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L’évocation du massacre de Tulle par la Das Reich à l’occasion de ses 70 ans

L’évocation du massacre de Tulle par la Das Reich à l’occasion de ses 70 ans

Date de diffusion : 09 juin 2014

Le président François Hollande assiste aux commémorations du 70e anniversaire du massacre de Tulle. Alors que les FTP de Corrèze avaient attaqué la préfecture le 7 juin 1944 pour la libérer, la division SS Das Reich reprend le contrôle de la ville au soir du 8 juin. Le 09 juin, les Allemands raflent les hommes valides de Tulle et en choisissent 99 au hasard qui sont pendus aux réverbères et balcons de la ville.

Niveaux et disciplines

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Informations et crédits

Type de ressource :
Forme :
Collection :
Production :
France 2
Page publiée le :
13 sept. 2021
Modifiée le :
19 sept. 2022
Référence :
00000004360

Contexte historique

Par Fabrice GrenardAgrégé et docteur en histoire, chef du département Recherche et pédagogie de la Fondation de la Résistance )

Parce qu’il est intervenu la veille de la tragédie d’Oradour-sur-Glane, qui constitue le plus grand massacre de civils perpétré par les Allemands en Europe de l’Ouest (642 personnes massacrées, dont 350 femmes et enfants), le drame de Tulle n’occupe pas la même place dans la mémoire collective. Au même titre qu’Oradour, il n’en illustre pas moins la stratégie de terreur appliquée par les Allemands et le lourd sacrifice des populations civiles au cours des journées qui ont suivi le débarquement allié, alors que la bataille décisive pour la Libération de la France s’est engagée.

A l’annonce du débarquement, les FTP de Corrèze lancent une offensive contre la préfecture du département, Tulle. L’opération a été mûrie et préparée depuis plusieurs mois. Pendant deux jours, les 7 et 8 juin, les combats font rage dans les différents quartiers de la ville où sont retranchées les quelques troupes allemandes qui s’y trouvent en garnison, notamment au niveau de la gare, de la Manufacture d’Armes ou de l’école normale d’institutrice. Dans l’après-midi du 8 juin, les FTP se sont rendus maître de la ville après avoir réduit les derniers nids de résistance allemands. Mais leur victoire n’est que de courte durée : des avant-gardes de la Division blindée Das Reich pénètrent dans Tulle le soir du 8 juin, obligeant les maquisards à se replier face à un adversaire supérieur et mieux équipé.

Arrivée en France au début de l’année 1944 et cantonnée dans le secteur de Montauban, où elle a multiplié les opérations anti-maquis, la Division Das Reich a reçu pour instruction le 5 juin 1944 d’éradiquer les bandes qui se sont développées dans le Limousin, présentées par l’état-major allemand comme un danger qui en cas d’invasion pourrait avoir des conséquences sur les opérations. Quittant sa base de Montauban le 6 juin, elle n’a donc pas pour objectif de se rendre le plus rapidement possible en renfort en Normandie, comme cela a souvent été dit, mais bien de « pacifier » la Corrèze, la Haute-Vienne et la Creuse, où cette division va s’illustrer de la plus violente des manières. 

Dans la matinée du 9 juin, ayant pris le contrôle de Tulle, la Das Reich se livre à une gigantesque rafle, arrêtant tous les hommes en âge de combattre, qui sont rassemblés dans la cour de la Manufacture d’Armes. Une affiche avertit les habitants qu’en représailles des morts allemands tués lors des combats des 7 et 8 juin, 120 maquis et leurs complices seront pendus et leurs corps jetés dans le fleuve. En réalité, les victimes sont choisies parmi les otages regroupés à la manufacture, la très grande majorité d’entre-elles n’ayant aucun lien avec la Résistance. Pour terroriser la population, les pendaisons sont effectuées aux balcons et réverbères de la ville, par groupes de dix. Elles s’arrêtent après le quatre-vingt-dix-neuvième supplicié. Au soir du 9 juin, plusieurs centaines de Tullistes sont encore gardés en otage. 200 d’entre eux sont déportés le lendemain, parmi lesquels 101 ne reviendront pas.

