Parler de la Russie et de la guerre en Ukraine avec ses élèves

Parler de la Russie et de la guerre en Ukraine avec ses élèves

Par L'équipe Lumni EnseignementPublication : 10 mars 2022

Trois jours après avoir reconnu l’indépendance des républiques séparatistes prorusses de Donetsk et de Louhansk, Vladimir Poutine annonçait, le 24 février dernier, une opération militaire spéciale en Ukraine. Dans les faits, il ordonnait l’invasion du pays et le bombardement de ses principales grandes villes. Quelles sont les raisons de cette guerre ? Avec quels autres conflits entre-t-elle en résonance ? Quels sont les risques pour l’Europe ? Autant de questions auxquelles nous apportons des éléments de réponses dans ce dossier complet rassemblant une trentaine de ressources vidéo et audio, contextualisées, et 4 pistes pédagogiques sur le sujet.

     

Le Dniepr. En Ukraine, ce fleuve, qui serpente à travers le pays du nord au sud, marque symboliquement une frontière. Une frontière entre deux influences, héritées de l’histoire mouvementée du pays : celle de l’Europe, à l’ouest, où dominèrent Lituaniens, Polonais et Austro-Hongrois ; celle de la Russie, à l’est, qui, à partir du XVIIe siècle, y imposa sa domination.

Le tiraillement de l’Ukraine entre ces deux mondes – l’Europe d’un côté, la Russie de l’autre – vit aujourd’hui son apogée. La république ukrainienne, indépendante depuis 1991, se voit, depuis le 24 février dernier, sommée de retourner de force, plus de trente ans après la chute de l’URSS, dans le giron russe. Mais son peuple résiste et son président se tourne avec insistance vers l’Occident.

Ce tournant dramatique couvait depuis plusieurs années. Quels sont les événements qui ont conduit à la détérioration des relations russo-ukrainiennes ?

# L’effondrement du bloc communiste

Pour comprendre les origines de la guerre en Ukraine, il faut remonter le fil de l’effritement progressif du bloc de l’Est, notamment à partir de la fin des années 1980, date à laquelle le rideau de fer s’ouvre progressivement. 

C’est le cas tout d’abord à la frontière austro-hongroise en septembre 1989. Bientôt, plusieurs États placés jusqu’alors sous le contrôle de Moscou font leur mue démocratique. C’est le cas de la Pologne, de la Hongrie et de la Tchécoslovaquie. En décembre 1989, la Roumanie se libère quant à elle du joug du dictateur Nicolae Ceausescu. 

En 1990, après la chute du mur de Berlin, l’Allemagne est enfin réunifiée. 

Le 11 mars 1990, la Lituanie proclame son indépendance, bientôt suivie par l’Estonie, la Lettonie et, en avril 1991, par la Géorgie.

Mais c’est le coup d'État (raté) du 19 août 1991, fomenté contre Mikhaïl Gorbatchev par des conservateurs opposés au démantèlement de l’Union, qui précipite l’effondrement de l’URSS. 

Le 24 août, l’Ukraine proclame son indépendance. Les autres républiques font bientôt de même.

Au mois de décembre, les accords de Minsk, signés par Boris Eltsine et les deux principales républiques d’Union soviétique (Biélorussie et Ukraine), mettent fin à l’URSS et donnent naissance à la Communauté des États indépendants (CEI). Pour la renforcer, un sommet se tient à Alma-Ata le 21 décembre. 

Le 25 décembre 1991, Gorbatchev démissionne. L’URSS n’existe plus.

# La Russie, à la recherche du temps perdu

La Russie post-soviétique a perdu de sa superbe, tant sur les plans idéologique, politique qu’économique. 

Vladimir Poutine, arrivé au pouvoir en 2000 (après avoir été Premier ministre, puis président par intérim à la suite de la démission de Boris Eltsine en 1999), affirme que la chute de l’URSS a été la plus grande catastrophe géopolitique du siècle. Il n’a dès lors de cesse de vouloir restaurer la grandeur de la Russie sur la scène internationale. Mais comment faire pour continuer à être la puissance d’antan et à s’imposer comme un acteur incontournable au niveau mondial ? En déclarant que celui qui ne regrette pas l’Union soviétique n’a pas de cœur, celui qui souhaite son retour n’a pas de tête, Vladimir Poutine exprime à quel point l’équilibre est difficile à trouver.

