PISTE PÉDAGOGIQUE

Le processus d'assassinat systématique des Juifs en Pologne. La vie dans le ghetto de Varsovie (1/3)

Copyright de l'image décorative: © Bundesarchiv

Par Iannis Roderprofesseur d'histoire-géographie
Publication : 18 avr. 2023 | Mis à jour : 25 janv. 2024

Niveaux et disciplines

 

À partir de l’exemple de la liquidation du ghetto de Varsovie, cette piste pédagogique vise à expliquer comment les nazis ont envisagé l’assassinat industriel de millions de personnes, hommes, femmes et enfants. Elle propose un focus sur les conditions de vie abominables dans le ghetto à travers un extrait de documentaire, des extraits de journaux intimes et des photographies de propagande nazies.

Place dans le programme

Objectifs pédagogiques

Problématique

Il s’agit de mettre en exergue la volonté d’assassinat systématique des Juifs par les nazis en insistant sur les aspects méthodiques et industriels de cette politique génocidaire.

Durée et organisation de l'activité

Une ou deux sessions de 55 minutes en fonction des niveaux de classe et des propositions de mises en œuvre. Il est ainsi possible de donner un travail préparatoire aux élèves afin d’avancer plus vite lors de la restitution en cours.

Les professeurs peuvent également, notamment en collège, en fonction du niveau auquel ils enseignent, mais aussi de leurs classes, ne pas utiliser tous les documents et choisir parmi les documents proposés tout en respectant la progression de la séquence.

 

Repères historiques

     

La politique nazie de ghettoïsation

En 1939, une fois la Pologne envahie, son territoire est divisé : la partie Ouest est intégrée au Reich, la partie Est à l’URSS et la partie centrale, où se trouve Varsovie, devient le gouvernement général de Pologne, dirigé par Hans Frank. Sa capitale est Cracovie. 

Dès la fin de l’année 1939, les nazis décident la création de ghettos pour les Juifs du territoire de l’ancienne Pologne. Celui de Varsovie est ainsi créé en octobre 1940 et définitivement fermé le 15 novembre. La Pologne voit apparaître des ghettos plus ou moins grands, les petites communautés juives des shtetl (petites villes à majorité juive) étant évacuées vers les ghettos de villes plus importantes. 

L’objectif des nazis est alors de garder sous contrôle une population qu’ils considèrent comme nuisible et dangereuse pour la sécurité des Allemands et du Reich

Si elle ne fut pas pensée comme telle, la politique de ghettoïsation marque une étape dans le génocide, permettant aux nazis, une fois la décision prise, d’avoir sous la main des populations juives captives. Au total, entre le territoire de l’ancienne Pologne et celui conquis sur l’URSS, ce sont près de 1 000 ghettos qui furent créés et, à partir de l’été 1941, progressivement et méthodiquement liquidés. 

Chronologie

La pologne aux mains des nazis: frise chronologique

Frise chronologique intitulée "La Pologne aux mains des nazis"

  • Octobre 1939 : création du Gouvernement général de Pologne
  • Octobre 1939 : premier ghetto créé en Pologne
  • Octobre-novembre 1940 : mise en place du ghetto de Varsovie
  • Juin 1941 : début de l’invasion allemande de l’URSS, premières tueries par les Einsatzgruppen
  • Août 1941 : généralisation des assassinats des juifs sur les territoires de l’URSS conquis par les nazis
  • Hiver 1941-42 : décision du génocide
  • 20 janvier 1942 : Conférence de Wannsee visant à l’organisation du génocide, appelée « la Solution finale de la question juive » par les nazis.
  • Mars 1942 : début de « l’Aktion Reinhard »
  • Mars 1942 : 1er convoi partant de France pour Auschwitz
  • Eté 1942 : généralisation des déportations, principalement vers Auschwitz, à partir de l’Europe de l’Ouest (France, Belgique, Pays-Bas).
  • Juillet 1942 : généralisation des déportations dans le Gouvernement général
  • Mars 1943 : début des déportations des juifs de Grèce vers Auschwitz
  • Avril 1943 : insurrection du ghetto de Varsovie
  • Novembre 1943 : liquidation des derniers juifs du Gouvernements général
  • Novembre 1943 : Après le démantèlement des centres de mise à mort de l’Aktion Reinhard, Auschwitz devient l’épicentre de la « Solution finale ».
  • Mai-juillet 1944 : grandes déportations de Hongrie vers Auschwitz
  • Juillet 1944 : les Soviétiques découvrent les traces de Treblinka
  • Janvier 1945 : Libération, par les Soviétiques, du complexe d’Auschwitz
Téléchargez ici la frise chronologique de la Pologne aux mains des nazis de 1939 à 1945

