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L’hommage aux jeunes résistants alsaciens de la main-noire

Date de diffusion : 14 avr. 2012

70 ans après les événements de 1940 et le rattachement de l’Alsace au Reich, un hommage est rendu aux jeunes alsaciens qui ont résisté dans le cadre de l’organisation de la main-noire. L’un des survivants, Jean-Jacques Bastian, évoque le rôle du fondateur du groupe, Marcel Weinum.

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Informations et crédits

Type de ressource :
Forme :
Collection :
Production :
INA
Page publiée le :
29 oct. 2019
Modifiée le :
19 sept. 2022
Référence :
00000003438

Contexte historique

Par Fabrice Grenard

L’Alsace et la Moselle constituent un territoire spécifique par rapport au reste de la France au lendemain de la défaite du fait de son annexion de fait au Reich en juillet 1940. Ces deux départements passent sous l’administration allemande et font l’objet d’une importante germanisation. Dès lors que les lois nazies y sont appliquées, la notion de résistance prend donc une forme spécifique en Alsace-Moselle. Toute manifestation d’attachement à la France et tout signe de refus de la germanisation sont interprétés par les nazis comme des actes de résistance. Des petits gestes quotidiens, comme le simple fait de parler français ou de porter un béret peuvent apparaître comme une forme d’opposition. Mais les risques sont aussi beaucoup plus grands dans ces deux départements pour tous ceux qui s’opposent à l’occupation et l’annexion dès lors que les Allemands appliquent les mêmes méthodes de répression policières qu’au sein du Reich. La Gestapo traque immédiatement les opposants. Dès le 2 août 1940, un camp de sûreté ouvre à Schirmek pour « rééduquer » les Alsaciens et Mosellans récalcitrants.

Cela n’empêche pas que des organisations précoces de résistance se développent, notamment parmi la jeunesse alsacienne qui refuse l’ordre nouveau du Reich. Dès juillet 1940, des lycéens de Metz créent un groupe appelé L’Espoir français. En septembre, Marcel Weinum, âgé de 16 ans, ancien élève de la maîtrise de la cathédrale de Strasbourg devenu apprenti dessinateur, fonde la Main noire à Strasbourg avec une vingtaine de camarades âgés de 14 à 18 ans. Tous ces jeunes basculent notamment dans la Résistance parce qu’ils refusent leur enrôlement dans les jeunesses hitlériennes du fait de l’annexion de l’Alsace-Moselle. L’organisation de Marcel Weinum se livre à la diffusion de petits tracts clandestins fabriqués de façon artisanale. Ses membres multiplient également les inscriptions patriotiques et dessins de croix de Lorraine sur les murs de Strasbourg. Au cours de l’hiver 1940-1941, les actions se diversifient, avec l’organisation de petits sabotages sur des postes de chemin de fer ou de communication. Des grenades récupérées dans les fortins de la ligne Maginot où elles avaient été cachées sont également collectées pour être lancées contre les vitrines qui exposent le buste ou la photo d’Hitler. Le 8 mai 1941, Marcel Weinum et Albert Uhlrich lancent une grenade sur la voiture officielle du gauleiter Wagner, plus haut représentant de Hitler en Alsace. La voiture explose mais Wagner, qui se trouvait dans un café et n’avait pas encore regagné son véhicule, échappe à l’attentat. Marcel Weinum est arrêté quelques jours plus tard, le 20 mai 1941, alors qu’il tentait de passer la frontière suisse pour se rendre à Bâle et y contacter un agent du consulat britannique afin de trouver les fonds nécessaires au développement de son organisation. Au cours des journées suivantes, la plupart des membres de la Main noire sont arrêtés à leur tour par les policiers allemands. Dix membres du réseau sont traduits devant le tribunal du peuple (Sondergericht) à Strasbourg le 27 mars 1942. Marcel Weinum est condamné à mort et décapité le 14 avril 1942 à Stuttgart. Ses camarades condamnés subissent des mesures de « redressement » et des peines de prison.

Éclairage média

Par Fabrice Grenard

Parce qu’elle a été démantelée rapidement par les Allemands, et qu'elle se limitait à une poignée de jeunes qui agissaient de façon isolée, sans intégrer leurs actions dans le cadre d’une organisation plus large, la Main noire reste assez peu connue, bien qu'elle incarne les débuts de la résistance en Alsace, dans le contexte particulier de l’annexion au Reich. Elle est peu évoquée dans les livres d’histoire sur la période, à l’exception de ceux qui portent spécifiquement sur l’Alsace-Moselle sous l’Occupation. Il faudra attendre 2008 pour que la première plaque commémorative évoquant l’organisation soit apposée à Strasbourg, à l’entrée du collège épiscopal Saint-Etienne.

En rendant hommage à ses membres, ce reportage du journal télévisé régional de France 3 Alsace soir tente donc, à l’occasion du 70e anniversaire de la mort de Marcel Weinum, de sortir de l’oubli cette organisation pionnière de la résistance en Alsace. Il existe également peu de documents photographiques permettant d’illustrer l’histoire de la Main-noire, à l’exception de cette photo utilisée dans le reportage, qui montre cinq membres de l’organisation (Marcel Weinum, François Mosser, Boesch, Lucien Entzmann et Charles Augustin) posant devant le monument aux morts de Strasbourg. Cette photo est intéressante car elle montre de très jeunes gens posant en costume, comme s’ils endossaient déjà leurs responsabilités d’adultes.

Outre Marcel Weinum, créateur de l’organisation, exécuté par les Allemands le 14 avril 1942 alors qu’il venait tout juste d’avoir dix-huit ans, le reportage évoque deux autres figures de la Main-noire. Ceslav Sieradzki tout d’abord, né à Barr de parents immigrés polonais, qui décide d’entrer en Résistance dès l’été 1940 car les Allemands ont annexé à la fois son pays d’origine, la Pologne, et sa patrie d’adoption, l’Alsace. Il fut l’un des éléments les plus actifs aux côtés de Weinum et participa à l’attentat contre la voiture du Gauleiter Wagner. Interné au camp de Schirmeck après son arrestation, il est abattu sommairement et sans jugement le 12 décembre 1941. Il est donc le premier à être exécuté, avant Marcel Weinum. Le communiqué officiel allemand annonce qu’il a été « fusillé pour Résistance ». C’est la première fois que le terme est employé par l’occupant. Jean-Jacques Bastian pour sa part est le dernier survivant de la Main-noire. Cet apprenti arpenteur, âgé de 17 ans en 1940, surnommé par ses camarades « Franzmann » car il ne parle ni l’alsacien ni l’allemand, est nommé par Weinum chef de groupe. C’est Bastian qui propose le nom de la Main noire pour l’organisation, symbolisant « la main vengeresse qui s’oppose aux affronts nazis faits à l’Alsace ». Arrêté le 20 octobre 1942, il sera ensuite incorporé de force dans la Wehrmacht, contraint d’aller se battre sur le front de l’Est.

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