Dossier thématique

L’élection présidentielle, une longue histoire

Par L'équipe Lumni Enseignement
Publication : 29 mars 2022 | Mis à jour : 20 nov. 2022

Niveaux et disciplines

De 1789 à aujourd’hui, de la monarchie à la Ve République : retour sur plus de deux cents ans d’histoire pour comprendre comment notre démocratie s’est construite et le rôle, majeur, que joue le président de la République pour contribuer à la faire évoluer.

À une journaliste qui lui demande si elle vote, une femme, déjà un peu âgée, répond aussitôt : Ah oui madame ! Et je ferais même des kilomètres à pied pour voter ! Même 15 kilomètres s’il le faut ! Je partirais la nuit pour arriver le lendemain matin !

Ce témoignage de 1958, extrait des archives de l'INA (et à retrouver dans La Grande Explication), dit avec simplicité, mais aussi avec une grande force, à quel point il semble important, et même nécessaire, à cette femme de voter. Il raconte peut-être aussi son histoire : celle d’une femme qui s’est battue pour avoir le droit de se rendre dans les urnes et de faire entendre sa voix. Il semble qu’elle veut nous dire à quel point son combat, long – très long – était indispensable à la démocratie.

À l’heure d’élire, en France, une présidente ou un président pour notre République, remontons le fil des luttes qui ont été menées par toutes celles et tous ceux qui nous ont précédés, de la Révolution à la Ve République. Remontons le fil de leurs actions et voyons en quoi ce qu’ils ont entrepris a marqué ou modifié notre société. Observons, grâce à nos archives et à nos enrichissements pédagogiques, de quelle manière chaque chef d’État a, en fonction des prérogatives qui lui étaient attribuées, agi et réagi.  

Une histoire de la démocratie française et de ceux qui l’ont incarnée ? Un regard nécessaire pour mesurer l’enjeu qui se joue aujourd’hui et comprendre le cadre dans lequel celle ou celui qui nous représentera s’apprête à évoluer.

 

De la Révolution à la Ve République

     

Les premiers pas de la démocratie française

Au commencement de la démocratie française, il y a un acte fondateur : le serment du Jeu de paume. Ce 20 juin 1789, quelques jours après s’être proclamés Assemblée nationale, les représentants du tiers état, bientôt rejoints par des membres de la noblesse et du clergé, s’affranchissent du pouvoir royal et expriment avec force leur volonté de donner une Constitution à la France. La monarchie absolue vit ses derniers instants ; la démocratie, elle, fait ses premiers pas.

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Quelques semaines plus tard, l’Assemblée nationale s’installe dans l’ancien manège du palais des Tuileries afin d’y préparer la Constitution. Là, les députés prennent place autour du président en fonction de leur sensibilité politique : à gauche, les partisans de la Révolution ; à droite, ses opposants. Cette répartition dans l’hémicycle donne son nom aux deux principaux courants politiques longtemps à l’œuvre.

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Achevée en 1791, la première Constitution désigne le peuple comme souverain, ce qui signifie que ce n’est plus le roi, mais bien le peuple, en tant que Nation, qui détient l’autorité. Les hommes ont désormais le droit de voter. Les femmes, quant à elles, ne sont pas autorisées à se rendre aux urnes. Une injustice contre laquelle Olympe de Gouges s’insurge dans sa Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne.

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Une démocratie en quête d’identité

La République française, une et indivisible, naît en 1792. Elle mettra du temps – très longtemps – à se stabiliser, nouant avec l’impérialisme, renouant avec la monarchie ou emportée dans une tourmente de guerres, de révoltes populaires et de graves conflits politiques. 

La République parvient cependant à s’installer définitivement dans le paysage institutionnel français avec la IIIe République, la plus longue des républiques. Née en 1870, elle s’achève soixante-dix ans plus tard avec l’instauration du régime de Vichy, en 1940.

En 1945, au lendemain de la guerre, la France est décidée à se relever, mais aussi à accorder, enfin, le droit de vote aux femmes. Leur rôle, important pendant le conflit qui s’achève tout comme pendant celui de 1914-1918, n’est pas étranger à cette décision. Le 29 avril, à l’occasion des élections municipales, elles se rendent donc pour la première fois aux urnes.

