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La cérémonie du 50e anniversaire de la rafle du Vél'd'Hiv

Date de diffusion : 16 juil. 1992

Des incidents éclatent pendant la cérémonie de commémoration du 50e anniversaire de la rafle du Vél'd'Hiv, provoquant la colère et la « honte » de Robert Badinter.

Niveaux et disciplines

Ressources pédagogiques utilisant ce média

  • Niveaux: Lycée général et technologique - Lycée professionnel

    Racisme et antisémitisme en France

  • Niveaux: Cycle 4 - Lycée général et technologique - Lycée professionnel

    La rafle du Vél’d’Hiv

Informations et crédits

Type de ressource :
Forme :
Collection :
Production :
INA
Page publiée le :
2006
Modifiée le :
19 sept. 2022
Référence :
00000000534

Contexte historique

Par Carole Robert

Les années 1970 constituent un tournant décisif dans la mémoire de la Seconde Guerre mondiale. Des débats, des films et des ouvrages provoquent la prise de conscience progressive et collective d'une complicité du régime de Vichy dans le génocide des Juifs. L'ouvrage de Robert Paxton La France de Vichy, publié en France en 1973, part des archives allemandes pour montrer que Vichy a voulu une politique de collaboration dès 1940 et a participé à la répression contre les Juifs de manière autonome.

En 1972, les polémiques provoquées par l'affaire Touvier, ancien responsable de la milice gracié discrètement par Georges Pompidou, révèle à quel point la Seconde Guerre alimente des passions douloureuses. Parallèlement, le film Le Chagrin et la Pitié de Marcel Ophüls (1971) démythifie l'image d'une France unanimement résistante. Le téléfilm américain Holocaust (1978), le film Shoah de Claude Lanzmann (1985) et l'ouverture des archives de Vichy multiplient les recherches sur la responsabilité française. L'ouvrage Vichy-Auschwitz de Serge Klarsfeld apporte les preuves qui accablent le régime de Vichy. 

Le retentissement des grands procès contre Klaus Barbie (1983-1987) et Maurice Papon (1997-1998) participent aussi de l'évolution des savoirs et des mémoires. En 1992, Simone Veil inaugure le mémorial du martyr juif inconnu à Paris. Et, pour la première fois en 1993, le président de la République, François Mitterrand, assiste à la cérémonie en l'honneur des victimes de la rafle du Vél'd'Hiv. Il refuse en revanche que la République française soit « comptable » des crimes de Vichy. C'est le 16 juillet 1995 que Jacques Chirac reconnaîtra enfin la responsabilité des Français et de l'État dans les crimes commis par Vichy.

Éclairage média

Par Carole Robert

« La France face à sa mémoire» : la formulation choisie par le présentateur du journal met en avant l'aspect collectif du travail de mémoire auquel est confronté tout citoyen. L'action du président de la République est valorisée par le présentateur et par le commentaire : c'est « la première fois » qu'un président de la République rend hommage aux victimes du Vél'd'Hiv. Pendant le reportage sur le terrain, le commentaire confère même au geste du président le rôle d'une condamnation des crimes de Vichy. Le journaliste prend ainsi parti pour Mitterrand en évoquant ensuite la minorité de personnes qui estime ce geste insuffisant et qu'il juge responsables d'avoir troublé la dignité de la cérémonie. Les incidents sont filmés caméra à l'épaule : le spectateur a l'impression d'être plongé dans la foule. La proximité des cadreurs avec l'événement provoque l'hostilité de certains manifestants qui cachent l'objectif.

Des scènes de rejet des caméras de télévision se multiplient au cours des années 1990. C'est le signe de la méfiance qui se développe à l'encontre de la télévision dont l'impartialité est remise en cause. L'hostilité à l'encontre des caméras révèle également la prise de conscience de la facilité à manipuler les images ou les paroles au montage. Robert Badinter réagit très passionnément à ces événements : une grande colère et une grande émotion se dégagent de son discours improvisé, filmé de face en cadre fixe. Le commentaire en voix off ne reprend qu'à la fin du discours illustré par des images émouvantes : le retour à la dignité est ainsi représenté par un public attentif et ému et des personnalités politiques (Simone Veil notamment). Le dernier plan, dont le cadre en contre-plongée part d'une amorce sur la gerbe de fleurs et s'élève vers le soleil dans un quasi contre-jour, est très symbolique et adapté au lyrisme du commentaire.

En effet, la fin du commentaire est étonnamment littéraire, en se référant à des principes philosophiques et moraux universels sur l'histoire, tribunal du monde et la mémoire, avocat des justes causes (métaphores un peu obscures). Le journaliste semble s'adapter aux enjeux des cérémonies sur la Seconde Guerre mondiale, qui véhiculent des principes universels et moraux et font plus appel à l'émotion qu'à l'analyse.

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