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19 avril 1943 : l’insurrection du ghetto de Varsovie

Copyright de l'image décorative: © United States Holocaust Memorial Museum, courtesy of National Archives and Records Administration, College Park

Des Juifs arrêtés par les soldats allemands pendant l'insurrection du ghetto de Varsovie, en avril-mai 1943. Cette photographie est issue du rapport du SS Jürgen Stroop, chef du district de Varsovie.
Par Cyrielle Le Moigne-Tolbaresponsable éditoriale, Lumni Enseignement.
Publication : 18 avr. 2023 | Mis à jour : 10 juin 2024

Niveaux et disciplines

C’est le plus grand soulèvement de Juifs contre les nazis et le premier à se dérouler dans une ville d’Europe occupée. Le 19 avril 1943, quelque 750 membres de la résistance juive décident de ralentir autant qu’ils le peuvent la progression, dans le ghetto de Varsovie, de 2 000 hommes en armes agissant pour le compte du IIIe Reich. Des SS, des policiers allemands et des membres ukrainiens et baltes des troupes auxiliaires venus liquider les survivants de ce quartier coupé du reste du monde. Soutenus par des chars d’assaut, des véhicules blindés et appuyés par l’aviation, les hommes d’Hitler pensent l’emporter rapidement. Mais les résistants – des femmes et des hommes armés de mitraillettes, de grenades ou de cocktails Molotov – leur tiendront tête pendant vingt-sept jours. Vingt-sept jours de combat au cours desquels ils ne se battent pas pour la victoire, mais pour leur dignité.

 

Date de la vidéo: 1969 Collection:  - Journal de la nuit

Le ghetto de Varsovie

Une jeunesse désespérée en armes

Dans le ghetto, en avril 1943, il ne reste plus que 55 000 à 57 000 Juifs : c’est sept fois moins que trois ans auparavant (soit près de 400 000 âmes) au moment de la fermeture de cette zone de Varsovie. La faim, les maladies, les violences et les déportations massives vers les camps de travail et d’extermination expliquent cette saignée démographique. Les derniers occupants du ghetto ne se font pas d”illusion : les nazis veulent leur mort, ils l’auront.

Mais parmi ces derniers occupants, les plus jeunes n’entendent pas se laisser prendre sans résistance. Ils ont entre 14 et 25 ans et l’avenir pour eux n’est même plus une option. Ce sont des enfants qui ont été battus par les SS parce qu’ils tentaient de voler des légumes pour nourrir leur famille. Ce sont des adolescents qui ont parfois assisté à des scènes de cannibalisme[1] Le podcast de France Culture Le soulèvement du ghetto de Varsovie (collection Ils l’ont vécu) propose des témoignages de rescapés sur les conditions de vie atroces dans le ghetto. . Ce sont des jeunes gens qui, ayant grandi parmi les cadavres, n’ont pas peur de la mort. L’enfer, ils y vivent déjà.

Alors ce 19 avril 1943, quand les Allemands arrivent pour déporter les derniers habitants, quelques jeunes téméraires répondent à l’appel de Mordechaï Anilewicz, 24 ans, chef de l’Organisation juive de combat : Nous nous battons, non pour la vie, mais pour le prix de la vie ; non pour éviter la mort, mais pour la manière de mourir.

     

Trois pistes pédagogiques sur le processus d’assassinat systématique des Juifs en Pologne

Nous proposons 3 pistes pédagogiques destinées aux élèves de 3e, Terminale générale, Terminale technologique et Première professionnelle. Elles ont été rédigées par Iannis Roder, professeur d’histoire-géographie. En analysant la situation dans le gouvernement général de Pologne, et plus précisément dans le ghetto de Varsovie, elles exposent la volonté d’assassinat systématique des Juifs par les nazis en insistant sur les aspects méthodiques et industriels de cette politique génocidaire.

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La plus grande communauté juive d’Europe

Avant la Seconde Guerre mondiale, Varsovie était une ville d’environ 1,3 million d’habitants, dont presque 380 000 Juifs, soit près de 30 % de la population. La communauté juive de Pologne était la plus grande d’Europe et jouissait du statut de minorité nationale, c’est-à-dire que les Juifs se distinguaient des autres citoyens par leur langue, leur culture et leurs traditions. Les quelque 3,3 millions de Juifs du pays vivaient alors principalement dans les moyennes et les grandes villes. Ils parlaient polonais et yiddish, avaient leurs propres théâtres, leur littérature, leurs journaux, leurs écoles et même leurs partis politiques. Socialistes ou conservateurs religieux, ils étaient représentés au Sejm, le Parlement polonais.

