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Le témoignage de Rachel Jedinak, rescapée de la rafle du Vél'd’Hiv

Date de diffusion : 18 juil. 2004

Les 16 et 17 juillet 1942, 13 000 juifs (dont 4 000 enfants) sont arrêtés à Paris par la police française lors de la rafle du Vél'd’Hiv. Soixante-deux ans après, Rachel Jedinak, une rescapée, âgée de 8 ans en 1942, évoque les conditions dans lesquelles elle a été arrêtée et sa fuite, déchirante.

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Informations et crédits

Type de ressource :
Forme :
Collection :
Production :
INA
Page publiée le :
18 oct. 2018
Modifiée le :
19 sept. 2022
Référence :
00000001903

Contexte historique

Par Fabrice Grenard

Dès 1941, les Allemands organisent à Paris trois rafles de Juifs. La première, en mai 1941, dite rafle du billet vert concerne des Juifs étrangers ayant reçu à leur domicile un billet les invitant à venir procéder à un examen de situation. Une convocation qui se transforme en arrestation pour 3 747 hommes. Une seconde arrestation collective de Juifs étrangers intervient les 20 et 21 août dans le contexte des premiers attentats communistes. 4 232 hommes sont arrêtés, la plupart dans le XIe arrondissement. Enfin, une troisième opération débute le 12 décembre 1941, entraînant l’arrestation de 743 Juifs. Ne concernant que des hommes et majoritairement des étrangers, ces trois rafles étaient passées inaperçues de l’opinion.

L’adoption de la solution finale par les nazis amène les Allemands à envisager des arrestations massives de Juifs en France en vue de les déporter vers les camps d’extermination. Au début du mois de juillet 1942, des réunions ont lieu entre les dirigeants allemands et René Bousquet pour obtenir la participation de la police française à l’opération. Contrairement aux rafles précédentes, les arrestations ne se limitent plus aux seuls hommes, mais concernent également les femmes et les enfants. Les 16 et 17 juillet 1942, 4 500 policiers français arrêtent à Paris près de 13 000 Juifs d'abord rassemblés au Vélodrome d’Hiver, puis conduits vers des camps d’internement (Drancy, camps du Loiret) avant d’être déportés vers Auschwitz. Entre le 6 août et le 15 septembre 1942, plus de 10 000 Juifs sont également raflés en zone non occupée, Vichy livrant aux Allemands les Juifs internés dans les camps du sud de la France.

La rafle du Vél'd’Hiv constitue un tournant dans l’histoire de l’Occupation. La brutalité des arrestations, le sort réservé aux catégories les plus vulnérables (vieillards, femmes et, surtout, enfants) provoquent un réveil des consciences. Cette émotion collective fragilise considérablement Vichy et délégitime totalement une politique de collaboration qui se révèle être une collusion avec l’Allemagne nazie. L’historien Jacques Sémelin évoque un mouvement de réactivité sociale pour qualifier des actes de natures très variées (allant de l’avertissement d’une arrestation prochaine jusqu’au fait d’accepter de cacher des Juifs à son domicile, en passant par des aides ponctuelles, comme l’aide au passage d’une frontière) qui se développent dans toutes les couches de la société pour aider les Juifs à échapper aux persécutions dont ils sont victimes.

Éclairage média

Par Fabrice Grenard

Soixante-deux ans après les événements, le témoignage de Rachel Jedinak, rescapée de la rafle du Vél'd’Hiv, offre une description de cette tragédie à travers un regard d’enfant puisque Rachel avait 8 ans en 1942. Ce point de vue permet d’illustrer ce qui a sans doute le plus choqué l’opinion, l’arrestation des enfants, et de rappeler la responsabilité du régime de Vichy en la matière. C’est en effet Pierre Laval qui a choisi de ne pas limiter les arrestations aux adultes. Les images d’archives montrant René Bousquet, le secrétaire général à la police, s’entretenant avec les autorités allemandes, notamment le SS Helmut Knochen, chef du Sipo-SD en France, rappellent également ce qui a pendant longtemps été un sujet tabou, à savoir la participation de la police française à la rafle du Vél'd’Hiv. Sans cette aide française, la rafle n’aurait pu avoir une telle ampleur, dès lors que les moyens de l’occupant restaient relativement limités pour une telle entreprise en France occupée.

Au-delà de sa dimension tragique et déchirante (notamment la nécessité d’être séparée de sa mère pour pouvoir s’échapper), le témoignage de Rachel Jedinak est un bon exemple pour évoquer les comportements ambivalents des Français de l'époque avec, d’un côté, ceux qui font preuve d’une complicité totale avec l’occupant et ne manifestent aucune empathie à l’égard des Juifs (les policiers qui font leur travail avec zèle, la concierge qui dénonce l’endroit où se cache la petite fille qui s’est réfugié chez ses grands-parents pour essayer d’échapper aux arrestations, les passants qui rient au passage des cars transportant les juifs en direction du Vél'd’Hiv) et, de l’autre, ceux qui manifestent au contraire de la sympathie aux victimes ou les aident à s’enfuir (comme les policiers en faction qui détournent la tête pour que Rachel puisse s’échapper du cinéma où elle était internée).

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