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Le second refus de la Norvège à l'adhésion à l'Union européenne

Date de diffusion : 29 nov. 1994

La Norvège refuse pour la deuxième fois par référendum, le 28 novembre 1994, son adhésion à l'Union européenne, défendue par le Premier ministre Gro Harlem Brundtland. Des jeunes et un représentant du patronat sont interrogés sur les conséquences du « non ».

Niveaux et disciplines

Informations et crédits

Type de ressource :
Forme :
Collection :
Production :
INA
Page publiée le :
27 août 2013
Modifiée le :
19 sept. 2022
Référence :
00000001385

Contexte historique

Par Christophe Gracieux

Par deux fois, en 1972 et en 1994, la Norvège refuse d'adhérer à la Communauté européenne.

Membre de l'Association européenne de libre-échange depuis sa fondation en 1960, elle dépose sa candidature à la Communauté économique européenne (CEE) dès 1962, un an après celles de la Grande-Bretagne, de l'Irlande et du Danemark. Toutefois, en raison du veto du général de Gaulle à l'entrée des Britanniques dans la CEE en 1963 et en 1967, la candidature norvégienne se voit elle aussi gelée. Ce n'est qu'avec l'arrivée de Georges Pompidou à la présidence de la République française qu'elle est relancée, comme les trois autres.

Les négociations pour l'adhésion de la Norvège débutent le 21 septembre 1970. Le royaume obtient des dérogations pour protéger son agriculture et sa pêche, aux caractéristiques très spécifiques. La première, surtout localisée dans les régions arctiques, a en effet besoin de temps pour s'adapter à la Politique agricole commune. Les pêcheurs norvégiens, qui redoutent la concurrence des chalutiers des pays membres de la CEE, se voient quant à eux réserver la pêche dans les bandes côtières jusqu'à six milles pendant dix ans.

Au terme de ces négociations, la Norvège signe le 22 janvier 1972 le traité d'adhésion à Bruxelles, à l'instar de la Grande-Bretagne, de l'Irlande et du Danemark. Cependant, alors que ce traité est ratifié par les six États membres et par les trois autres pays candidats, il est rejeté par le peuple norvégien : le « non » l'emporte au référendum des 24 et 25 septembre 1972 avec 53,5 % des suffrages exprimés et un taux de participation élevé de 77,7 %. Ce rejet surprend. L'entrée du royaume dans la Communauté était en effet soutenue par les deux grands partis travailliste et conservateur. En fait, l'opposition à l'adhésion est très majoritaire dans les régions rurales du Nord et de l'Ouest, chez les agriculteurs et les pêcheurs qui craignent la concurrence et la politique commune européenne, tandis que les nationalistes redoutent une perte d'indépendance. À la suite de ce résultat, le gouvernement travailliste de Tryggve Bratteli démissionne. Seul des quatre pays candidats à avoir refusé l'adhésion à la CEE, la Norvège signe malgré tout un traité de libre-échange avec la Communauté le 16 avril 1973.

Elle se porte toutefois une deuxième fois candidate à la Communauté européenne, devenue Union européenne (UE), en novembre 1992. Cette candidature répond à un souci d'éviter l'isolement : ses voisins scandinaves, la Suède et la Finlande, ainsi que l'Autriche, sont candidats. Ouvertes le 5 avril 1993, les négociations d'adhésion portent essentiellement sur l'agriculture et la pêche, comme la première fois : le royaume obtient l'exclusivité de la pêche dans ses eaux au nord du 62e parallèle pendant trois ans et les agriculteurs des régions arctiques peuvent continuer à recevoir des subventions importantes de l'État. Le traité d'adhésion est ensuite signé à Corfou le 25 juin 1994.

Après la victoire du « oui » aux référendums en Autriche, en Finlande et en Suède, la Norvège est la dernière à devoir se prononcer sur son adhésion. Malgré l'investissement du Premier ministre travailliste Gro Harlem Brundtland, le pays confirme son rejet de l'Europe lors du référendum des 27 et 28 novembre 1994 : le « non » l'emporte par 52,2 % avec une participation massive de 88,4 %, la plus élevée jamais enregistrée. Le clivage apparu en 1972 se retrouve. L'intégration dans l'UE reçoit en effet le soutien des villes et des régions riches, notamment autour d'Oslo, alors qu'elle est rejetée par les régions rurales, les pêcheurs et les agriculteurs. Les Norvégiens ont également refusé l'adhésion en arguant de leur bonne situation économique, assise sur les immenses ressources du pétrole et du gaz de la mer du Nord, exploitées depuis les années 1970.

Après l'entrée de la Suède et la Finlande dans l'UE le 1er janvier 1995, la Norvège demeure le seul des pays nordiques à ne pas y appartenir.

Éclairage média

Par Christophe Gracieux

Diffusé lors du journal télévisé de 20 heures de France 2 le 29 novembre 1994, ce sujet est entièrement consacré à la victoire du « non » lors du référendum sur l'adhésion de la Norvège à l'Union européenne qui a eu lieu la veille. Il se compose en grande partie d'images réalisées sur places par des envoyés spéciaux de la chaîne de télévision publique française, dont le journaliste Christian-Marie Monnot, alors correspondant à Londres depuis 1990. Il présente ainsi plusieurs plans classiques d'une soirée électorale : scène de liesse dans le camp des vainqueurs, les partisans du « non » à l'Europe, mais aussi images des vaincus dirigés par le Premier ministre travailliste Gro Harlem Brundtland. Il s'appuie également sur une carte des résultats du référendum afin d'illustrer de manière didactique le clivage du royaume entre une grande majorité des régions favorables au « non » et une petite minorité qui a voté « oui ». Toutefois, la présentation de cette carte électorale est très rudimentaire. Il ne s'agit pas, en effet, d'une infographie mais d'un plan large et de zooms sur une carte sans doute publiée dans un quotidien norvégien.

Ce reportage apparaît par ailleurs assez orienté. D'une part, il recourt à quelques stéréotypes à propos des Norvégiens qui sont qualifiés par le journaliste de « Vikings », ayant « préféré préserver leur âme et leurs valeurs », et qui sont symbolisés au début du sujet par des skieurs de fond. D'autre part, il adopte un point de vue nettement pro-européen qui est alors commun aux médias français. Le rejet de l'Union européenne par le pays nordique est donc plus ou moins explicitement critiqué tout au long du reportage. C'est notamment l'objectif du micro-trottoir effectué auprès de jeunes Norvégiens. De même, l'interview en français d'un représentant du patronat norvégien est entièrement consacrée aux conséquences négatives du « non » pour les entreprises. Enfin, le commentaire même du journaliste apparaît partisan. Il juge ainsi que le Premier ministre Gro Harlem Brundtland est une femme qui s'est battue « avec courage » pour le oui. Il se montre également très critique du choix fait par les Norvégiens, parlant d' « isolement » choisi par « les Vikings » ou de « dernière chance pour la Norvège » qui « a manqué le train européen ». Ce traitement pro-européen du refus des Norvégiens d'entrer dans l'UE est du reste manifeste dès le lancement plateau du sujet : le reportage est annoncé par bandeau explicite titré « bande à part ».

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