En septembre 1939, quand Hitler envahit la Pologne, il fait voler ce monde en éclats. À la fin de 1939, la Pologne est partagée entre l’URSS et l’Allemagne nazie, en vertu du pacte germano-soviétique Molotov-Robentrop. Varsovie se retrouve dans la partie nazie.

Quelques semaines après l’invasion nazie, les premières mesures discriminatoires frappent la population juive du nouveau gouvernement général de Pologne. Le premier ghetto est ainsi mis en place dès le 8 octobre 1939 à Piotrkow, dans le centre du pays. À Varsovie, les Juifs, déshumanisés et présentés par les autorités comme un danger (ils propageraient le typhus), sont peu à peu rassemblés et coupés du reste de la population. Le 15 novembre 1940, le ghetto est fermé. On sait, grâce aux rapports du SS Jürgen Stroop, chef du district de Varsovie, que le ghetto compte à l’époque 27 000 logements et que chaque logement compte en moyenne 2,5 pièces. Plus de 400 000 personnes s’y entassent.

Le processus d’assassinat systématique des Juifs en Pologne. La vie dans le ghetto de Varsovie (1/3)

Cette piste pédagogique propose aux élèves d’appréhender les conditions de vie dans le ghetto grâce aux images d’un documentaire tourné en 1969, d’extraits de journaux intimes et de photographies de propagande nazies.

À partir de juillet 1942, les déportations

Toujours selon le SS Jürgen Stroop, c’est pour des raisons de sécurité et d’hygiène que les nazis décident de déporter massivement la population du ghetto à partir de juillet 1942. Les SS et la police juive raflent régulièrement des habitants et les mènent à la Umschlagplatz, la place du transfert, d’où partent les trains pour les camps de travail et d’extermination. 

Entre le 22 juillet et le 12 septembre 1942, les Allemands déportent ou assassinent sur place au moins 300 000 Juifs du ghetto de Varsovie. En réaction, l’Organisation juive de combat (Żydowska Organizacja Bojowa) est créé le 28 juillet 1942. Ses chefs, dont  Mordechaï Anilewicz (cité plus haut) et Marek Edelman, 24 ans, parviennent à entrer en contact avec l'organisation de résistance polonaise, non-juive et active à l’extérieur du ghetto, et obtiennent d’elle la livraison de mitraillettes et de grenades. Leur objectif : protéger les 55 000 à 57 000 Juifs encore présents dans le ghetto. 

Le 18 janvier 1943, les Allemands pénètrent dans le quartier réservé aux Juifs pour mettre en œuvre la déportation finale. Mais sur la Umschlagplatz, alors que les malheureux s’apprêtent à monter dans les wagons, des résistants surgissent et piègent les nazis. Après trois jours de combat, les déportations sont temporairement suspendues. Une première victoire, certes symbolique, de la résistance juive. En prévision de l’affrontement final, les habitants du ghetto se mettent alors à construire des abris souterrains et à creuser des passages entre les immeubles, pour circuler sans être vus. Ils attendent l’ultime assaut.

Le processus d’assassinat systématique des Juifs en Pologne. Les rafles, les déportations et la révolte du ghetto de Varsovie (2/3)

La déportation est évoquée dans cette piste pédagogique à partir de témoignages et d’une photographie clandestine de l’Umschlagplatz (la place du transfert vers les camps nazis).

L’insurrection du 19 avril 1943

La veille de la Pâque juive, le 19 avril 1943, le SS Jürgen Stroop, lance ce qu’il appelle dans ses rapports une action de nettoyage massive. Un assassinat de masse. Ce jour-là, dans le camp adverse, la résistance est féroce. Toujours de nouveaux groupes de combat, composés de 20, 30 ou plus, garçons juifs de 18 à 25 ans, accompagnés d’autant de femmes, alimentaient la résistance. Ces groupes de combat avaient la consigne de résister par les armes jusqu’au dernier homme et, le cas échéant, d’échapper à la capture en se suicidant, écrit-il. Ces combattants juifs sont soutenus par des bandits polonais (nommés ainsi par Stroop), qui sont des résistants anti-nazis non Juifs. Les Allemands sont harcelés par les combattants juifs, armés chacun d’un revolver et de 4 à 5 grenades à main et qui connaissent mieux le terrain. Pendant vingt-sept jours, l’une des plus puissantes armées du monde est mise en difficulté par des soldats irréguliers mal équipés.