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De la IVe à la Ve République

La IVe République, instituée en 1946, s’essouffle vite, minée par des blocages institutionnels contrariant en permanence l’action des différents gouvernements. En douze ans, 22 se succèdent. Leur espérance de vie ? Sept mois seulement...

C’est la guerre d’Algérie, en 1958, qui portera un coup fatal à la jeune IVe République. Pour éviter la guerre civile après le putsch d’Alger, le président René Coty rappelle le général de Gaulle, qui apparaît alors comme le seul recours.

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Après avoir été investi par l’Assemblée nationale avec les pleins pouvoirs, il commande bientôt à Michel Debré, le garde des Sceaux, de diriger les travaux d’une nouvelle Constitution. Celle-ci reprend les idées exprimées par le Général lors de son discours de Bayeux du 16 juin 1946. 

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Le 4 septembre 1958 – date anniversaire de la proclamation de la république en 1870 –,  il présente cette Constitution aux Français qui doivent, par référendum, l’adopter ou la rejeter quelques jours plus tard.

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Le 28 septembre, près de 80 % des votants s’expriment en faveur de la Ve République. 

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En 2008, Jean-Louis Debré, alors président du Conseil constitutionnel (2007-2016), revient sur la période où son père rédigeait la nouvelle Constitution et livre son analyse sur ce qu’elle a apporté à nos institutions. Cet entretien, accordé à RFI, est le point de départ d’une piste pédagogique qui vous permettra d’engager une série de questionnements avec vos élèves (Lycée / Histoire, Éducation morale et civique). 

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Enfin, retrouvez l'épisode de La Grande Explication sur la naissance de la Ve République :

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Le président de la République, l’homme de la Nation

L'élection au suffrage universel

La nouvelle Constitution, promulguée le 4 octobre 1958, étend les pouvoirs du président de la République, au détriment de ceux de l’Assemblée nationale. 

En 1962, ses pouvoirs sont encore renforcés avec la réforme sur le mode d’élection, approuvée par référendum le 28 octobre. Le président est désormais élu au suffrage universel direct, c’est-à-dire directement par les citoyens. Ce mode de désignation lui confère sa légitimité démocratique.

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Depuis le référendum du 24 septembre 2000, la durée du mandat présidentiel est réduite, passant de sept à cinq ans. 

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En 2008, la loi de modernisation des institutions précise que le mandat présidentiel n’est renouvelable qu’une seule fois.

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Les prérogatives du président : ses pouvoirs propres

Les pouvoirs propres d’un président ? Ce sont ceux qu’il peut exercer sans obtenir la signature de son Premier ministre ou du Parlement.

Il nomme le Premier ministre et reçoit sa démission

Le président de la République, chef de l’exécutif, nomme le Premier ministre. 

Sur les 24 Premiers ministres nommés à ce jour, 3 l’ont été en période de cohabitation :

  • En 1986, le socialiste François Mitterrand nomme le président du RPR, Jacques Chirac, comme Premier ministre. 
  • En 1993, il nomme le gaulliste Édouard Balladur.
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  • En 1997, c’est l’inverse : le président Jacques Chirac nomme le socialiste Lionel Jospin.
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Bien entendu, c’est au président de la République qu’un Premier ministre annonce qu’il démissionne. En 1976, Jacques Chirac est filmé à l’Élysée alors qu'il vient de remettre sa démission à Valéry Giscard d’Estaing.

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Il préside le Conseil des ministres

Le Conseil des ministres réunit chaque semaine, sous la présidence du chef de l’État, l’ensemble des ministres du gouvernement qui discutent des décisions de l’exécutif.

Un Conseil des ministres est bien plus souriant quand tous ses participants appartiennent à la même famille politique…

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… et, bien sûr, plus tendu en temps de cohabitation. En 1986, François Mitterrand fait face à Jacques Chirac.

