La guerre d’Algérie et ses mémoires

La guerre d’Algérie et ses mémoires

Par L'équipe Lumni EnseignementPublication : 01 mars 2022

La guerre d’Algérie se rattache au processus global de décolonisation qui s’enclenche sur les continents asiatiques et africains au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Mais cette guerre revêt un caractère unique, en raison du statut particulier de l’Algérie : c’est un territoire intégré à la France, où vit près d’un million de colons européens.

     

# Un conflit douloureux jusqu’à aujourd’hui

La guerre d’Algérie n’est pas un conflit « ordinaire », qui oppose deux pays. C’est d’abord une guerre menée en situation coloniale, dans une société marquée par l’inégalité entre européens et « Indigènes ». C’est ensuite un conflit asymétrique, qui oppose deux camps aux forces inégales en termes d’hommes ou de matériels. C’est aussi une guerre complexe car, à la lutte pour ou contre l’indépendance, se sont ajoutés des affrontements dans chacun des deux camps.

En France, la guerre d’Algérie marque un bouleversement politique et social majeur. Elle provoque la chute de la IVe République et la naissance de la Ve, avec une nouvelle Constitution. En France, l’année 1962 voit arriver près d’un million de pieds-noirs et de harkis, plus ou moins bien accueillis et intégrés.

La séparation des deux pays, au terme d’un conflit de sept ans et demi, a produit de la douleur. Les mémoires des communautés traumatisées par la guerre se sont construites en concurrence : soldats, officiers, immigrés, harkis, pieds-noirs, Algériens nationalistes…

Aujourd’hui, la guerre d’Algérie reste toujours une page douloureuse de l’histoire récente. Et les relations entre l’État français et l’État algérien demeurent, soixante après l’indépendance, complexes et tumultueuses. Cependant, ces dernières années et ces derniers mois, la France et l’Algérie ont témoigné d’une volonté commune d’apaisement mémoriel.

# Une vaste sélection de ressources

Pour mieux comprendre ce conflit, nous vous proposons une vaste sélection thématique, découpée en trois parties : la période de la guerre d’abord (1954-1962), avec  un reportage de Cinq colonnes à la Une sur le sergent Robert, appelé en Algérie, un extrait de la série documentaire Musulmans de France, de 1904 à nos jours, et un épisode de La Grande Explication sur les accords d’Évian. Vous y trouverez aussi trois pistes pédagogiques s’appuyant sur de nombreuses vidéos d’archives qui permettent de revenir sur les grandes étapes de ce qu’on a longtemps appelé « les événements d’Algérie », vus côté français.

La deuxième partie s’intéresse aux mémoires de la guerre d’Algérie. Nous y présentons l’exceptionnelle et toute récente série documentaire en 6 épisodes, coproduite par l’INA et Arte France : En guerres(s) pour l’Algérie. Réalisée par Rafael Lewandowski et co-écrite par l’historienne Raphaëlle Branche, cette série donne la parole à plusieurs dizaines de témoins (appelés, pieds-noirs, militants indépendantistes côté algérien et côté français, partisans de l’Algérie française…) qui ont vécu la guerre. Nous vous proposons également une piste pédagogique directement utilisable en classe sur les mémoires de la guerre.

Enfin, la troisième partie rassemble plusieurs ressources complémentaires, issues de sites patrimoniaux et pédagogiques édités par l’INA : le site Indépendances, produit en 2008 en collaboration avec le ministère des Armées, le site Sudorama, archives audiovisuelles de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, et enfin le site Panorama Grand Est, pour la région Grand Est. Pour terminer, nous vous proposons de retrouver l’intégralité des entretiens de la série En guerre(s) pour l’Algérie : 180 heures d'entretiens réalisés avec 66 témoins de la guerre d'Algérie, civils et combattants des deux camps.

# La guerre d’Algérie

Sept années d’un dur conflit, de 1954 à 1962, ont abouti à la séparation de l’Algérie et de la France. Plusieurs vidéos d’archives et trois pistes pédagogiques et permettent de revenir sur les grandes étapes de cette guerre.

# Vidéos

« Cinq colonnes à la Une » : le Sergent Robert

Pour le premier reportage du tout premier numéro du célèbre magazine d’information Cinq colonnes à la Une, en janvier 1959, les journalistes filment un jeune appelé, le sergent Charlie Robert. Après avoir fait connaissance avec sa famille (nombreuse), qui habite un petit village de Provence, la caméra montre ce héros d'un soir en Algérie, dans le djebel, au milieu de ses camarades. On le voit participer à l'action pacificatrice (soins médicaux, scolarisation, encadrement sportif), puis aux opérations en cours.

Les immigrés algériens en France et la guerre d'Algérie

Cet extrait de la série documentaire Musulmans de France, de 1904 à nos jours rappelle que le conflit algérien se vit aussi en France, entre le MNA (Mouvement national algérien) et le FLN (Front de libération nationale).

Les accords d’Évian

En 5 minutes, La Grande Explication revient sur les enjeux des accords d’Évian, signés le 18 mars 1962 entre le gouvernement français et les représentants du Front de Libération Nationale. L’accord de cessez-le-feu met fin à huit années de guerre en Algérie. Mais les accords d'Évian ne sont pas synonymes de paix et les violences redoublent d'intensité...

# Pistes pédagogiques

La guerre d’Algérie à partir des images d'actualité

Cette piste pédagogique s’appuie sur une large sélection de vidéos et permet de voir comment le pouvoir français a évolué vis-à-vis de la question algérienne, des premiers événements de 1954 à la fin de la guerre en 1962.