Mais l’issue est sans espoir. Himmler, le maître d’œuvre de la Shoah, est déterminé à détruire le ghetto. Dans un de ses impeccables rapports envoyés à Berlin, le SS Stroop écrit : La résistance fournie par les Juifs et les bandits ne put être brisée que grâce à l’action infatigable, de jour et de nuit, des troupes de choc.

Le 8 mai, le chef charismatique de l’Organisation juive de combat, Mordechaï Anilewicz, est tué. Et le 16 mai 1943, la révolte est réduite à néant. La zone du ghetto est en ruine.

Vue des ruines du ghetto de Varsovie en 1947

Photographie en couleurs des ruines du ghetto de Varsovie, juin 1947. Une personne en costume avec chapeau est debout au milieu de tas de gravats qui occupent tout l'espace. Au fond de l'image, on aperçoit des immeubles encore debout.

Photographie en couleurs des ruines du ghetto de Varsovie prise en juin 1947. © United States Holocaust Memorial Museum, courtesy of Robert L. Kaplan.

Le silence des Alliés

Le 16 mai 1943, Stroop rapporte avoir capturé 56 065 Juifs et détruit 631 bunkers, les abris souterrains du ghetto. Selon ses chiffres, ses unités ont tué 7 000 Juifs pendant le soulèvement. Environ 7 000 autres seront déportés à Treblinka et, pour la plupart, gazés à leur arrivée. Presque tous les autres survivants, environ 42 000, seront déportés vers des camps de travail et de concentration.

 

Le processus d’assassinat systématique des Juifs en Pologne.  Les assassinats de masse (3/3)

Dans cette piste pédagogique, les élèves sont invités à réagir à l’interview d’Abraham Bomba, survivant du camp d'extermination de Treblinka, dans le film Shoah, de Claude Lanzmann.

 

Quel impact cette première résistance juive d’ampleur aura-t-elle sur les Alliés ? Très limité hélas. À Londres, le Conseil national du gouvernement polonais en exil tentera bien d’éveiller les consciences des décideurs occidentaux : il ne récoltera que de l’indifférence. Le 12 mai 1943, un membre de ce gouvernement en exil, Samuel Zygelbojm, se suicide pour marquer son indignation. Il avait rédigé quelques jours auparavant le message suivant : La responsabilité du crime d’extermination totale des populations juives de Pologne incombe en premier lieu aux fauteurs du massacre, mais elle pèse indirectement sur l’humanité entière, sur les peuples et les gouvernements des nations alliées qui n’ont, jusqu’ici, entrepris aucune action concrète pour arrêter ce crime... Par ma mort, je voudrais, pour la dernière fois, protester contre la passivité d’un monde qui assiste à l’extermination du peuple juif et l’admet.

Pour aller plus loin

Shoah, de Claude Lanzmann

Dans ce dossier, nous vous présentons toutes les ressources autour de six extraits du film Shoah de Claude Lanzmann : les vidéos et les accompagnements pédagogiques.

Répressions et déportations en France et en Europe

Épousant le thème du Concours national de la Résistance et de la déportation 2018-2019, ce corpus propose des archives issues des fonds de presse filmée et de télévision de l'INA.

Le ghetto de Varsovie vu par la propagande nazie

Vidéo sur Lumni.fr : Shoah : le ghetto de Varsovie

Capture écran de la vidéo montrant une rue de Varsovie en 1943. Sur la droite de l'image, les façades des bâtiments sont partiellements détruites et de la poussière obstrue les bâtiments au fond de l'image.

Notre partenaire lumni.fr propose une vidéo de 2 minutes, tirée du documentaire Apocalypse : la Deuxième Guerre mondiale, consacrée au ghetto de Varsovie. On découvre ainsi comment les nazis fabriquaient des films de propagande sur ce quartier coupé du monde.

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