Les environs de Varsovie en 1940

Carte: les environs de Varsovie en 1940

Carte des environs de Varsovie en 1940. On voit les limites de la ville de Varsovie, traversée du nord au sud par le cours du fleuve Vistule. Le ghetto de Varsovie est situé à l'ouest du fleuve. Cinq gares sont à l'intérieur de la ville, du nord au sud:

  • Gare de Praga
  • Gare Gdanski
  • Gare Wilenska
  • Gare Wschodni
  • Gare Glowny

Une autre gare est située hors de la ville: la gare Wawer

Est également représenté le tracé des voies ferrées partant de la ville:

  • vers Palmiry et Gdansk au nord
  • vers le camp d'extermination de Treblinka au nord-est
  • vers le camp d'extermination de Majdanek au sud-est
  • vers Cracovie au sud
  • vers le camp d'extermination d'Auschwitz au sud-ouest

Carte des environs de Varsovie en 1940. Données : United States Holocaust Memorial Museum. Graphisme : Patrick Bonaldi, INA.

Téléchargez ici la carte des environs de Varsovie, indiquant l'emplacement du ghetto, en 1940.

Phase 1 : La mise en place du ghetto de Varsovie

Consigne : Visionnez cet extrait d’un documentaire intitulé « Ce jour-là : le ghetto de Varsovie », diffusé dans le journal télévisé de la nuit de l’ORTF le 19 avril 1969, à l’occasion de l’anniversaire du soulèvement du ghetto de Varsovie.

Embed player du document 00000005436. TC Début: 0 TC Fin: 48

question 1

À quoi voit-on que le quartier de Varsovie dont il est question dans la vidéo est devenu un ghetto ?

question 2

Quand le ghetto est-il mis en place par les nazis ?

question 3

Combien de personnes sont enfermées dans le ghetto de Varsovie ?

question 4

D’après les images, qu’est-ce qui peut caractériser la vie dans le ghetto de Varsovie ?

question 5

Quels éléments nous montrent que la vie continue à l’intérieur du ghetto ? D’après ces éléments, peut-on supposer que les Juifs connaissaient leur sort ?

question 6

Quelle(s) hypothèse(s) pouvons-nous émettre quant à l’origine de ces images : qui filme ? Pourquoi ?

Bilan de la phase 1

À la fermeture définitive du ghetto, le 15 novembre 1940, les 350 000 habitants juifs de Varsovie sont enfermés dans un quartier de la ville d’où ont été expulsés les habitants non-juifs. Les Juifs des petites villes autour de Varsovie y sont également envoyés (4 000 Juifs expulsés d’Allemagne en 1941 et des milliers de Roms intègrent le ghetto). Au total, 113 000 Polonais non-juifs ont été contraints de se réinstaller du côté aryen et ont été remplacés par 138 000 Juifs d'autres districts de la capitale. On estime jusqu’à 460 000 personnes le nombre de Juifs enfermés dans le ghetto en avril 1941 sur une superficie de 3,4 km2, ce qui équivaut à une moyenne de 7,2 personnes par chambre. Près de 85 000 d'entre eux sont des enfants de moins de 14 ans.

Très vite, les conditions de vie se détériorent et la famine s’installe. Les autorités allemandes sont seules responsables de l'arrivée de l'aide alimentaire, consistant généralement en pain sec, farine et pommes de terre de la plus basse qualité, gruau, navet. De fait, les nazis fournissent au ghetto l’équivalent de 184 calories par jour et par personne (les besoins caloriques quotidiens pour une personne sédentaire adulte sont d’au moins 1 800 calories pour une femme et 2 000 pour un homme), ce qui a pour conséquence la dégradation physique rapide des plus faibles, le développement de maladies et la multiplication des victimes (4 300 morts/mois en moyenne entre novembre 1940 et juillet 1942). 

Tout le monde troque dans le ghetto (objets et argent contre nourriture) et le seul véritable moyen de survie est la contrebande, accessible uniquement aux mieux lotis. Jusqu'à 80 % de la nourriture consommée dans le ghetto est importée illégalement. Des ateliers privés sont créés pour fabriquer des produits à vendre secrètement du côté aryen de la ville par des gens qui sortent clandestinement du ghetto en risquant leur vie.

Les habitants du ghetto sont astreints par les nazis à des travaux forcés dans le cadre d’ateliers et de fabriques créés par les autorités allemandes, mais aussi par des industriels ou hommes d’affaires, tout ce monde profitant d’une main d’œuvre très peu payée et quasi servile.

Entre octobre 1940 et juillet 1942, environ 92 000 résidents juifs du ghetto sont morts de faim, de maladies et de froid, ce qui représente près de 20 % de la population totale.

Phase 2 : Vie et survie dans le ghetto de Varsovie

Consigne : Observez attentivement cette photographie et répondez aux questions suivantes. 