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Il saisit le Conseil constitutionnel

Garant de la Constitution, le président de la République nomme trois des membres du Conseil constitutionnel ainsi que son président. Le président de l’Assemblée nationale et le président du Sénat désignent, eux aussi, chacun, trois membres de cette institution. Ils sont élus pour une durée de neuf ans.

Le président de la République peut également saisir le Conseil constitutionnel pour vérifier la constitutionnalité d’une loi. Le droit de saisine est également accordé au Premier ministre, au président du Sénat, au président de l’Assemblée nationale et à 60 sénateurs ou 60 députés.

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Rappel 

Le Conseil constitutionnel est chargé de faire respecter la Constitution. Il vérifie donc que les lois, les traités internationaux et les règlements des assemblées sont en conformité avec la Constitution. 

Il veille aussi à la régularité des consultations nationales (l’élection présidentielle, les référendums, les élections législatives et sénatoriales).

En cas de décès, de démission ou d’empêchement du président de la République, il constate la vacance. 

Il prononce la dissolution de l’Assemblée

L’Assemblée nationale a été dissoute 5 fois depuis 1958.

  • Le général de Gaulle dissout l’Assemblée nationale à deux reprises :
    - En 1962, tout d’abord, lorsqu’il veut instituer l’élection du chef de l’État au suffrage universel (voir plus haut).
    - En 1968, ensuite, au moment des événements du mois de mai, afin de sortir le pays de la crise qui l’ébranle.  
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  • En 1981, puis en 1988, peu après son élection, François Mitterrand choisit à son tour de dissoudre l’Assemblée afin d’obtenir la majorité parlementaire lui permettant de gouverner plus librement.
  • En 1997, deux ans après son élection et alors que l’Assemblée lui est favorable, Jacques Chirac, à la recherche d’une majorité ressourcée et disposant du temps nécessaire à l’action, décide d’utiliser l’article 12 de la Constitution, puis d’organiser des élections législatives anticipées. La gauche l’emporte ; la cohabitation, menée par Lionel Jospin, durera cinq ans. Un coup dur pour cette mandature. Pour certains, il s’agit d’une terrible erreur stratégique.
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Il prend la parole devant le Parlement

Depuis la révision constitutionnelle de 2008, le président peut s’adresser directement au Parlement, qui se réunit alors en Congrès au château de Versailles. 

Cette nouvelle procédure est mise en œuvre pour la première fois le 22 juin 2009 par Nicolas Sarkozy qui présente les orientations de son gouvernement, puis par François Hollande le 16 novembre 2015 à la suite des attentats de Paris et de Saint-Denis et, enfin, le 3 juillet 2017 par Emmanuel Macron qui annonce les réformes qu’il va mettre en place.

Dans cette archive de 2015, le protocole très solennel de l’événement et la participation massive des parlementaires témoignent du caractère exceptionnel de la prise de parole de François Hollande. On peut aussi y observer la mise en œuvre de l’alinéa 2 de l’article 23 du règlement du Congrès : c'est seulement après le départ de la séance du président de la République que les présidents de groupes de l’Assemblée nationale et du Sénat sont autorisés à prendre la parole.

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Il peut être investi des pleins pouvoirs

L’article 16, qui confère au président de la République des pouvoirs exceptionnels, n’est appliqué qu’une seule fois, du 23 avril au 29 septembre 1961, après le putsch des généraux à Alger. 

Dans cette archive du 23 avril 1961, on découvre le général de Gaulle vêtu en uniforme. Il accable de son mépris ce pronunciamento militaire et déclare :

Devant le malheur qui plane sur la Patrie et devant la menace qui pèse sur la République, ayant pris l’avis officiel du Conseil constitutionnel, du Premier ministre, du président du Sénat, du président de l’Assemblée nationale, j’ai décidé de mettre en œuvre l’article 16 de notre Constitution. À partir d’aujourd’hui je prendrai, au besoin directement, les mesures qui me paraîtront exigées par les circonstances. Par là même, je m’affirme en la légitimité française et républicaine qui m’a été conférée par la Nation, que je maintiendrai quoi qu’il arrive jusqu’au terme de mon mandat ou jusqu’à ce que viennent à me manquer soit les forces soit la vie, et que je prendrai les moyens de faire en sorte qu’elle demeure après moi. Françaises, Français, voyez où risque d’aller la France, par rapport à ce qu’elle était en train de redevenir. Françaises, Français, aidez-moi !
Allocution télévisée du général de Gaulle, 23 avril 1961
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Les prérogatives du président : les pouvoirs partagés

Les pouvoir partagés du président ? Ce sont ceux qu’il ne peut exercer qu’avec la signature (le contreseing) du Premier ministre.

