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Baudelaire chef d’école : les héritiers du poète maudit

Copyright de l'image décorative: © Émile Deroy (1820-1846)

Portrait de Charles Baudelaire en 1844.
Par Jean-Clément Martin BorellaJournaliste histoire et culture
Publication : 31 mai 2024 | Mis à jour : 10 juin 2024
Temps de lecture : 4 min

Niveaux et disciplines

Bien qu'il n'ait publié de son vivant que deux ouvrages, Les Fleurs du mal et Les Paradis artificiels, Charles Baudelaire a, par sa modernité, bouleversé la littérature de son temps et, par la force de son œuvre complète, imprimé durablement sa marque sur le nôtre. Admiré par Paul Verlaine, Arthur Rimbaud ou Stéphane Mallarmé, il a souvent été considéré comme le précuseur du mouvement symboliste. 

 

« Je ne connais rien de plus compromettant que les imitateurs et je n’aime rien tant que d’être seul. Mais ce n’est pas possible ; et il paraît que l’école Baudelaire existe », écrit Charles Baudelaire à sa mère, le 5 mars 1866, quelques jours avant d’être frappé par une attaque d’hémiplégie. Comme un passage de flambeau, l'auteur des Fleurs du mal reconnaît qu’il y a « du talent chez ces jeunes gens », notamment chez Paul Verlaine, qui lui a consacré un article dans la revue L’Art. « La profonde originalité de Charles Baudelaire, c’est, à mon sens, de représenter puissamment et essentiellement l’homme moderne », écrit Verlaine, alors âgé de 21 ans. Les plus à même de comprendre l'œuvre innovante du poète ne sont donc pas les auteurs du moment, mais ceux en devenir : un malheur pour la réussite sociale, une bénédiction pour la postérité. 

Les héritiers de Baudelaire

À défaut de frères, Baudelaire aura « des enfants » : Paul Verlaine, donc, mais aussi Stéphane Mallarmé ou Arthur Rimbaud. Ainsi, il se fait malgré lui chef d’école. Mais de laquelle ? L’histoire a classé la plupart de ses disciples dans le mouvement symboliste, alors il est admis d’en faire le précurseur. En 1886, dans Le Figaro, le poète Jean Moréas (1856-1910) exposait les principes de cette école : « Dans cet art, les tableaux de la nature, les actions des humains, tous les phénomènes concrets ne sauraient se manifester eux-mêmes, ce sont là des apparences sensibles. » La distance avec le réalisme est établie. Le symbolisme est « ennemi de la déclamation, de la fausse sensibilité ». Le romantisme est ici visé. Ce mouvement aime aussi « suggérer les idées abstraites », au contraire de l’exploitation logique du réel que prônent les positivistes.

Baudelaire reste, dans l’imaginaire, ancré dans la case des « poètes maudits ». Il a fait de sa vie et de son œuvre les caractéristiques d’un lieu commun : le poète est un exilé dont la révolte renferme le génie. Il a renforcé par son cas particulier cette conception générale : 

Le Poète est semblable au prince des nuées
Qui hante la tempête et se rit de l’archer ;
Exilé sur le sol au milieu des huées,
Ses ailes de géant l’empêchent de marcher. 

« L’Albatros », Les Fleurs du mal.
     

Poète maudit ?

À l’origine, ce concept provient d’un essai que Paul Verlaine a consacré, en 1883, à trois poètes contemporains : Rimbaud, Mallarmé et Corbière. Cet article de la BnF les Essentiels revient sur la genèse et l'évolution de ce terme.

Capture d'écran du site BnF Les Essentiels consacré aux poètes maudits

Capture d'écran du site BnF Les Essentiels consacré aux poètes maudits.

Les trois principaux courants poétiques liés à Baudelaire

Le romantisme : En héritier, Baudelaire a modernisé un courant qui, le premier, a bouleversé les codes poétiques. Ses représentants majeurs sont Victor Hugo, Alphonse de Lamartine et Alfred de Musset.


Le réalisme : Classé dans cette école par la bourgeoisie, Baudelaire y a des attaches, mais il est trop imaginatif pour en faire partie.


Le symbolisme : Voulant dépasser la représentation réaliste, les symbolistes ont une vision spirituelle du monde. Baudelaire en est le précurseur.

Pour aller plus loin

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• Si Baudelaire a grandi avec les romantiques, il s'est pourtant peu reconnu en eux, prenant bientôt ses distances avec le mouvement. Avec sa poésie – qui s'inspire tout à la fois de la rue, du laid, du mal, du spleen –, il propose alors, selon les mots de Victor Hugo, un frisson nouveau.

• Au moment de leur publication, en 1857, Les Fleurs du mal sont violemment critiquées et bientôt considérées comme un défi jeté aux lois qui protègent la religion et la morale. Une œuve scandaleuse ou bien trop en avance sur leur temps ?

• Les transformations du monde – notamment celles de Paris, initiées par le baron Haussmann, ou celles de la technique, comme la photographie – ont constitué pour Baudelaire le sublime creuset de son œuvre mêlant tout à la fois poésie et prosaïque.

• Changer la vie, écrivait Arthur Rimbaud. Il fut alors un adolescent rebelle, un artiste précoce, un amoureux transgressif, un aventurier du bout du monde. Et sa poésie s'est faite chant et changement. Retour sur la vie et l'œuvre d'un jeune voyant. 

Niveaux: Cycle 3 - Cycle 4 - Lycée général et technologique - Lycée professionnel

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