De Gaulle et l'Algérie (1958-1962)

Le conflit algérien qui débute à la Toussaint 1954, sous le ministère de Pierre Mendès France, s'envenime et fragilise les gouvernements de la IVe République. Le général de Gaulle, revenu au pouvoir à la faveur des événements du 13 mai 1958, malgré toute l'autorité que lui confèrent la nouvelle Constitution et l'appui de l'opinion métropolitaine, mettra presque quatre ans pour sortir de cette guerre qui n'osait pas dire son nom. Cette piste pédagogique s’appuie sur des archives de l’INA et de l’ECPAD (Établissement de communication et de production audiovisuelle de la Défense).

La crise du 13 mai 1958 vue par les Actualités françaises

À travers deux archives des Actualités françaises, diffusées à une semaine d'intervalle autour du 13 mai 1958, on voit comment le discours officiel sur les événements d'Algérie change du tout au tout. Il reflète le changement de pouvoir à la tête de l'État, avec le retour du général de Gaulle.

# Les mémoires de la guerre d’Algérie

# Vidéos

Série documentaire : « En guerres(s) pour l’Algérie »

Soixante ans après les accords d’Évian, cette ambitieuse série documentaire retrace l’un des plus traumatisants conflits coloniaux du XXe siècle. En archives et à travers l’expérience intime de celles et ceux qui l’ont vécu en France et en Algérie, un récit aussi éclairant que touchant.

Une série documentaire en six épisodes, coproduite par l’INA et Arte France, réalisée par Rafael Lewandowski et co-écrite par Raphaëlle Branche.

# Piste pédagogique

Les mémoires de la guerre d’algérie

Dès la fin de la guerre qui a entraîné l’indépendance de l’Algérie en 1962, les mémoires de ce conflit n’ont cessé d’agiter les sociétés française et algérienne, en dépit de la mise en place rapide de mécanismes de fabrication de l’oubli de la guerre (Benjamin Stora, La Gangrène et l’Oubli, Le Seuil, 1991). Soixante ans après la fin de la guerre, ces mémoires demeurent encore très vives. On peut distinguer celle des pieds-noirs, celle des harkis et de leurs descendants, celle des appelés du contingent et celle des immigrés algériens. Ces différentes mémoires se sont fréquemment heurtées depuis 1962. Face à ces mémoires plurielles et souvent antagonistes, les historiens s’efforcent d’écrire une histoire de la guerre d’Algérie distanciée. Mais leur travail n’est guère aisé et a régulièrement suscité des polémiques.

Ce parcours pédagogique, mis à jour en 2022 pour tenir compte des récents gestes mémoriels (rapport Stora de janvier 2021, reconnaissance de la responsabilité de la France dans la disparition de Maurice Audin et l’assassinat d’Ali Boumendjel), s’intéresse aux mémoires de la guerre d’Algérie et à leur évolution depuis 1962, ainsi qu’au rôle de l’historien dans l’affrontement de ces mémoires.

# Ressources complémentaires

# Indépendances

Sorti en 2014, le site Indépendances est coproduit par l’INA, le ministère de la Défense (DMPA), l’ECPAD et le musée de l’Armée. Il propose 300 vidéos sur les indépendances des pays de l’ancien empire colonial français, issues des fonds de l’INA et de l’ECPAD.

À côté des 125 vidéos d’archives qui concernent l’Algérie, plusieurs parcours thématiques, rédigés par des historiens, racontent la décolonisation en Algérie.

# Sudorama

Ce site rassemble plus de 500 vidéos racontant l’histoire de la région Sud depuis 1940 : arts et culture, économie, société, espaces et paysages, relations internationales, sciences et techniques, sport, vie politique…

Parmi celles-ci, plusieurs concernent les rapatriés d’Algérie, qui se sont installés dans cette région méditerranéenne, ou le retour des appelés, qui ont débarqué à Marseille.

# Panorama Grand Est

Cette fresque pédagogique propose plus de 300 contenus (vidéos, parcours thématiques, pistes pédagogiques) sourcés et fiables, pour les enseignants du lycée, leurs élèves, et pour le grand public, autour de l’histoire, de la culture et des langues du territoire Grand Est.

Un parcours thématique sur les mémoires de la guerre d’Algérie dans le Grand Est est librement accessible pour tous :

Pour les enseignants et les élèves en lycée de la région Grand Est, qui bénéficient d’un accès réservé via leur ENT Mon Bureau Numérique, une piste pédagogique est proposée : Mémoires et histoire d’un conflit : la guerre d’Algérie.

# Grands entretiens

La collection d’entretiens patrimoniaux En guerre(s) pour l’Algérie rassemble 66 témoignages d’hommes et de femmes qui ont vécu la guerre d’Algérie (1954-1962).

Ces récits individuels constituent un corpus représentatif de la diversité des expériences vécues pendant cette guerre : appelés du contingent, engagés et militaires de carrière français, militants indépendantistes (du Front de libération nationale et du Mouvement national algérien) en métropole et en Algérie, combattants de l’Armée de libération nationale, civils algériens, Français d’Algérie, intellectuels et étudiants, réfractaires, personnels de l’administration française en Algérie, membres de l’OAS, supplétifs de l’armée française, porteurs de valise…

Cette collecte de témoignages est inédite. Pour beaucoup de témoins, il s’agissait pour la première fois de raconter leur histoire, leur perception des événements et leurs émotions. En les écoutant, on est immergé dans la dimension humaine de ces expériences de  guerre.