Il nomme les ministres, sur proposition du Premier ministre

En tant que chef du gouvernement, le Premier ministre choisit ses ministres, mais il doit soumettre son choix au président de la République. C’est lui qui donne son accord et qui les nomme. 

Dans cette archive de 2017, le porte-parole du gouvernement ne déroge pas à la tradition et annonce les membres du gouvernement nommés par le président. 

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Il signe ordonnances et décrets

Le président de la République signe les ordonnances en Conseil des ministres.

On voit par exemple ici François Mitterrand, en 1981, entouré de Pierre Mauroy et de ses ministres, adopter deux ordonnances : la première instaure la semaine de 39 heures ; la seconde, la 5e semaine de congés payés.

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Il a recours au référendum

Depuis l’adoption de la Constitution en 1958, 9 référendums ont été organisés sur décision du chef de l’État, dont 4 par le général de Gaulle.

Le premier est organisé en janvier 1962 pour valider la politique d’autodétermination du général de Gaulle en Algérie.

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Le second, en avril 1962, invite les électeurs à se prononcer sur l’indépendance de l’Algérie.

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Comme on l’a vu un peu plus haut, le général de Gaulle organise, en octobre 1962, un référendum pour réviser la Constitution et instituer le suffrage universel direct.

En avril 1969, les électeurs sont appelés à se prononcer sur la régionalisation et la réforme du Sénat. C’est à la suite de ce référendum, où il est désavoué, que Charles de Gaulle quitte le pouvoir.

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En avril 1972, Georges Pompidou invite les Français à accepter par référendum l’entrée de la Grande-Bretagne, du Danemark, de l’Irlande et de la Norvège dans la CEE (Communauté économique européenne).  

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En novembre 1988, à la suite des accords de Matignon, les électeurs se prononcent sur le nouveau statut de la Nouvelle-Calédonie.

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En septembre 1992, l’objectif du référendum est de ratifier le traité de Maastricht et, mai 2005, celui établissant une constitution pour l’Europe. Entre temps, en septembre 2000, les Français sont consultés sur la durée de la mandature présidentielle. 

 

Bien sûr, le président a d’autres pouvoirs : il promulgue aussi les lois, il octroie le droit de grâce. En tant que chef des Armées, il négocie et ratifie les traités. 

Les campagnes présidentielles

Devenir président de la République, c’est une longue marche vers le pouvoir. Une marche précédée d’engagements divers, de mandats électifs, de prises de fonctions institutionnelles. Une marche portée par une ambition chevillée au corps, que certains préfèrent pourtant présenter comme un sens du devoir patriotique. Ainsi, lorsqu’il annonce, en 1965, sa candidature à l’élection présidentielle, le général de Gaulle déclare-t-il : C'est le mieux pour servir la France.

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Pour arriver au bout de cette ambition, le chemin est semé d’embûches : réunir les 500 parrainages, prendre la parole dans les médias et les meetings, maîtriser sa communication et, après avoir franchi l'obstacle du premier tour, réussir le périlleux exercice du face-à-face avec ses adversaires politiques.

Apprivoiser les médias

Les candidats à l’élection présidentielle de la Ve République font leurs premiers pas à la télévision alors que celle-ci, née après-guerre, cherche encore ses formats, son style, son ton. 

Les candidats s’essaient alors à l’exercice de la prise de parole médiatique sans y avoir été préparés. Filmés en plan serré, ils s’accrochent à leur texte, qu’ils récitent, parfois pétrifiés. Alain Krivine gardera un souvenir absolument glaçant de sa première intervention en 1969.  

