détails et n’hésite pas à décrire tous ses opposants comme des « Viêt-congs », des « Viets rouges » quand nombre d’entre eux s’opposent en réalité à Ngô Dinh Diêm.

Une guerre impossible à gagner

Cette guerre, dans laquelle les États-Unis s’impliquent toujours davantage en envoyant, dès la fin des années 1950 et plus encore durant la décennie 1960, des troupes et du matériel, est par essence une guerre impossible à gagner : jusqu’au bout, les Américains se refusent à envisager de franchir le 17e parallèle et à monter vers Hanoï, siège du pouvoir nord-vietnamien. Cela transformerait une opération de « pacification » du Sud Vietnam en guerre avec le Nord et risquerait de voir la Chine ou l’URSS s’impliquer militairement. Les Américains en sont donc réduits à tenter de rendre imperméable la frontière en bâtissant des lignes de défense et à traquer les Viêt-congs infiltrés au Sud dans des opérations de contre-insurrection inefficaces et qui leur aliènent toujours davantage les populations locales. Une stratégie inopérante, résumée par une journaliste spécialiste de ce conflit, Frances FitzGerald : Le général Westmoreland [qui commande l’armée américaine au Vietnam] essayait de jouer aux échecs face à une ennemi qui jouait au Go.

Une implacable répression s’abat donc sur les combattants infiltrés. Chaque succès des ces derniers provoque des raids aériens pour frapper le Nord Vietnam, sans véritables réussites malgré les quantités ahurissantes de bombes larguées sur le pays depuis les aérodromes du Sud Vietnam ou les porte-avions américains qui croisent au large : l’opération Rolling Thunder, qui dure de 1965 à 1968, voit le largage de près de 650 000 tonnes de bombes sur le Nord Vietnam pour la perte de 900 avions américains combattant pour le Sud Vietnam.

Une guerre médiatique

Une des caractéristiques majeures de ce conflit est également sa grande couverture médiatique. Journalistes, reporters et photographes, américains et occidentaux, sont partout, l’armée américaine leur laissant carte blanche pour couvrir les opérations. Les personnalités d’Hollywood ou celles de la chanson s’engagent pour ou contre la guerre : l’actrice Jane Fonda se rend ainsi au Nord Vietnam en compagnie de la chanteuse Joan Baez, déjà bien connue pour son engagement contre la conscription aux États-Unis. Contrairement à Joan Baez, qui visite Hanoï six mois après elle, Jane Fonda semble oublier que sa présence sert la propagande du Nord Vietnam. Dans cet épisode de Mystères d'archives, on la voit notamment dans les campagnes, ayant revêtu les pyjamas noirs qui servent d’uniforme aux combattants Viêt-congs au Sud Vietnam ou bien s’asseoir sur un poste de tir de défense antiaérienne. Jane Fonda est même rebaptisée  Hanoï Jane en référence à Tokyo Rose, une Américaine d’origine japonaise qui s’exprimait en anglais à la radio nippone durant la Seconde Guerre mondiale. 

De l’autre côté de l’échiquier politique, John Wayne ne ménage pas son soutien à la politique anticommuniste des États-Unis en produisant notamment le film Les Bérets verts en 1968 sur les unités d’élite américaines engagées sur le terrain.

Une guerre jugée immorale

Cette guerre est très critiquée. Et ces critiques n’émanent pas uniquement de l’extrême-gauche : le général de Gaulle lui-même, en visite à Phnom Penh en 1966, ne ménage pas les siennes à l’égard de la politique américaine au Vietnam, un discours qui sera vivement critiqué par les États-Unis.

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L’utilisation par les Américains du napalm, une essence gélifiée et incendiaire, celle de l’agent orange, un défoliant d’une grande toxicité – y compris pour les soldats américains qui le déversent sur les forêts vietnamiennes – et les crimes de guerre, comme ceux de My Lai, contribuent à renforcer l’opposition à un conflit où l’Amérique semble perdre son âme. De nombreux jeunes Américains sont partagés entre leur patriotisme et leur dégoût devant une guerre qu’ils tiennent pour injustifiée. L’un d’entre eux, Tim O’Brien, résumera ce dilemme dans une nouvelle, On The Rainy River : J’étais un lâche. Je suis allé faire la guerre.

L'offensive du Têt débute en janvier 1968 et s’éternise jusqu'en septembre, démontrant que, malgré les allégations du président Lyndon Johnson, le conflit n’est pas en passe d’être gagné. Mais la guerre du Vietnam n’est pas le seul domaine dans lequel les États-Unis sont en difficulté. L’assassinat de Martin Luther King est ainsi suivi de celui de Robert Kennedy, candidat démocrate à la présidentielle, élection qui sera finalement remportée par le républicain Richard Nixon. La lutte pour les droits civiques et la déségrégation battent leur plein. Frank Borman, commandant de la mission Apollo 8 qui, pour la première fois fait le tour de la Lune fin décembre, recevra cette lettre d’une de ses concitoyennes : Merci d’avoir sauvé l’année 1968.

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Mais le conflit s’enlise, malgré les affirmations du général Westmoreland. Le président Nixon, tout en multipliant les offensives aériennes contre le Nord Vietnam (les opérations Linebacker commencent en 1972) tente de désengager l’armée américaine en lançant une politique de vietnamisation du conflit, laissant la main aux soldats du Sud. Mais le régime du Sud n’a ni les moyens ni le soutien populaire nécessaire pour remporter la victoire. Les pourparlers de paix, qui ont débuté dès la prise de fonction de Nixon en 1969, progressent à grands pas, sous l’égide de l’ancienne puissance coloniale. Les accords de Paris sont signés le 27 janvier 1973 : ils sont censés signer la fin de la guerre. 

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Elle va pourtant se poursuivre jusqu’en 1975 avec la chute de Saïgon.

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La guerre dans les mémoires

Près de cinquante ans après la fin du conflit, les vétérans américains du Vietnam se considèrent toujours comme des mal-aimés et comme les victimes d’une injustice, qu’ils soient devenus des opposants à la guerre où qu’ils pensent que cette guerre était justifiée. Une partie d’entre eux, dont John Kerry, sénateur et ministre sous l’administration Obama, n’a pas attendu la fin du conflit pour protester contre la guerre, comme en témoigne ce reportage audio qui évoque les manifestations devant le Capitole en 1971, racontée par un des vétérans. Karl Marlantes, un ancien marine américain, résumera ce gâchis dans son roman, Retour à Matterhorn : Des gens qui ne se connaissaient même pas allaient s’entretuer pour une colline dont ils se foutaient.

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Mais cette mémoire américaine tend à faire oublier une autre mémoire : celle des Vietnamiens eux-mêmes, dont le souvenir et les blessures du conflit sont bien moins connues et presque écrasés par les 58 000 morts américains du conflit. Ce sont pourtant plus d’un million de Nord Vietnamiens et 250 000 Sud Vietnamiens qui ont perdu la vie entre 1955 et 1975.

 

Pour aller plus loin

Notre partenaire, l'Agence France-Presse (AFP), propose un dossier sur la guerre du Vietnam et sur la chute de Saïgon. Vous y retrouverez des archives (texte et photo) de l'Agence, des interviews exclusives de personnalités et des liens avec des vidéos de l'INA et de divers sites officiels.

Capture d'écran du dossier sur la guerre du Vietnam réalisé par l'Agence France-Presse (AFP).

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