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Édouard Geffray (DGESCO) : Il règne une libération décomplexée de la parole sur Internet

Copyright de l'image décorative: © Nicolas DUPREY/ CD 78

Par Jean-Pierre Vrignaudjournaliste spécialisé en histoire
Publication : 08 nov. 2023 | Mis à jour : 10 juin 2024

Niveaux et disciplines

Signalement au 3018, programme pHARe, loi sur la majorité numérique… Face au cyberharcèlement, l’Éducation nationale multiplie les actions.

Portrait d'Edouard Geffray, directeur général de l'enseignement scolaire (DGESCO). Homme à la peau blanche, cheveux châtains courts, portant chemise blanche, cravate et veste sombre.

Question à Édouard Geffray, directeur général de l’enseignement scolaire (DGESCO) au Ministère de l'Éducation nationale et de la Jeunesse

Lumni Enseignement : Comment le cyberharcèlement, qui se passe souvent hors de l’espace et du temps scolaires, peut-il être combattu ?

Édouard Geffray : Dans tous les cas, même si le cyberharcèlement intervient en dehors de l’institution, l’Éducation nationale est concernée dès lors que des élèves sont en cause, car nous avons la responsabilité de protéger nos enfants. La première chose est de rappeler que nous avons des moyens d’action, que le jeune a des moyens d’action. Il y a un premier levier qui est de faire supprimer les contenus qui posent problème sur Internet. Ça, le professeur ou le chef d’établissement ne peuvent pas le faire directement. En revanche, ils peuvent s’adresser au 3018, notre partenaire historique sur le sujet. Le réflexe de base, c’est de dire au jeune d’appeler ce numéro pour faire supprimer les contenus : photos dégradantes, revenge porn, etc. Le 3018, grâce à ses relations avec les plateformes numériques, peut agir très rapidement. Le délai va d’une heure à deux heures jusqu’à 24 heures. Cela fait deux ans que nous demandons que le 3018 soit mentionné sur tous les carnets de correspondance. Par ailleurs, il y a chaque année des campagnes d’affichage dans les établissements scolaires pour promouvoir ce numéro.

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Édouard Geffray : Ensuite, l’univers cyber a ceci de particulier qu’on peut y agir de manière quasiment anonyme et qu’il y règne une forme de libération décomplexée de la parole. Ce n’est d’ailleurs pas uniquement le fait des enfants. Quand vous voyez le torrent de boue qui se déverse parfois sur certains réseaux sociaux, vous pouvez moins facilement demander aux jeunes d’être exemplaires. La libération de la parole violente sur les réseaux sociaux nécessite une approche générale sur tout ce qui est respect de l’altérité, pondération de ses expressions, empathie. Une approche qui s’inspirerait de ce qui se passe au Danemark, où le ministre de l'Éducation nationale s’est rendu dernièrement. Nous savons que le harcèlement vise souvent le handicap, l’orientation sexuelle, les différences quelles qu’elles soient. L’éducation à la non-violence et au respect de l’altérité est la condition du respect dans l’univers cyber. Les heures de vie de classe, les formations sur le harcèlement doivent permettre de sensibiliser à ces notions, en particulier les dix heures de cours pour tous les élèves inclus dans le programme pHARe.

 

Édouard Geffray : À côté de cet effort éducatif, la prévention passe aussi par la création d’un espace aussi sécurisé que possible pour nos jeunes. Quand le portable a été interdit au collège, il y a eu des retours assez unanimes de la communauté éducative pour dire que ça avait en grande partie contribué à pacifier le climat scolaire, en particulier dans la cour, parce que nous étions arrivés à un stade où les jeunes se filmaient en train de pousser quelqu’un dans la cour, en train de le faire tomber, voire de le frapper. Paradoxalement, on a recréé au collège un espace plus sûr, en termes de cyberviolence, qu’à l’extérieur.

Sur la question des sanctions, nous avions un point de blocage lorsque les harceleurs appartenaient à un autre établissement que l’élève harcelé. Contre le cousin, la cousine ou les copains du harceleur qui lui « prêtaient main forte » et qui étaient scolarisés ailleurs, nous ne pouvions rien faire. Depuis le mois d'août 2023 – et c’est important de le faire savoir aux collégiens –, quand un chef d’établissement a connaissance de faits de cyberharcèlement commis contre ses élèves par des jeunes d’un autre établissement, il peut appeler le référent départemental en matière de harcèlement. Celui-ci va alors contacter le proviseur du collège des harceleurs, afin qu’une procédure disciplinaire puisse être engagée. Ça change la donne, parce qu’on fait ainsi disparaître un sentiment d’impunité.

Le dernier enjeu essentiel sur lequel nous travaillons, c’est la mise en œuvre de la loi du 16 juillet 2023 sur la majorité numérique. L’objectif est de s’assurer qu’un mineur de moins de 15 ans ne s’inscrit pas sur un réseau social sans l’accord de ses représentants légaux et qu’il ne peut pas du tout s’y inscrire avant ses 13 ans, conformément à la règlementation RGPD. La loi impose désormais aux réseaux sociaux de contrôler eux-mêmes l’âge des personnes qui s’inscrivent. Des travaux sont aujourd’hui en cours avec l’Arcom, la CNIL et Jean-Noël Barrot, le ministre délégué chargé de la Transition numérique, pour trouver le moyen de rendre effective cette nouvelle réglementation.

Pour aller plus loin

Le plan national de lutte contre le harcèlement

Une présentation de pHARe, plan global de prévention et de traitement des situations de harcèlement à l’école. Mis en place depuis 2021, généralisé aux écoles et collèges à la rentrée 2022, il est étendu aux lycées depuis la rentrée 2023.

Le 3018, un numéro et une application

  • 3018 : en cas harcèlement et de cyberharcèlement. 100 % anonyme, gratuit et confidentiel. Disponible 7j/7, de 9 heures à 23 heures. Une équipe dédiée, composée de psychologues, juristes et spécialistes des outils numériques.
  • Téléchargez l'application 3018 sur les plateformes habituelles iOS et Google Play. Tchat, questionnaire, fiches pratiques et possibilité de stockage des preuves.

Des vidéos

Date de la vidéo: 2018 Collection:  - Mon Fil Infographie

Qu'est-ce que le harcèlement scolaire ?

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Quatre articles

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• Harcèlement à l'école : que peuvent faire les enseignants ?
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• Le 3018 : le recours des jeunes victimes de cyberharcèlement
La force de ce dispositif ? Les écoutants, psychologues et juristes, sont capables de faire retirer les contenus inappropriés sur les réseaux sociaux.

• Cyberharcèlement : le glossaire
Onze définitions pour mettre des mots sur les dangers du harcèlement en ligne.

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