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Certains, bien sûr, se distinguent. Georges Pompidou, qui commença sa carrière comme enseignant, sait d’emblée capter son auditoire, aussi bien par sa voix, ses silences, la clarté de son propos que par son éloquence.

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En 1974, le costard-cravate est remisé au placard pour René Dumont, candidat écologiste à la présidentielle. En col roulé rouge, il ose un style plus décontracté. Le langage est plus familier (Mes amis, je viens d’entrer chez vous sans avoir pu frapper à la porte. Alors je crois qu’il est bon de me présenter. Dire que je suis un candidat "pas sérieux", c’est s’avancer un peu vite.) Les arguments sont présentés avec plus de conviction.

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Lorsqu’il est interviewé à ses débuts, Michel Rocard commet encore quelques maladresses. Au journaliste qui lui demande s’il est un homme d’avenir, il répond avec (trop de) franchise : On verra bien. Comment voulez-vous que je le sache ?

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À l’inverse, Valéry Giscard d’Estaing, fasciné par John Fitzgerald Kennedy, a appris, quant à lui, à utiliser habilement les médias. Lors de la campagne de 1974, il n’hésite pas à aller au contact des journalistes, à se faire séducteur (Si le charme joue, tant mieux !, s’amuse-t-il) et à se mettre en scène, jouant au foot et répondant aux interviews dans les vestiaires torse nu. Il se présente comme un candidat moderne, en rupture avec ses prédécesseurs et son concurrent le plus sérieux : François Mitterrand.

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L’exercice du meeting

Les meetings, passages obligés pour développer ses idées et expliquer son programme, sont eux aussi vécus avec plus ou moins de bonheur par les différents candidats.

Dans cette archive de 1974, Arlette Laguiller, pourtant animée par des convictions très fortes, peine à poser sa voix et à lâcher son texte des yeux.

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Jean-Marie Le Pen, quant à lui, propose un véritable jeu d’acteur. Il parle avec de grands gestes pour appuyer son discours, interpelle son auditoire et le fait rire.

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L’exercice du débat d'entre-deux tours

Le premier débat télévisé entre le deux tours a lieu pour la première fois en 1974. Temps de parole des candidats, types de plans, plans de coupe… rien n’est laissé au hasard. Le protocole est – et reste encore – très encadré. 

Ce premier débat télévisé est inédit, tout comme la campagne : le président Georges Pompidou est mort le 2 avril. Le premier tour de l’élection a lieu seulement un mois après son décès. 

Valéry Giscard d’Estaing accepte tout de suite la proposition de face-à-face avec François Mitterrand : il se sent à l’aise dans ce genre d’exercice, plus à l’aise – il le sait – que son concurrent. Face au socialiste, plus âgé et au ton très docte, il ne se démonte pas. Il parle avec clarté et fait mouche grâce à son sens de la formule. Sa réplique Vous n’avez pas le monopole du cœur reste aujourd’hui encore dans les annales. 

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En 1981, lorsque les deux ennemis d’hier s’affrontent une nouvelle fois au second tour de la présidentielle, Mitterrand a tiré les leçons de son échec de 1974 et a préparé activement ce grand débat, s’entourant, notamment, du publicitaire Jacques Séguéla. Rien n’est alors laissé au hasard, de son apparence (il se fait limer les canines, il s’habille avec un costume à la mode, il apparaît calme et souriant), à ses séances de média training et à la préparation de formules choc. L’une d’entre elles atteint l’objectif voulu : Vous avez tendance à peu près à reprendre le même refrain d’il y a sept ans, "l’homme du passé", dit-il à Valéry Giscard d’Estaing. C’est quand même ennuyeux que, dans l’intervalle, vous soyez devenu, vous, l’homme du passif.

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Lors du débat de 1988, le président sortant débat avec son Premier ministre. François Mitterrand se plaît alors à rappeler à plusieurs reprises à Jacques Chirac sa supériorité hiérarchique. Lorsque ce dernier lui dit : Ce soir, vous n’êtes pas le président de la République, nous sommes deux candidats à égalité (…). Vous me permettrez donc de vous appeler monsieur Mitterrand, le socialiste lui décoche une réplique cinglante : Mais vous avez tout à fait raison, monsieur le Premier ministre.