Photographie du marché du ghetto de Varsovie

Photographie du marché du ghetto de Varsovie. Au loin, des bâtiments de 3 étages, au premier plan, une foule compacte. Le photographe est placé dans une voiture dont on voit le capot et une partie du pare-brise. La foule est littéralement fendue en deux par la voiture. Elle s’écarte, bien en amont de la voiture.

Photographie du marché du ghetto de Varsovie. Été 1941. Albert Cusian. © Bundesarchiv.

question 7

Cette photographie a été prise sur la place du marché du ghetto de Varsovie. Qu’est-ce qui frappe le regard et confirme ce qui a été observé dans le documentaire ?

question 8

Cette photographie est prise par un soldat allemand. Au-delà de son identité qui est connue, qu’est-ce qui nous permet de le savoir en regardant la photographie ?

Phase 3 : La faim omniprésente

Consigne : Observez attentivement cette photographie et répondez aux questions.  

Photographie d'enfants dans le ghetto de Varsovie

Photographie d'enfants dans le ghetto de Varsovie. On voit quatre enfants, dont un bébé. Ils sont habillés très pauvrement, avec des haillons. Un des enfants ne porte pas de chaussures. Ils semblent avoir froid et faim, comme en témoigne la maigreur de l’enfant du milieu, emmitouflé dans une sorte de couverture. L'enfant de droite sourit au photographe.

Scène de rue dans le ghetto de Varsovie. Été 1941. Albert Cusian. © Bundesarchiv.

question 9

Décrivez cette photographie d’enfants dans le ghetto de Varsovie.

question 10

Cette photographie vous semble-t-elle posée ou prise sur le vif ?

Phase 4 : Les conditions de vie dans le ghetto au travers d'un journal intime

Consigne : Lisez le texte suivant et répondez aux questions.

Les conditions de vie dans le ghetto de Varsovie décrites par Chaïm A. Kaplan

3 mai 1942

Le gardien du cimetière juif (…) affirme qu’il ne se passe pas deux jours sans qu’au moins 10 personnes abattues à coups de fusil ne soient apportées au cimetière. Et on peut se fier à un principe assuré  : quand quelqu’un meurt abattu à coups de feu, c’est l’œuvre des nazis parce que personne d’autre ne possède d’armes. (…)

4 mai 1942

L’épidémie de typhus est devenue moins grave avec l’arrivée du printemps. Pour cette raison, le taux moyen de mortalité a décru. Au lieu de 200 tombes par jour qu’il fallait creuser le mois dernier, il n’en est plus besoin maintenant que de 100 et il s’agit plus d’y enterrer des gens pauvres et âgés. Naguère, quand cette peste était virulente, les gens en bonne santé et jeune mourraient aussi en grand nombre. (…) La tuberculose a pris la place du typhus. C’est elle qui multiplie les décès parmi les jeunes du ghetto. Telle est la chronique de la famine. (…) 

7 mai 1942 

L’inflation suce notre sang et la moelle de nos os. De jour en jour, elle se fait plus sévère. Le prix du pain a doublé. Le mauvais pain coûte jusqu’à 15 zlotys le kilo et on se casse les dents à vouloir y mordre. Pour ce qui est du pain blanc, le prix en monte jusqu’à 30 zlotys. Avant la guerre, le prix des oignons était de 10 groszys ; maintenant, il est de 12 zlotys. Quand la ménagère va au marché avec 20 zlotys dans sa poche, elle rapporte à la maison un kilo de pain et un kilo de pommes de terre. La raison de cette hausse des prix ? Le ghetto, fermé de tous les côtés. Tout nous arrive par contrebande et la contrebande se fait au risque de la vie. Celui qui est pris en dehors des frontières du ghetto est condamné à mort.

Précision pour comprendre les prix : un grosz fait 100 zlotys. Le prix de l’oignon a ainsi été multiplié par 120. Avant-guerre, un pain blanc d’un kilo coûtait moins de 0,66 zlotys, soit plus de 45 fois moins que le prix dans le ghetto. Cela mettrait le prix de la baguette actuelle autour de 45 euros. Le salaire moyen de l’époque était d’environ 250 zlotys par mois.

Source : Chaïm A. Kaplan, Chronique d’une agonie. Journal du ghetto de Varsovie, Calmann-Lév  – Mémorial de la Shoah, 2009, p. 391-394

 

Téléchargez ici le témoignage de Chaïm A. Kaplan sur les conditions de vie dans le ghetto de Varsovie.

question 1

Faites des recherches sur Chaïm Kaplan. Qui était-il ? Quand écrit-il ces textes ? Comment peut-on qualifier son récit ?

question 2

Comment expliquer que les gens ne puissent pas manger à leur faim ?

question 3

Quelles sont les raisons pour lesquelles les gens meurent à l’intérieur du ghetto ?

question 4

Comment peut-on qualifier les conditions de vie dans le ghetto de Varsovie ?

Pour aller plus loin

Thèmes

Sur le même thème

Voir les documents suivants
Voir les documents précédents