Dossier thématique

France et Allemagne depuis 1945 : un long chemin vers l'amitié

Par Nicolas Françoisjournaliste spécialisé en histoire
Publication : 18 janv. 2023 | Mis à jour : 27 janv. 2023

Niveaux et disciplines

Le 22 janvier 1963, la France et l' Allemagne signent le traité de l’Élysée. Un tournant majeur dans l’histoire de l’Europe. Depuis la fin du XIXe siècle, les deux pays sont régulièrement en conflit, l’Allemagne envahissant son voisin à trois reprises (en 1870, 1914, 1940). Mais, à partir de 1945, les deux nations envisagent un rapprochement pour sauvegarder la paix.

     

Des ressources à explorer du CM2 à la Terminale

Afin d’accompagner les élèves dans une meilleure connaissance des relations entre l'Allemagne et la France, nous avons rassemblé des archives disponibles sur notre site. Elles permettent d'aborder les points suivants des programmes :

  • Cycle 3 > CM2 > Histoire > La France, des guerres mondiales à la construction européenne > La construction européenne

  • Cycle 4 > Troisième > Le monde depuis 1945 > Affirmation et mise en œuvre du projet européen

  • Première > spé HGGSP > Comprendre un régime politique : la démocratie > L’Union européenne et la démocratie

  • Terminale > Histoire > La construction européenne entre élargissement, approfondissement et remises en question

  • Terminale > Histoire > Faire la guerre, faire la paix : formes de conflits et modes de résolution > Le défi de la construction de la paix

1945-1963 : de la méfiance à la réconciliation

1945-1949 : la France occupe l’Allemagne vaincue

À la fin de la Seconde Guerre mondiale, la France se trouve dans le camp des vainqueurs. Après sa capitulation, l’Allemagne est quant à elle occupée par les quatre puissances (États-Unis, Royaume-Uni, URSS et France) dès l’été 1945.

La France récupère une des quatre zones d’occupation de l’Allemagne, c’est-à-dire le sud-ouest du pays (les actuels Länder de Sarre, de Rhénanie-Palatinat, de Bade-Wurtemberg), ainsi que deux quartiers de Berlin-Ouest. 

La mission française est, selon les mots du général français Pierre Koening, commandant en chef de ces zones : l’administration du pays et la rééducation du peuple allemand afin d’éviter toute résurgence du régime nazi. Il faut y ajouter l’exploitation minière, forestière, énergétique et industrielle, au nom des réparations de guerre.  

Paris regarde d’abord vers Londres

Le fameux couple franco-allemand aurait pu être franco-britannique. Car, après la guerre, même vaincue, l’Allemagne fait peur. En mars 1947, Français et Britanniques signent le traité de Dunkerque, qui assure une assistance mutuelle en cas de réveil de la menace allemande. Mais l’alliance ne dure pas, les Britanniques privilégiant leur relation avec les États-Unis. Le refus britannique d’entrer dans la Communauté européenne de Défense, en 1952, éloignera politiquement, pour plusieurs années, le Royaume-Uni de l’Europe. 

L'acier rassemble les anciens ennemis

En 1949, deux États allemands voient le jour, la RFA (République fédérale d'Allemagne, sous influence occidentale) et la RDA (République démocratique d’Allemagne, alliée de l’URSS). L’occupation et de la RFA et de Berlin prend fin et les relations de cette nouvelle entité avec le reste de l’Europe se normalisent.

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En 1950, le ministre des Affaires étrangères, le Français Robert Schuman, sur une idée du haut fonctionnaire Jean Monnet, propose un marché commun du charbon et de l'acier.

Deux pères fondateurs de l'Europe

 

Le 18 avril 1951, la France, la RFA, l'Italie, la Belgique, le Luxembourg et les Pays-Bas s'associent dans la Communauté européenne du Charbon et de l’Acier (CECA). 

La production des deux pays est placée sous l’autorité d’une institution supra-nationale. En réalité, avec cette mutualisation, la France souhaite contrôler la production sidérurgique de l’Allemagne - et donc la fabrication d’armes - pour empêcher tout nouveau conflit. Il s’agit toutefois d’une première alliance industrielle entre les deux anciens ennemis, les deux pays produisant la majorité du fer et du charbon de la zone. 