Une piste pédagogique, construite à partir d’un document audio de RFI de 2020 (Russie : quelle place sur la scène internationale ?), invite les élèves de 1re et de Terminale à s’interroger sur le positionnement géopolitique de la Russie d'aujourd'hui.

Pour le journaliste Bernard Guetta, l’échec de la sortie du communisme a compromis les valeurs intrinsèques de la Russie et le rayonnement qu’elle aurait pu continuer à avoir en dehors de ses frontières. Voici ce qu'il expliquait en 2018 : 

« Si la sortie du communisme avait été un succès, il n’y aurait pas une guerre depuis plusieurs années au cœur même du continent européen, en Ukraine ; il n’y aurait pas eu, pour la première fois depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, une annexion territoriale sur le continent européen, la Crimée. Si cette sortie du communisme avait été un succès, nous n’assisterions pas aujourd’hui, non pas à une résurgence de la guerre froide, mais à un conflit ouvert de nouveau entre la Russie et ce qu’on appelait l’Ouest du temps de la guerre froide. Si la sortie du communisme avait été un succès, l’ancienne ère soviétique, l’ensemble des républiques qui composaient l'Union soviétique, ne serait pas, à quelques exceptions près, des pays très peu démocratiques, souvent pas du tout – si l’on pense à la Russie, absolument pas, puisque c’est une démocrature, c’est-à-dire une dictature avec les habits de la démocratie. Et nous n’aurions pas, dans cet immense territoire, tant d’États mafieux. Si la sortie du communisme avait été un succès, le camp des démocraties dans le monde aurait été renforcé. Or ce n’est pas le cas. C’est exactement le contraire. »

Bernard Guetta, dans Superfail, sur France Culture (2018)

# Adhésions à l’Union européenne

Avec l’adhésion, en 2004, des pays d’Europe centrale et orientale (Pologne, République tchèque, Slovaquie, Slovénie, Lettonie, Lituanie, Estonie) au sein de l’Union européenne, l’influence de la Russie recule encore.

En 2007, la Bulgarie et la Roumanie rejoignent à leur tour l’UE.

Et, en 2013, c’est au tour de la Croatie.

# Vladimir Poutine, un autocrate

Effondrement du bloc communiste, Russie déclassée, concurrence avec l’Occident… Si ces éléments constituent des clés pour comprendre le contexte historique dans lequel s’inscrit la guerre qui fait aujourd’hui rage en Ukraine, ils ne sauraient cependant occulter le rôle primordial que le président russe joue dans ce conflit. 
À la tête du pays depuis plus de vingt ans, Vladimir Poutine s’est peu à peu mué en autocrate, légiférant pour pouvoir rester au Kremlin jusqu’en 2036, année où il fêtera ses… 84 ans.

Ce document de 2012, au moment de « la campagne » présidentielle, montre de quelle manière celui qui fut au départ le Premier ministre de Boris Eltsine a rapidement assis son pouvoir autoritaire. Il montre aussi comment le candidat nationaliste se présente à ses électeurs en sauveur incontesté et incontestable de la Russie.

Dans ce contexte, défier le maître du Kremlin devient un acte militant, particulièrement périlleux. En 2006, la journaliste russe Anna Politkovskaïa, qui dénonçait les abus commis par les forces fédérales et les milices prorusses en Tchétchénie, était retrouvée morte dans l’ascenseur de son immeuble, à Moscou.

Les menaces qui pèsent sur les journalistes constituent un des axes de notre piste pédagogique sur les atteintes à la liberté de la presse dans le monde (Cycle 4 / Lycée ; EMI).

# L’expansionnisme russe

Asservir le peuple ? Asservir aussi les États ! Depuis la chute de l’Union soviétique, la Russie entend reprendre le contrôle sur les terres qui, dans le passé, lui appartenaient.

# La Tchétchénie

En décembre 1994, Moscou envoie ses troupes en Tchétchénie qui se veut indépendante, mais cette première guerre se solde par un échec cuisant pour Eltsine.

En 1999, l’armée russe, sous la houlette de Vladimir Poutine, alors Premier ministre, tente de reprendre le contrôle. En 2000, elle met la main sur Grozny, la capitale. 

Aujourd’hui, la Tchétchénie est aux mains de Ramzan Kadyrov, un proche de Poutine.

# La Géorgie

En Géorgie, après l’Abkhazie, l’Ossétie du Sud, soutenue par la Russie, fait sécession en 2008. 

