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Le blocage de Twitter en Turquie

Date de diffusion : 21 mars 2014

La Turquie a bloqué l'accès à Twitter peu après que Recep Tayyip Erdoğan a menacé d'interdire le réseau social. Cette décision intervient après la publication d'enregistrements sonores mettant en cause le Premier ministre turc. Le président Abdullah Gül a exprimé son désaccord avec cette décision par un tweet.

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Informations et crédits

Type de ressource :
Forme :
Collection :
Production :
INA
Page publiée le :
15 mai 2015
Modifiée le :
19 sept. 2022
Référence :
00000001708

Contexte historique

Par Christophe Gracieux

En février et mars 2014, à l'approche des élections municipales, des enregistrements sonores publiés sur Twitter et YouTube mettent en cause le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdoğan et son entourage. Ils dévoilent un vaste scandale de corruption présumée, de marchés publics truqués et de pressions exercées sur la justice. Le premier enregistrement clandestin diffusé sur un compte Twitter anonyme reproduit ainsi des conversations téléphoniques du 17 décembre 2013 entre Erdoğan et son fils Bilal : le Premier ministre turc lui demande de « tout faire disparaître », notamment des sommes d'argent importantes, alors que le même jour des opérations judiciaires ont été lancées contre des membres de son entourage.

Immédiatement après la publication de ces enregistrements, Recep Tayyip Erdoğan réagit vivement en s'en prenant à Twitter, réseau social de messagerie instantanée qui compte quelque 12 millions de membres en Turquie : « Nous allons éradiquer Twitter. Je me moque des réactions de la communauté internationale. Ils verront la force de la République de Turquie. » Ainsi, à partir du 20 mars 2014, Twitter est censuré dans tout le pays. L'Autorité turque des télécommunications bloque en effet l'accès au réseau social pendant huit jours : elle s'appuie sur une loi votée en février précédent qui lui permet d'empêcher l'accès à n'importe quel site Internet jugé subversif ou comportant des contenus « discriminatoires ou insultants ». Il s'agit en fait pour Erdoğan d'empêcher la diffusion d'enregistrements qui le compromettent et dont il rend responsable la confrérie de l'imam Fethullah Gülen.

YouTube est à son tour bloqué le 27 mars 2014, à trois jours des élections municipales, sur l'ensemble du territoire turc. Un autre enregistrement audio impliquant l'ancien ministre des Affaires étrangères et d'autres hauts responsables a en effet été diffusé sur la plate-forme de partage de vidéos. Le gouvernement turc décide alors de bloquer l'accès à YouTube au nom de la « sécurité nationale », qui serait menacée par la divulgation de « secrets d'Etat ».

De nombreux internautes turcs contournent cependant la censure imposée à Twitter et YouTube. Ils ont ainsi recours à différents systèmes qui leur permettent de continuer à utiliser Twitter. Le nombre de tweets publiés en Turquie connaît même une forte augmentation après le blocage du réseau social. La Cour constitutionnelle turque ordonne cependant la levée du blocage de Twitter le 2 avril 2014 puis de YouTube le 29 mai suivant, au nom de la liberté d'expression.

Occupant le 149e rang dans le classement mondial de la liberté de la presse établi en 2015 par l'association Reporters sans frontières, la Turquie de Recep Tayyip Erdoğan, élu président de la République en août 2014, a continué depuis le printemps 2014 à restreindre la liberté d'expression, et plus particulièrement sur Internet. Ainsi, pendant deux jours en avril 2015, Twitter, Facebook et YouTube ont de nouveau été bloqués. Il s'agissait alors d'empêcher la diffusion de photographies d'un procureur tué lors d'une prise d'otages au tribunal d'Istanbul.

Éclairage média

Par Christophe Gracieux

Diffusé dans Soir 3, le journal télévisé de France 3 le 21 mars 2014, ce reportage est consacré au blocage du réseau social Twitter en Turquie qui a été décidé la veille par les autorités. Il comporte quelques images factuelles dont celles d'un meeting tenu par le Premier ministre Erdoğan. La majorité du sujet se constitue cependant d'images d'illustration qui appuient le commentaire de la journaliste. Ainsi, la deuxième séquence en est entièrement composée : des plans d'internautes turcs filmés dans un cybercafé illustrent l'impossibilité d'accéder à Twitter.

C'est précisément afin de rendre visible ce blocage de Twitter que plusieurs captures d'écran du réseau social figurent dans le reportage. La première séquence montre ainsi des pages blanches et des messages d'erreur. De même, deux captures écran donnent à voir la page du compte Twitter du président de la République de Turquie Abdullah Gül et son message de protestation contre le blocage du réseau social.

S'il comporte certes un extrait d'un discours prononcé par le Premier ministre dans lequel il déclare la guerre à Twitter, le reportage met avant tout en valeur l'opposition à ce blocage. Il laisse penser que ce dernier est massivement rejeté par la population turque. D'une part, le reportage ne comporte en effet aucune interview d'un partisan d'Erdoğan. D'autre part, il montre la diversité de l'opposition au blocage de Twitter et plus largement aux dérives autoritaires du Premier ministre turc. La contestation d'Erdoğan est ainsi illustrée par le contenu de l'interview de deux jeunes et par des images de manifestations. Le sujet montre également qu'il existe une contestation au sein même des institutions et du Parti de la justice et du développement, à travers la réaction d'Abdullah Gül sur Twitter. Enfin, il met en lumière la levée de bouclier internationale contre le blocage de Twitter : elle est illustrée par différents plans du Parlement européen et du représentant de la présidence des Etats-Unis.

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