1954 : une union sous l’égide de l’Otan

Dans la guerre froide qui oppose l’URSS et ses alliés aux États-Unis et leurs alliés, l’Europe doit trouver un moyen d’assurer sa défense. Mais, depuis 1945, la RFA, située aux portes du bloc de l’Est, n’est pas autorisée à disposer d’une armée. En 1950, Jean Monnet propose donc de permettre de réarmer l’Allemagne en l’intégrant dans une Communauté européenne de Défense (CED) sous autorité européenne. Les Six de la Ceca signent le traité en février 1954. Mais, en août 1954,  l’Assemblée nationale française vote contre le projet, qui tombe à l’eau. En octobre 1954, les accords de Paris permettent de sortir de l’impasse. La RFA adhère à l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN). Désormais, France et Allemagne participent à une défense commune dans le cadre de l’OTAN. Cette organisation, créée en 1949, rassemble les pays alliés des États-Unis pour faire face à la menace soviétique. L’adhésion de la RFA à l’OTAN précipite la création d’une alliance militaire dans le camp adverse en 1955, le pacte de Varsovie, qui rassemble les États sous domination soviétique. 

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1957 : l’Europe à six

Nouvelle étape en 1957, sur le plan économique : la France, la RFA, l’Italie, les Pays-Bas, la Belgique et le Luxembourg signent le traité de Rome instituant une Communauté économique européenne (CEE). Entre ces six États, les droits de douane sont abolis et la libre circulation des travailleurs, des services et des capitaux est garantie. L’union économique de l’Europe est en marche.

1958 : de Gaulle accueille Adenauer dans sa résidence

Les 14 et 15 septembre 1958, le général de Gaulle reçoit dans sa résidence personnelle de Colombey-les-deux-Églises son homologue allemand, le chancelier Konrad Adenauer. Comme l’évoque ce reportage des Actualités françaises, le cadre intime de cette rencontre marque une volonté de réconciliation. Le mot d’ordre de De Gaulle : Renverser le cours de l’histoire, réconcilier les deux peuples, associer leurs efforts et capacités. Dans un contexte de construction européenne et de guerre froide, cette rencontre jette les base d’un couple-franco allemand qui sera institué par un traité de coopération en 1963.

1963-1990 : un couple au cœur de la guerre froide

1963 : un traité entre amis

Le 22 janvier 1963, au palais de l’Élysée, de Gaulle et Adenauer signent le traité d'amitié et de coopération franco-allemande. Celui-ci prévoit des rencontres et des concertations régulières sur des sujets de politique étrangère ainsi que des échanges éducatifs.

Des initiatives franco-allemandes concrètes voient le jour. L’office franco-allemand pour la jeunesse inaugure des échanges scolaires entre les deux pays, des colonies de vacances en commun ou encore le développement de l’apprentissage de la langue et de la culture du voisin.

Mais la lune de miel tourne court. Adenauer quitte le pouvoir en octobre 1963 et de Gaulle s’oppose au nouveau chancelier Erhard, plus proche des États-Unis. Chacun mène sa politique étrangère sans tenir compte de l’autre. De Gaulle amorce ainsi un rapprochement avec l’URSS en 1966.

1974-1979 : Giscard et Schmidt, un vrai couple

C’est en 1974, après l’élection de Valéry Giscard d’Estaing et d’Helmut Schmidt en Allemagne que se popularise l’expression « couple franco-allemand ». Cette fois, les deux chefs d’État sont sur la même longueur d’ondes pendant plusieurs années. La construction européenne connaît un nouvel élan.

En 1974, le président français proclame la création du Conseil européen, une nouvelle institution qui réunit les dirigeants des pays de la CEE (désormais au nombre de 9 depuis l’adhésion du Danemark, de l’Irlande et du Royaume-Uni en 1973) pour définir les orientations et les priorités politiques générales. 

En 1979, une autre proposition du tandem entre en vigueur : le système monétaire européen. Une série de mécanismes de stabilisation des monnaies de la CEE.

1984 : Mitterrand-Kohl, le geste iconique

L’image est entrée dans l’histoire. Le 22 septembre 1984, devant l’ossuaire de Douaumont qui abrite les restes de 130 000 soldats allemands et français de la Première Guerre mondiale, le président François Mitterrand et le chancelier Helmut Kohl se recueillent. Soudain, Mitterrand prend la main de Kohl. Un geste qui symbolise la réconciliation entre les deux anciens ennemis, immortalisé par les caméras du monde entier.

La réconciliation des peuples passera par la culture ! En 1988, lors du sommet franco-allemand de Bonn, Hemlut Kohl et François Mitterrand soutiennent la création d’une chaîne de télévision franco-allemande. L’Association relative à la télévision européenne (ARTE) commence à émettre le 30 mai 1992.