Le contexte dans lequel s’est effectué le massacre a alimenté à la fin de la guerre d’importantes polémiques, imputant le drame aux FTP qui se seraient lancé dans une attaque inconsidérée et trop précoce contre la préfecture de Corrèze. Il ne faut toutefois pas renverser les responsabilités de ce crime de guerre, dont les Allemands sont bien les seuls responsables, même si le chef de la division Das Reich, le général Lammerding, qui a ordonné les pendaisons, échappera jusqu’à la fin de sa vie à la justice militaire.

Éclairage média

Par Fabrice GrenardAgrégé et docteur en histoire, chef du département Recherche et pédagogie de la Fondation de la Résistance )

Les événements de juin 1944 constituent depuis la fin de la guerre un véritable traumatisme à Tulle et pèsent considérablement dans la mémoire locale. Chaque année, le 9 juin 1944, des commémorations sont organisées, qui obéissent toujours au même cérémonial. Elles se font en silence et ne s’accompagnent d’aucun discours. Un défilé traverse la ville, de la manufacture d’armes, où a eu lieu le tri des otages, en passant par le quartier de Souilhac où eurent lieu les pendaisons jusqu’au monument de Cueille situé à la périphérie de Tulle, aux « Champs des martyrs », sur les lieux où furent enfuis les cadavres des suppliciés. Des guirlandes sont accrochées aux balcons où furent pendus les suppliciés. Les commémorations du 70e anniversaire en 2014 qui sont évoquées dans le reportage se déroulèrent dans un contexte particulier, en présence de François Hollande, député de Corrèze pendant plusieurs mandatures, élu deux ans plus tôt président de la République. Dans son principal discours de campagne prononcé au Bourget le 22 janvier 2012, il avait évoqué combien le drame de Tulle l’avait marqué et avait rendu hommage aux habitants de la préfecture de Corrèze massacrés le 9 juin 1944 (J’ai leur nom dans ma tête. Ce sont mes héros. Je ne les oublierai jamais. Ils me rappellent à chaque moment la belle leçon d’humanité de ceux qui ont sacrifié leur vie pour notre liberté).

Relatant l’historique des principales étapes du drame, le reportage utilise les deux seules illustrations des événements qui nous sont restées. Une photo surplombante de la ville prise le 8 juin et montrant une colonne de fumée s’élevant depuis l’école normale d’institutrice dans le quartier du Tech. Une partie de la garnison allemande de la ville s’y était retranchée et les FTP mirent le feu au bâtiment pour les forcer à se rendre. Et un dessin des pendaisons dont on ne connaît pas exactement l’origine mais qui a sans doute été fait par un soldat allemand à partir d’une carte postale. 

Le commentaire reprend une erreur assez couramment commise consistant à dire que la division Das Reich avait quitté Montauban le 5 juin pour rejoindre la Normandie. En réalité, l’ordre qui avait été donné au commandant de la division, le général Lammerding, n’était pas de rejoindre la Normandie mais bien dans se rendre dans le Limousin pour empêcher que le territoire ne se libère grâce à l’action des résistants, ce qui aurait ensuite considérablement gêné les Allemands dans leurs transports et communications. Ce n’est que le 9 juin que Lammerding recevra une nouvelle instruction lui demandant de quitter le Limousin pour rejoindre la Normandie. La différence est importante car la Das Reich n’avait pas vocation à être en Normandie immédiatement lors du débarquement allié. 

Coiffeur à Tulle, Jean Viacroze, qui témoigne dans le reportage, fut l’un des derniers survivants du drame. Raflé le 9 juin avec plusieurs milliers de Tullistes, il avait été témoin de la sélection des otages dans la cour de la Manufacture et avait assisté aux pendaisons. Il est décédé en février 2019, à l’âge de 104 ans.      

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