# L’Ukraine

En 2004, après la proclamation du résultat à l’élection présidentielle, considéré comme frauduleux, l’Ukraine s’affirme face à Moscou. Les Ukrainiens descendent dans la rue pour contester l’élection du pro-Russe Viktor Ianoukovitch et clament pacifiquement leur aspiration à la démocratie. C’est la « révolution orange ». Une nouvelle élection a lieu. Viktor Iouchtchenko, partisan d’un rapprochement avec l’Occident, la remporte.

En 2010, Viktor Ianoukovitch est cette fois-ci élu président. S’il engage tout d’abord un dialogue avec l’Union européenne, notamment au sujet d’un accord d’association, il choisit finalement de suspendre la signature de cet accord pour se rapprocher de la Russie. En février 2014, place Maïdan, à Kiev, des Ukrainiens se réunissent pour contester ce revirement. Sévèrement réprimées, les manifestations entraîneront finalement la destitution de Viktor Ianoukovitch.   

Cette révolution ravive les tensions séparatistes en Ukraine.

# La Crimée

Dans la foulée de la révolution de Maïdan, la République autonome de Crimée et la ville de Sébastopol se désolidarisent de l’Ukraine et déclarent leur indépendance en mars 2014. Quelques jours plus tard, un référendum plébiscite le rattachement de la Crimée à la Russie. Malgré les protestations de la communauté internationale, Vladimir Poutine signe à Moscou, le 18 mars, un accord qui rattache la Crimée à son pays. Celui-ci accède ainsi, stratégiquement, à la mer Noire.

# Le Donbass

À partir d’avril 2014, les tensions séparatistes gagnent aussi la région du Donbass, dans l’est de l’Ukraine. Une guerre éclate alors entre les séparatistes, soutenus par des combattants russes, et l’armée ukrainienne. 

# Mais aussi... dans le cyberespace

Et si l’expansionnisme russe se jouait aussi dans le cyberespace ? Insidieusement, sur les réseaux et dans les systèmes d’information, l’influence russe tisse sa toile. Aujourd’hui, l'espace numérique est la nouvelle zone de conflits géopolitiques.

Dans La revue des médias éditée par l’Ina, Frédérick Douzet définit ce nouveau territoire. 

 

Le Dessous des cartes s’est intéressé également à la question.

À écouter, enfin, une émission de RFI de 2019. Quarante minutes passionnantes sur cet enjeu international majeur.

# Que craint l’Europe ?

La guerre en Ukraine, c'est une guerre toute proche, sur le continent européen... Une guerre qui aura de toutes façons des conséquences concrètes, notamment sur notre accès aux ressources énergétiques. 

# Les énergies, un enjeu géopolitique

Le géant russe Gazprom est un instrument aux mains de Vladimir Poutine. Le journaliste qui lance, en 2007, le reportage sur cet acteur majeur du marché gazier et pétrolier, voyait juste quand il qualifiait Gazprom de monopole public puissant qui n’hésite pas à couper le robinet aux États ennemis du Kremlin et qui inquiète l’Europe.

La course aux énergies fossiles est aujourd’hui un enjeu géopolitique crucial. L’Arctique, riche en hydrocarbures, est d’ailleurs l’objet de toutes les convoitises.

Destinée aux élèves de Terminale, cette piste pédagogique, mobilisable en cours de géographie, s’appuie sur un reportage de RFI intitulé L’Arctique, nouvelle guerre de conquête.

# Les risques nucléaires

Par ailleurs, depuis le début de la guerre en Ukraine, Vladimir Poutine joue aussi sur une autre corde sensible : celle des armes et de l’accident nucléaires. Les centrales de Zaporijia et de Tchernobyl occupées rappellent le terrifiant souvenir de l’accident survenu en avril  1986.   

# Ressources complémentaires

  • L’académicienne Hélène Carrère d’Encausse, spécialiste de l’URSS et de la Russie, donne des clés pour comprendre  la mentalité russe d’aujourd’hui. Cette série des « grands entretiens », tournée en 2006, conserve toute son actualité. Les vidéos sont accompagnées d'un livret pédagogique.
  • Le 1er mars dernier, un missile russe est tombé non loin de Babi Yar, « le ravin de la grand-mère », lieu où en septembre 1941, 33 771 Juifs sont exécutés par une unité commandée par les SS et appuyée par des bataillons de police et des collaborateurs ukrainiens. Retrouvez le témoignage d’une de ses rescapées.