1990-2022 : dans une Europe élargie, un moteur moins central

De la réunification allemande au traité de Maastricht

Après la chute du mur de Berlin le 9 novembre 1989, le bloc de l’Est implose, la guerre froide prend fin. L’Allemagne est réunifiée le 3 octobre 1990.

Pour la France de Mitterrand et l’Allemagne de Kohl, c’est l’occasion d’accélérer l’intégration européenne. Le 7 février 1992, la signature de traité de Maastricht marque la fondation de l’Union européenne. Outre l’union monétaire (avec l’euro qui sera mis en circulation le 1er janvier 2002 dans 12 pays), le traité prévoit la mise en place d’une citoyenneté européenne, la libre circulation et le libre séjour des personnes, la coopération en matière de justice et une volonté de développement de politiques communes.

Eurocorps, un corps d’armée européen voulu par les deux voisins

En mai 1992, des soldats allemands et français intègrent un même corps d’armée européen, l’Eurocorps. Ils seront rejoints ensuite par les Espagnols, les Belges et les Luxembourgeois. Le 14 juillet 1994, des membres français et allemands de ce corps défilent sur les Champs-Élysées malgré certaines réticences évoquées dans cet extrait du journal télévisé de France 2. C’est la première fois que des soldats allemands défilent sur l’avenue depuis la Seconde Guerre mondiale.

2003-2005 : un couple incompris

En mars 2003, les États-Unis envahissent l’Irak. La France et l’Allemagne s’opposent à ce conflit et s’unissent diplomatiquement contre le géant d’outre-Atlantique. Les chefs d’État Jacques Chirac et Gerhard Schröder incarnent une volonté de relancer la dynamique franco-allemande. Parmi leurs travaux communs, ils lancent notamment le conseil des ministres franco-allemand en 2003, censé se dérouler deux fois par an entre les deux gouvernements. Mais le rythme de ces réunions s’étiole peu à peu. Les deux pays sont également à la manœuvre pour le projet de Constitution européenne de 2005. Mais, comme un symbole de la perte d’influence du couple dans une Europe désormais à 25 – et bientôt 27 –, le texte est désavoué par les électeurs français lors d’un réferendum.

Maintenir les symboles

Depuis vingt ans, les présidents français successifs, Nicolas Sarkozy, François Hollande et Emmanuel Macron, multiplient les gestes symboliques envers la chancelière allemande Angela Merkel, souvent en convoquant l’histoire. Cet extrait du journal télévisé de France 2 évoque l’un des derniers exemples en date, en 2018 à Rethondes, pour la célébration de la signature de l’armistice du 11 novembre 1918. C’est la première fois que les chefs d’État français et allemand sont réunis pour cet anniversaire.

2019 : le traité d’Aix-la-Chapelle pour un nouvel élan

Décidément, l’Allemagne et la France ont une passion pour les symboles ! Le 22 janvier 2019, jour anniversaire de la signature du traité de l’Élysée, Emmanuel Macron et Angela Merkel signent le traité d’Aix-la-Chapelle. Une ville franco-allemande avant l’heure puisqu'elle fut, au IXe siècle, la résidence de Charlemagne, roi des Francs – peuple issu du monde germanique ! – dont le territoire s'étendait sur une partie des actuelles France et Allemagne.

Le texte signé en 2019 s’assume dans la continuité de son grand-frère, le traité de l’Élysée, signé par de Gaulle et Adenauer en 1963, et avec le même objectif : approfondir la coopération, notamment économique, entre les deux pays. Le reportage de France 3 Alsace, disponible sur le site L’Alsace, lieu des grands rendez-vous européens édité par l'INA revient sur la signature du traité d'Aix-la-Chapelle.

 

Pour aller plus loin

  • L'émission de Carrefour de l'Europe, sur RFI, évoque les couples franco-allemands depuis soixante-dix ans. De de Gaulle et Adenauer jusqu’à Merkel et Macron…une relation qui est tout sauf un long fleuve tranquille.

 

  • La série La Grande Explication revient sur cette relation complexe en partant de la légendaire poignée de main de 1984 entre François Mitterrand et Helmut Kohl.

 

  • Notre partenaire, l'Agence France-Presse (AFP), propose un dossier sur la construction européenne. Vous y retrouverez des archives (texte et photo) de l'Agence, des interviews exclusives de personnalités et des liens avec des vidéos de l'INA et de divers sites officiels.

Capture d'écran du dossier sur la construction européenne réalisé par l'Agence France-Presse (AFP).

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