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Le duel Chirac-Jospin de 1995 ? Pas d’envolées lyriques, pas d’attaques ni de phrases choc. Le débat, courtois, ne laisse pas de souvenirs impérissables.

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En 2002, le grand débat n’aura pas lieu : Jacques Chirac refuse le face-à-face avec le candidat d’extrême-droite Jean-Marie Le Pen. 

2007 ? Une femme, enfin ! Lors du débat qui l’oppose à Nicolas Sarkozy, Ségolène Royal, très en retard dans les sondages, se montre offensive, voire agressive lorsqu’elle aborde la question de la scolarisation des enfants handicapés. Nicolas Sarkozy lui demande de se calmer, lui conseillant même : Pour être président de la République, il faut être calme.

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Du débat entre Nicolas Sarkozy et François Hollande en 2012, on se souvient de l’anaphore que ce dernier répète à l’envi : Moi, président de la République... Tout en martelant cette figure de style, il livre un réquisitoire sévère contre le quinquennat du président sortant.  

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En 2017, contrairement à Jacques Chirac, Emmanuel Macron accepte le débat avec Marine Le Pen, représentante du Front national. Celle-ci attaque d’emblée le candidat d’En marche !, le présentant comme l’enfant chéri du système et des élites. Votre stratégie est de dire beaucoup de mensonges, lui rétorque Emmanuel Macron, qui met également en avant, à plusieurs reprises, sa méconnaissance des sujets. 

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À noter : notre piste pédagogique La télévision et les élections présidentielles sous la Ve République analyse la manière dont les rapports entre les politiques et les médias ont évolué au cours de la Ve République (Cycle 4, Lycée / EMI ; Lycée / Histoire).

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Soirées électorales et investitures

Grand-messes cathodiques, diffusées en direct à 20 heures précises, les soirées électorales sont des moments d’effervescence et de dramaturgie. 

Dès 1965, la télévision occupe une place centrale dans le dispositif des élections. Les commentaires sont cependant encore très factuels ; les analyses, absentes.

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On se souvient ensuite de journalistes qui restent au téléphone pour annoncer aussitôt le nom du vainqueur…

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… ou, comme en 1981 et en 1988, du décompte des secondes avant que le visage du nouveau président de la République n'apparaisse à l’écran.

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Aussitôt après l’annonce des résultats, les journalistes en duplex captent les réactions des militants dans les QG de campagne. Il faut dire qu'euphorie et déceptions sont bien plus télégéniques que l’affichage de pourcentages...

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Bien sûr, la soirée électorale de 21 avril 2002 reste la plus mémorable. La France se fige lorsqu’elle découvre que Jean-Marie Le Pen est au second tour. Lionel Jospin, éliminé, annonce aussitôt son retrait de la vie politique. Les militants s’effondrent. 

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Très vite, des manifestations spontanées s’élancent à Paris et dans les villes de province, mais c’est le 1er mai que la mobilisation anti-FN connaît sa véritable apogée.

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Quelques jours plus tard, Jacques Chirac remporte la victoire la plus large de la Ve République, avec une participation record et 82, 15 % des voix. Il se présente alors en rassembleur.

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Rassembler. Une ambition que partagent à leur tour Nicolas Sarkozy en 2007, puis François Hollande en 2012.

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En 2017, l’extrême-droite arrive une nouvelle fois au second tour, avec les meilleurs résultats de son histoire, mais, le 7 mai, Emmanuel Macron remporte l’élection avec 66, 10 % des suffrages exprimés.

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Lors de la célébration de sa victoire, il soigne la mise en scène de son entrée, avançant seul et lentement dans la cour du Louvre tandis que résonne L’Ode à la joie, l’hymne officiel de l’Union européenne.

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Cette entrée solennelle rompt ainsi avec la présidence normale de François Hollande et marque dans le même temps sa volonté de devenir, selon ses propres mots, un président jupitérien.

En complément : articles et pistes pédagogiques

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Pour aller plus loin

Découvrez notre dossier thématique sur les élections législatives.

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